Le forum annuel RSE de la filière Cuir sous le thème de l’internationalité #1
Désormais habituel à la rentrée de septembre, le Sustainable Leather Forum (SLF) tenait sa 8e édition lundi 7 septembre à la Maison de la Chimie à Paris. ...
Entre prise de conscience écologique et durabilité émotionnelle, en passant par la nécessité du travail collectif, la deuxième partie du Sustainable Leather Forum tenait toutes ses promesses de débat animé et enrichissant.
Après une pause déjeuner et une présentation des solutions pour apporter des preuves de traçabilité, de transparence et de conformité par la société Oritain, les interventions reprenaient dans l’auditorium avec l’allocution de Sylvain Lambert, Associé Responsable des activités Développement Durable de PwC France et Maghreb, sur l’antagonisme apparent entre développement durable et compétitivité.
« Le sujet de l’eau est devenu une urgence et face à la hausse des températures, les assureurs commencent à dire que le monde n’est plus assurable, s’alarmait cet expert en accompagnement des investisseurs et directeurs généraux sur l’intégration de la durabilité dans leurs stratégies et leurs politiques d’investissements. Pas besoin de réglementations pour comprendre qu’il y a urgence. On doit passer des réglementations au pragmatisme. Les avancées viennent souvent du monde économique et des entreprises ». L’intervenant soulignait aussi les dilemmes qui se présentent, comme celui entre la technologie et ses centres de données énergivores et hautement consommateurs d’eau et l’agriculture. Toutefois, les investisseurs doivent accepter que l’adaptation est le premier pilier de la performance de demain et qu’il faut du temps pour mettre en place les solutions. « J’observe néanmoins une certaine réconciliation du temps long de l’écologie avec le temps court du rendement et de la rentabilité. Les investisseurs sont disposés à augmenter leurs mises dans le développement durable à plus de 80%. Il y a beaucoup de travail effectué sur le financement des risques et l’apport de solutions. » Concernant le secteur du cuir, il recommandait toujours plus de transparence et de traçabilité et de répéter autant que nécessaire l’histoire du cuir afin de faire connaître au public sa durabilité intrinsèque. Aux maisons de luxe plus particulièrement, il conseillait de veiller à la souveraineté de leurs approvisionnements pour pouvoir continuer à produire.
La deuxième table ronde de la journée était consacrée aux conditions et recettes d’un travail collectif constructif, indispensable aujourd’hui pour surmonter des difficultés diverses. Trois exemples positifs étaient d’abord exposés afin d’en tirer des conclusions plus générales. Thierry Poncet, Directeur Métiers, Développement Durable et Prospective Mode à CTC, a détaillé le projet collaboratif que le centre d’expertise technique mène avec l’Université de Montpellier pour mettre au point un procédé de tannage metal free inédit dans le cadre de la Chaire industrielle SICLE.e. « Avec l’agneau, les résultats sont très encourageants, tout comme avec le lézard. Avec le cuir de bovin, nous travaillons encore à optimiser la pénétration de l’agent de tannage. » Le cuir tanné au silicium pourrait également être détanné afin d’en récupérer le collagène. Dans une démarche collective, Camila Morandi de la société Global Fashion Agenda présentait le groupe de travail qu’elle a dirigé afin d’optimiser l’utilisation d’eau dans le bassin de l’Arno, plus précisément dans la région de Santa Croce en Italie. « J’ai réuni tous les utilisateurs d’eau de la région et les ai mobilisés pour sécuriser les ressources en eau et assurer la viabilité de leurs activités. » Angelika Duckenfield, Présidente de l’Association pour l’Assurance Qualité des Fabricants de bracelets de montres, expliquait, quant à elle comment elle a réuni les fabricants de bracelets en cuir autour d’objectifs communs. « Trois années ont été nécessaires pour définir des valeurs communes et une méthodologie partagée. Cette démarche a permis à chacun de mesurer les bénéfices qu’il pouvait en tirer. » Deux autres professionnels partageaient ensuite leur expérience dans d’autres secteurs. Olivier Cotinat, Cofondateur du projet MoHo pour l’innovation collaborative, décrivait son quotidien où il rassemble des entreprises, des partenaires publics, des concurrents autour de problématiques communes. « Personne ne peut prétendre posséder l’intégralité des compétences… Que ce soit pour le climat, la politique, l’intelligence artificielle, on