Césaire et Joséphine, des sacs comme des tableaux
La marque Césaire, née il y a vingt ans, incarne une maroquinerie artisanale exigeante, 100% made in France. Pour la première fois, sa fondatrice Stéphanie ...
L’ancrage régional, la transmission familiale, l’artisanat et l’écoresponsabilité, entre autres, rapprochent deux marques françaises d’accessoires en cuir. Pour fêter le cap des 10 ans, Herbert Frère Sœur a réalisé une collaboration inédite et riche de sens avec Bosabo. Camille Herbert et Justine Audouin codirigent leur entreprise avec leur frère, Flavien et Alexis. Le temps d’une conversation croisée, elles partagent leur histoire de famille et leur vision.
Camille Herbert : Notre père a fondé Orca Accessoires qui fabriquait des ceintures pour des marques. Il a toujours voulu que ses enfants prennent sa suite. Travailler en famille à Fougères n’était pas forcément notre ambition. Mon frère Flavien était dans l’industrie pharmaceutique et moi dans l’édition musicale à Paris. En 2005, il nous a annoncé qu’il comptait vendre et faire un tour du monde en bateau. C’était son rêve d’enfant ! Mon frère n’en a pas dormi de la nuit et a appelé notre père le matin pour lui dire : « Ne vends pas, j’arrive ! » Il a été très énervé qu’on mette 15 ans à se décider mais finalement très heureux aussi ! Plus tard, on s’est décidé à lancer notre propre marque de maroquinerie, d’abord Le Facette puis Herbert Frère Sœur, dont je dessine les modèles. Aujourd’hui, nous en sommes à la 21e collection ! C’est assez émouvant de travailler en famille, on reçoit, on construit et le succès rejaillit sur tous. Cela donne encore plus de sens à l’effort.
Justine Audouin : C’est avant tout une histoire de racines. Alexis et moi avons littéralement grandi avec Bosabo. Nos souvenirs d’enfance sont bercés par l’odeur du bois et du cuir et par les week-ends passés à courir dans l’atelier ! Le véritable déclic a eu lieu lorsque nos parents ont évoqué la possibilité d’arrêter l’activité. Cela nous a fait un choc ! On s’est dit qu’on ne pouvait pas laisser filer ce trésor familial sans avoir tenté l’aventure. En 2024, on a plongé pour ne pas regretter et aujourd’hui, le bilan est sans appel. Nous prenons plaisir à relever ce beau challenge. On prend nos marques jour après jour pour faire grandir et évoluer Bosabo… avec notre patte !
Camille Herbert : Nous fabriquons des sacs pour la vie. Pas pour la saison ni un défilé mais pour la vraie vie, celle qui patine le cuir. Nos ateliers sont à Fougères depuis 1977 et à Hammamet depuis 2012. Nous y faisons tout nous-mêmes. Nos sacs portent les prénoms de celles et ceux que nous aimons : Sab, Flav, Mamour, Sohna, Lili, Lulu… Nos ceintures portent le nom des endroits où nous avons des anecdotes. Il n’y a pas de gros logo sur nos modèles. Juste une plaque gravée, un prix juste et un cuir qui devient plus beau avec le temps. La patine est une preuve d’amour, pas d’usure. Nous croyons aux histoires qui se racontent, aux objets et aux valeurs qui se transmettent à la famille qu’on se choisit. Pour notre collection anniversaire, nous avons choisi le Sohna, le parfait sac souple, réconfortant, spacieux et original, qui donne toute sa place au cuir.
Justine Audouin : Nous aimons l’idée de réinventer le sabot à travers un triptyque simple : confort, esthétisme et élégance. Notre design se veut plutôt minimaliste, avec de petits détails artisanaux qui font toute la différence, puisque chaque paire est fabriquée à la main et à la commande. Pour nous, le style ne va pas sans l’éthique. C’est pourquoi nous sélectionnons des matières premières naturelles premium et sourcées très localement. Notre bois provient des forêts domaniales éco-certifiées situées à moins de 100 kilomètres de notre atelier dans les Pays de la Loire et nos cuirs sont certifiés Leather Working Group (LWG). Enfin, la personnalisation est au coeur de notre ADN. Nous offrons un choix immense de matières et de coloris pour que chaque client reparte avec une paire vraiment unique.
