Maison EVI, la sneaker qui prend son temps

Dimitri Blanchy et Solène Didier ont lancé Maison EVI fin 2022.

Sans précipitation, Maison EVI ambitionne d’apporter un peu d’oxygène au secteur verrouillé et saturé de la basket de ville. Dans son ADN, un ancrage régional en cohérence avec un made in France revendiqué.

Le challenge de deux novices passionnés

Caractérisé par la vitesse de renouvellement des collections autant que par la domination de quelques majors toutes puissantes, le marché de la sneaker – pour femme comme pour homme – manque cruellement de fraicheur et d’alternatives. C’est aussi le constat qu’ont fait Solène Didier et Dimitri Blanchy alors qu’ils étaient encore tous deux agents commerciaux dans le groupe Stellantis et aussi passionnés de baskets l’un que l’autre. De là à lancer leur marque, il n’y avait qu’un pas que l’épidémie de Covid leur a fait franchir néanmoins prudemment. « L’idée nous est venue en 2020, en pensant à la réussite du label indépendant italien Golden Goose, explique Dimitry Blanchy dont l’exercice familier depuis l’enfance du dessin de sneakers ne demandait qu’à se professionnaliser. Mais nous n’avons commencé le développement produit que fin 2020 et déposé les statuts de la société en décembre 2022. » Féru de baskets mais totalement autodidacte, le jeune couple a pris le temps de se former. Pendant deux mois, quotidiennement, ils ont profité du dispositif dédié aux nouveaux créateurs à Romans-sur-Isère pour acquérir les connaissances théoriques, notamment sur le cuir, et les notions techniques sur la chaussure. « Nous avons rencontré un ancien collaborateur de Robert Clergerie qui nous a tout appris, reconnaît notre interlocuteur. Ces deux années d’apprentissage nous ont permis d’acquérir de la maturité. Nous ne voulons pas de l’esprit start-up qui peut brûler des étapes. Nous souhaitons nous inscrire dans le temps long. »

Traçage manuel en atelier du repère de semelle permettant de garantir un alignement précis lors du montage.

Une fabrication made in Romans

C’est aussi au cours de ce stage que les deux entrepreneurs ont pu trouver leur fabricant à Romans-sur-Isère, cité drômoise célèbre pour son passé de capitale hexagonale de la chaussure. Sans divulguer son nom, le jeune donneur d’ordre nous confie cependant que ce dernier est un fabricant polyvalent, aussi à l’aise sur la chaussure traditionnelle en cuir que sur la sneaker en cuir, qu’il œuvre pour des marques françaises haut de gamme, voire luxe. « Nous voulions garder un ancrage local. Tout est fait à Romans à la main, la coupe, la piqûre, le montage et la finition », poursuit cet entrepreneur déterminé installé à Bourgoin-Jallieu dans le département de l’Isère. La collection, avec un chaussant mixte et des pointures allant du 36 au 41 pour femmes et du 41 au 46 pour hommes, est composée de diverses déclinaisons couleurs et matières d’un modèle unique patiemment mis au point. « Notre modèle G concilie design, confort, respect du savoir-faire français et faisabilité industrielle. Juste et intemporel, il possède une véritable tenue dans son volume et des détails fonctionnels et non décoratifs, à part la bride en cuir sur le côté de la tige qui est un peu notre signature esthétique. Le montage utilise la technique du cousu Strobel, avec une couture entre la tige et la première de montage renforcée par une couture extérieure. Les modèles sont intégralement doublés en veau à tannage minéral », détaille le néo designer. Le cuir de la tige, acheté directement par Maison EVI auprès de tanneries françaises, italiennes ou espagnoles, toutes certifiées Leather Working Group (LWG) ou ISO 14001, est principalement du cuir de vachette, lisse, velours ou métallisé, agrémenté, pour les détails, d’agneau métis ou de cuir de saumon acheté en France. Les coloris sont choisis et achetés sur stock, mais certaines teintes spécifiques sont actuellement en développement. Quatorze déclinaisons sont déjà sorties au rythme de deux à quatre par an et proposées à la vente entre 525 euros pour le modèle G de base et 675 euros pour la référence G225 plus sophistiquée.

Des débuts prometteurs

La commercialisation a débuté sur le site internet de la marque avec un système de pré-commandes. La boutique virtuelle assure encore 40% des ventes. Mais après une présence au salon Tranoï à trois reprises, au salon Première Classe en 2023 et un showroom partagé pendant la fashion week du prêt-à-porter féminin en octobre dernier, quelques boutiques françaises ont fait rentrer la marque. « La commercialisation a été lancée il y a peu. Nous sommes déjà présents dans une dizaine de belles boutiques en France », reprend le trentenaire. Après une année en physique en 2025, la collaboration avec Le Printemps se poursuit en ligne, sur le site du célèbre grand magasin. Des ouvertures de comptes à l’export, en particulier au Moyen-Orient et en Asie, sont en cours de discussion. « Notre objectif pour 2026 en termes de distribution est d’établir un réseau qualitatif, avec des revendeurs conseils. » Avant le lancement d’un nouveau modèle… Quand le premier aura bien consolidé les bases de la marque, EVIdemment !

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Rédaction François Gaillard

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