doit aller vite ; mais il faut aussi éviter de ne penser qu’à court terme… Il faut savoir s’aligner sur des sujets, même entre concurrents, sans tomber dans l’entente ; c’est ce qu’on appelle la co-ompétition. » Jean-Luc Dunoyer, Directeur des Projets du Comité Stratégique de la Filière Bois, témoignait de son expérience en équipes pour développer les usages du bois et renforcer la compétitivité de la filière française. « La chaîne de valeurs du bois est très diverse ; elle compte six marchés et une vingtaine de syndicats. Les actions de la filière doivent se faire avec le souci de préserver la forêt, ce qui est une action pour le climat car le bois remplace des énergies pétro-sourcées… La construction en bois a beaucoup baissé en France après la Seconde Guerre mondiale. Alors nous avons récemment monté un projet pour démontrer qu’on peut construire en bois des bâtiments de grande hauteur (de dix à douze étages) et notre collaboration pour la construction du Village olympique de Paris 2024 a été une belle réussite collégiale
Une pause studieuse était proposée par la société Zerow pour découvrir des solutions de valorisation des déchets de la mode (déchets de production et déchets de consommation) et leur transformation en nouveaux matériaux. Une dernière table ronde s’ouvrait ensuite par la présentation, par Philippe Gilbert, Directeur de l’Observatoire Économique de l’Alliance France Cuir, de l’étude « Cuir et RSE : qu’attendent vraiment les consommateurs français ? », qui analyse la perception des consommateurs à l’égard de la responsabilité sociétale des entreprises (RSE) au sein de la filière Cuir. Les résultats de cette enquête, menée auprès de 2 000 personnes, montrent un réel attachement des Français au cuir. Une matière spéciale à leurs yeux (même s’ils manquent souvent d’informations justes le concernant), suscitant des émotions et des sentiments particuliers tels que la confiance (plus de 90% le jugent solide et durable), la fierté (savoir-faire artisanal), l’optimisme (82% trouvent la filière responsable et 57% estiment que le cuir a encore un avenir) ou l’affection (plus de 8 Français sur 10 pensent que le cuir peut renforcer leur attachement à un objet). Une bonne entrée en matière pour parler de « durabilité émotionnelle », cette notion imaginée par Andrée-Anne Lemieux, Directrice du développement Durable à l’Institut Français de la Mode dans le cadre d’un programme de recherche mené avec un comité scientifique et ce, dans plusieurs pays. « Nous avons identifié 19 critères d’attachement au produit et notre étude confirme que le cuir est un facteur d’attachement », expliquait l’enseignante-chercheuse. Clémentine Colin Richard, Administratrice de l’entreprise familiale Richard-Pontvert (marque Paraboot), relatait que « certains jeunes clients recherchent le même modèle que celui de leur père ou de leur grand-père… Paraboot ne se renouvelle pas par la création mais met en avant la matière choisie à l’origine pour résister à différents travaux. Nous avons conservé cette notion d’usage ». Le créateur Yasu Michino, fondateur de sa marque de maroquinerie Michino Paris, expliquait, pour sa part, que « le choix de la matière précède le design dans le processus de création d’un modèle », estimant que le cuir a « encore un bel avenir devant lui ». Aurore Bardey, Professeur associée à la Burgundy School of Business, identifiait le cuir comme une matière de convergence, pouvant séduire différents types de consommateurs, avec différentes motivations. Madame Lemieux concluait ces échanges par le souhait de mesurer la durabilité émotionnelle et l’intégrer à l’analyse du cycle de vie. Le témoignage d’une collaboratrice de Berluti dans l’assistance, rapportant que le service de réparation, récemment mis en place par la maison, connaît une activité croissante et attire des clients à fort potentiel, confirmait les propos des débateurs.
Maud Rascle, Directrice Générale de CTC, et Christophe Dehard, Président de l’Alliance France Cuir, clôturaient la journée, saluant respectivement « l’optimisme sans naïveté des débats et leur ouverture sur d’autres secteurs et l’international », et se félicitant de « l’approche sans tabou des différents échanges et débats ». Les organisateurs donnaient rendez-vous aux plus de 400 participants pour la 9e édition du SLF le mardi 7 septembre 2027.
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Rédaction François Gaillard
Photos © Ici Au Loin pour AFCuir
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