Justine Audouin : Nous formons un vrai binôme de terrain ! Comme nous sommes une petite structure, la polyvalence est notre quotidien mais nos rôles sont bien définis. Alexis gère la production, le suivi des fournisseurs et le développement technique des nouveaux modèles. De mon côté, je m’occupe de toute la partie commerciale (B2B et B2C), de la création des collections, de la communication, du marketing et de la gestion administrative. Chacun a son domaine mais on avance main dans la main. On est toujours là l’un pour l’autre dès qu’il y a une décision stratégique à prendre.
Camille Herbert : Mon frère Flavien dirige toutes les activités de l’entreprise, manage les équipes et prend les décisions stratégiques à Fougères. Je suis en charge de la direction artistique. Je créé les collections, dirige la boutique parisienne et négocie avec les grands comptes français et internationaux. Nous partageons notre vie entre Paris, Fougères et Hammamet.
Camille Herbert : Notre atelier de Bretagne a été créé par notre père et nous avons grandi avec cette idée de transmission, de savoir-faire. Lorsqu’un artisan part à la retraite, l’objectif n’est pas simplement de le remplacer mais de transmettre son expérience à la génération suivante. Il est difficile de retrouver les mêmes talents, les mêmes niveaux de maîtrise mais nous prenons le temps de former et d’accompagner les nouveaux venus afin de préserver la qualité et les gestes propres à notre savoir-faire. Nous observons que les jeunes n’abordent pas le métier de la même manière que leurs aînés. Ils ont besoin de comprendre le sens de leur travail et sont souvent moins attirés par les schémas hiérarchiques traditionnels. Notre métier demande du temps, de la rigueur, de la persévérance. Lorsqu’ils découvrent la richesse du savoir-faire et la satisfaction de fabriquer un bel objet de leurs mains, ils se révèlent souvent très engagés. Plus le métier dure, plus il devient précieux. Le made in France a un coût. Le prix des matières et de la métallerie augmente. Nos exigences pour Herbert Frère Sœur, pour autant, ne seront jamais revues à la baisse.
Justine Audouin : Depuis notre reprise, notre priorité absolue est de valoriser le travail incroyable de notre équipe d’artisans. Nous avons fait le choix de les former en interne à plusieurs postes. Cette polyvalence a tout changé. Elle permet de casser la routine des gestes répétitifs pour l’équipe et, de notre côté, cela nous donne une plus grande agilité. Si un poste subit un « coup de chaud » à cause d’une forte charge de travail, plusieurs artisans peuvent venir en renfort. C’est une organisation plus humaine et dynamique à la fois.
Justine Audouin : Le cuir est une matière vivante que nous respectons infiniment. Nous travaillons exclusivement avec des cuirs de première qualité provenant de tanneries françaises ou européennes limitrophes (Espagne, Italie, Portugal) labellisées LWG. C’est une histoire de confiance et de fidélité. Nous travaillons avec la plupart de ces tanneries depuis de nombreuses années. S’il fallait choisir un favori, le cuir à tannage végétal a une place toute particulière chez nous. Il représente d’ailleurs la majorité de notre production pour son authenticité et sa superbe patine dans le temps.
Camille Herbert : Depuis la première collection, j’ai la contrainte de travailler un cuir très épais pour la ceinture. Ce cuir italien pleine fleur à tannage végétal, initialement épais de 30 à 32 millimètres, peut être refendu pour les sacs. Il est sublime, très sensuel, un peu gras, se patine avec le temps et devient souple et brillant. C’est ma référence absolue pour la marque. Il est certes très cher mais irremplaçable. Pour varier les couleurs – puisque les pigments naturels n’offrent pas une variété de coloris très étendu -, je cherche d’autres variations dans des peaux velours, grainées ou crispy. Je suis tombée sur cette pépite vernie « écaille de tortue », dont je raffole depuis plus d’un an ! C’est un cuir pleine fleur qui est poncé et imprégné de plusieurs couches de sérigraphies pour créer la profondeur du motif. Un liquide est ensuite déposé sur la peau et chauffé dans un four pour lui donner ce fini verni. Un séchage spécifique permet de l’assouplir. Plusieurs étapes sont nécessaires pour obtenir cette qualité. Je le développe avec des sacs, des ceintures, de la petite maroquinerie, des accessoires de bureau et notre premier sabot en collaboration avec Bosabo.
