La filière cuir américaine, grande perdante des mesures Trump ?

Les États-Unis sont dans l’attente des élections législatives de novembre. Leurs résultats sont au cœur des interrogations des consommateurs américains, confrontés à une inflation notable sur laquelle pèse la guerre douanière entamée en 2025. La question se pose particulièrement pour la filière cuir américaine, fournisseur incontournable de cuirs et peaux bruts, mais dépendante de l’import de cuirs traités et produits finis. Ce qui fait du scrutin local un enjeu aussi pour les pays fournisseurs, comme la France. « Quand les tarifs douaniers sont arrivés, tout s’est arrêté. » C’est ainsi que Kerry Brozyna, Président du Leather and Hide Council of America (LHCA), résumait en décembre auprès de CNBC l’année difficile connue par le cuir américain en 2025. Face à la taxe de 125% décidée contre la Chine par Washington, Pékin avait répondu par une taxe équivalente. Une vulnérabilité pour une industrie américaine du cuir dont l’activité dépend largement de la Chine, premier client de ses cuirs et peaux bruts. Selon le ministère américain de l’Agriculture, les États-Unis ont exporté en 2025 pour 691 millions de dollars de celles-ci. Un chiffre en chute de 19,7% par rapport à 2024. Et c’est bien la Chine qui est au cœur de cet affaissement soudain, ses commandes de cuirs américains non traités étant passées en un an de 434 à seulement 294 millions de dollars. « Ils [les clients chinois -NDLR] ne pouvaient pas accepter les livraisons, car s’ils les avaient acceptées et avaient répercuté le coût des droits de douane sur le prix, ils n’auraient pas pu les vendre », explique Kerry Brozyna, dont la filière connaît un ralentissement plus ancien. Entre 2016 et 2025, son export a connu un recul annuel moyen de 9,7%, passant de 1,9 milliard à 691 millions de dollars. Une chute que le recul de 6,3% du cheptel et la concurrence étrangère ne suffisent pas à expliquer.

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La filière cuir américaine est un fournisseur incontournable de cuirs et peaux bruts - Photo © Pexels - Mark Stebnicki.

Paradoxe structurel

Pour tenter de se faire entendre, le LHCA tenait cette année, pour la première fois en quatre ans, sa « réunion de printemps » à Washington, en présence de membres du Congrès et de dirigeants des ministères du Commerce et de l’Agriculture. « Au cœur des discussions figurait l’importance de marchés fiables et ouverts pour les exportateurs et les fabricants américains », indique la fédération, qui a appelé les élus à soutenir « le système de production de bovins le plus efficace au monde, produisant jusqu’à quatre fois plus de viande par animal que les producteurs des pays en développement ». La puissance de la filière amont n’est effectivement plus à démontrer. Selon l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (Faostat), les USA sont le deuxième producteur mondial de peaux bovines, avec 1,1 million de tonnes par an. Ils se placent ainsi derrière la Chine, et juste devant le Brésil, filière grandissante surveillée de près les éleveurs américains.
Cependant, en aval, la filière américaine est proportionnellement plus chétive. Le pays ne totalisait en 2023 que 152 établissements de traitement des peaux et cuirs bruts, selon l’US Census Bureau. En 2025, le tannage employait localement 3 800 personnes, contre 15 500 en 1990. Quant aux produits finis en cuir, le millier de fabricants restants employait, quant à lui, 26 900 personnes en 2025, contre 138 200 en 1990. Une désindustrialisation rapide qui a consacré la dépendance du marché local aux importations : le pays figure aux premiers rangs des importateurs de chaussures, maroquinerie et vêtements en cuir. En 2025, ils importaient ainsi pour 11,2 milliards de dollars de chaussures (-2,7 %), pour 4,1 milliards de sacs à main (-0,9 %), et pour 363 millions de dollars de vêtements en cuir (+11 %).

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Les tarifs douaniers ont eu un impact majeur sur la filière cuir américaine.

Débouché du cuir français

Une situation qui profite notamment au savoir-faire cuir de l’Union européenne. Celle-ci se fournit aux États-Unis à hauteur de 121 millions d’euros de cuir et peaux bruts en 2025, et la France en a fait son premier fournisseur avec 30,3% de ses importations, selon l’Observatoire Économique de l’Alliance France Cuir. Cependant, l’Hexagone y trouve en retour un débouché de choix pour ses cuirs traités et ses produits finis.
Les USA sont ainsi le 8e client des tanneries et mégisseries françaises avec 6,9 millions d’euros de production importée en 2025. Un chiffre en hausse de 33,8% sur un an, malgré le contexte de tensions douanières. Les effets néfastes de celui-ci sur le commerce tricolore se sont cependant fait davantage sentir sur les produits finis en cuir. L’export français dans ce domaine s’est en effet contracté l’an passé de 5,4% à destination des États-Unis, en contraction à 2,28 milliards d’euros.
La maroquinerie tricolore n’a connu sur la période qu’une contraction limitée de 2,5% à 1,71 milliard d’euros pour ses exportations vers les USA, son deuxième plus important client après la Chine. La chute cependant a été de 14,1% à 520 millions d’euros pour la chaussure française, dont le marché américain est le 3e plus gros débouché à l’international. L’export de vêtements en cuir a, quant à lui, reculé de 4,9% à 36,8 millions d’euros.

Facteurs d’inflation

Derrière ces contractions réside l’un des échecs de la guerre douanière américaine. Destinées à stimuler l’industrie locale en favorisant le commerce de produits made in USA, les taxations n’ont pas empêché une hausse de 4,6% des importations de biens en 2025. Et la Banque fédérale de réserve de New York estime ainsi que 26% du surcoût généré par les droits de douane additionnels se sont répercutés directement sur les prix à la consommation.
L’habillement, la chaussure et l’accessoire seraient les principales victimes de l’inflation américaine. Une étude McKinsey publiée durant l’été pointait que les consommateurs entendaient, sur la période allant d’août à octobre, réduire de 24% leurs dépenses d’habillement, de 22% leurs dépenses de chaussures, et de 30% leurs dépenses en accessoires. Un indicateur d’importance sur une période où ces marchés sont d’ordinaire stimulés par la rentrée des classes.

Un scrutin sous incertitudes

Une situation qui amène logiquement l’inflation à être au cœur des élections de mi-mandat. Ceci à l’heure où le conflit iranien est venu depuis mars ajouter des surcoûts d’importation supplémentaires liés au prix du pétrole. Et l’assèchement progressif du canal de Panama s’impose en parallèle comme un enjeu croissant pour les coûts et délais de transport entre la côte Est américaine et l’Asie.
Industriels comme consommateurs se montrent logiquement prudents quant aux conséquences à attendre de ces élections, qui pourraient voir Donald Trump perdre ou conserver le contrôle du Congrès. Même si les tarifs douaniers annoncés en avril 2025 par le président américain ont été largement invalidés en février 2026 par la Cour suprême, la Maison Blanche continue à ce jour de chercher de nouveaux fondements juridiques pour de nouvelles taxes protectionnistes. Ce qu’illustre depuis l’été les bras de fer politiques et commerciaux entamés tout récemment avec le Canada. « On arrive à un système semi-chaotique durable auquel il faut vous préparer », avertissait le 7 septembre à Paris l’ex-ministre français des Affaires étrangères Hubert Védrine, à l’occasion du Sustainable Leather Forum, condensant en une seule formule l’imprévisibilité caractérisant désormais les échanges mondiaux, avec les emballements du pouvoir américain pour moteur.

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Rédaction Louis Endau

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