Camille Herbert : Nous exposions au salon professionnel Designers & Agents à New York pendant cette folle tempête de neige en février 2026. Nous avions le temps de nous déplacer sur les stands puisque les acheteurs étaient bloqués dans les transports ou les hôtels ! Je suis allée saluer la fratrie Bosabo, j’ai découvert leurs souliers à semelle flexible et je leur ai proposé de réaliser un modèle avec mon beau cuir « écaille de tortue ». Cela a été très joyeux tout de suite et très fluide ensuite.
Justine Audouin : C’est l’histoire d’une belle rencontre, d’un coup de cœur humain et de valeurs partagées sur l’artisanat et la famille. Cette collaboration est une évidence absolue, une vraie synergie créative. Elle incarne le combo parfait entre nos deux univers. Nous avons mixé notre sabot Anna – notre best-seller monté sur semelle en bois flexible ultra confort – avec le fameux cuir « écaille de tortue ». Le résultat est hyper moderne, on adore !
Justine Audouin : Oui, elle évolue et devient de plus en plus consciente de ses achats. Aujourd’hui, le consommateur recherche un juste rapport qualité-prix, mais surtout de la durabilité, du sens et du confort sans sacrifier le style. Nous avons la chance d’avoir une très belle communauté de clients réguliers, des passionnés qui nous suivent et croient en notre démarche artisanale. Le made in France est la cerise sur le gâteau !
Camille Herbert : La clientèle vieillit comme nous, bien sûr, mais les envies se rejoignent. Comme je suis très souvent en boutique à la vente, je suis très proche de nos clientes. Nous échangeons beaucoup, je les écoute, elles m’inspirent. Par conséquent, j’adapte mes collections.
Camille Herbert : La consommation est globalement en baisse dans tous les secteurs, la mode n’y échappe pas et les habitudes changent. On achète mieux et plus en conscience. Herbert Frère Sœur s’inscrit parfaitement dans cette transition. Il faut tenir compte aussi du marché de la seconde main qui fait fureur. Cette tendance joue en notre faveur car un sac qui se revend bien est un sac qui vaut la peine d’être acheté neuf. Nous sommes fiers de ce constat car nous restons une marque indépendante, sans aucune entrée au capital. Nous comptons quelque 160/170 revendeurs en France, Italie, Belgique, aux Pays-Bas… Nous enregistrons aussi une forte croissance à l’international (États-Unis, Canada, Australie…).
Justine Audoin : Bosabo est diffusée dans environ 200 points de vente en France et à l’international. Ce qui est fascinant avec notre produit, c’est qu’il bouscule les codes de la distribution classique. Aujourd’hui, nous sommes peu présents chez les chausseurs traditionnels. Bosabo est véritablement perçue comme une marque d’accessoires de mode à part entière. Nos sabots se vendent dans des concept-stores ou des boutiques de prêt-à-porter qui cherchent à accessoiriser une silhouette globale, ce qui correspond parfaitement à notre vision moderne du produit.
Camille Herbert : Nous envisageons l’ouverture d’une seconde boutique parisienne. Trois collaborations sont en cours avec Laura Isaaz, Axelle Laffont et Virginie Florin. En attendant, l’anniversaire de nos 10 ans va être l’occasion d’une belle fête.
Justine Audoin : Le projet concret qui nous occupe est la construction de notre nouveau bâtiment de 700m2. L’objectif est d’offrir de meilleures conditions de travail à notre équipe et d’absorber sereinement la croissance de l’activité. Au-delà des murs, notre défi est d’optimiser la notoriété de Bosabo. Nous avons la chance d’avoir entre les mains un véritable trésor d’artisanat, un savoir-faire historique et unique. Nous voulons faire rayonner la marque, la révéler plus largement. Cette collaboration avec Herbert Frère Sœur est une merveilleuse première étape dans cette dynamique !
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Rédaction Nadine Guérin
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