Le Printemps Haussmann se penche sur la chaussure

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Le Printemps Haussmann accueille l’exposition « Pas à pas. La chaussure sous tous ses angles », sous sa coupole, jusqu’au 28 octobre - Photo © Romain Ricard.

L’exposition « Pas à pas. La chaussure sous tous ses angles » marque le rendez-vous culturel de la rentrée pour le grand magasin parisien. Elle mêle pièces historiques, archives, créations contemporaines et dévoile la chaussure lauréate du Prix Printemps 2026 avec l’école ESMOD Paris. Un parcours immersif à découvrir jusqu’au 28 octobre.

Un élément multifacettes

Sous la coupole Art déco, l’exposition s’ouvre sur l’origine de son objet thématique. Les mots « chaussure » et « soulier » sont apparus au XIIe et XIIIe siècles. L’usage originel de protéger le pied a largement évolué au fil du temps. Les formes n’ont cessé de grandir, de se diversifier, enrichissant son répertoire de nombreuses typologies aux caractéristiques spécifiques, comme la salomé, le loafer ou encore le richelieu… La chaussure, si elle est toujours utilitaire, est aujourd’hui un accessoire essentiel de notre vestiaire. « Un objet de mode et de désir, mythe et symbole, diktat et provocation, supplice ou métamorphose », affirment les commissaires de l’exposition, Sylvie Marat et Marlène Van de Casteele. « Pas à pas », au fil de la déambulation, invite à la réflexion, questionne notre relation au corps, à l’équilibre, à la beauté, nourrit l’inspiration. Onze sections informatives, ludiques, visuelles articulent l’ensemble de manière inédite.

Objet de fascination

La marche est la fonction première de la chaussure. Des enregistrements de pas de toutes origines le rappellent à l’oreille du visiteur, dès son arrivée. Les talons des stilettos n’ont assurément pas le même son que des après-skis dans la neige… Dans la foulée, un atelier de bruitage propose de simuler des pas en détournant divers objets du quotidien. L’empreinte, laissée au sol par le relief de la semelle, révèle, elle aussi, toute sa singularité. La chaussure fascine. Sa nature ambivalente traverse les imaginaires. C’est le cas de la transparence, qui révèle et dissimule à la fois le pied. La section « Fétiche » est un autre exemple qui transforme la chaussure en un « objet de projection fantasmé ». Le rouge flamboyant, le noir brillant, les laçages, les sangles, sans oublier le talon aiguille, sont autant de codes qui érotisent le pied. La dimension visuelle sert le propos comme en témoignent, parmi d’autres, les célèbres photographies de Guy Bourdin pour Charles Jourdan ou David Lynch pour Christian Louboutin. À la une de la presse mode et des magazines spécialisés, la chaussure a fait son apparition dans les périodiques historiques à la fin des années 1890. Les catalogues du Printemps ont contribué à son essor. Jusqu’aux années 1930, ils ont tout particulièrement témoigné de l’évolution croissante des formes.

Camille Laveran Bachelor Fashion Design spécialisée Accessoires Esmod Paris Prix Printemps 2026 mocassin Double Billie
Camille Laveran, Bachelor Fashion Design spécialisée Accessoires à ESMOD Paris, remporte le Prix Printemps 2026. Son mocassin Double Billie sera commercialisé l’hiver prochain.

Planétaire

Les volumes varient selon les cultures et les usages. « Pas à pas » invite à un tour du monde subjectif dans la partie intitulée « Évolutions ». Geta japonaise, babouche marocaine, patin indien mais aussi furlane vénitienne ou botte cosaque… Les musées Shoes or No Shoes de Kruisem en Belgique et de la Chaussure à Sèvremoine dans le Maine-et-Loire ont mis en vitrine leurs collections. Celle de la maison Massaro est une référence incontournable du savoir-faire français de la botterie. Plus de 6 000 formes, sculptées sur mesure en bois, appartiennent aux riches archives d’une maison fondée en 1894 et intégrée aux Métiers d’Art de Chanel puis au 19M. La forme est la véritable matrice du soulier. Sa construction et son confort sont étroitement liés à la mécanique du pied : une structure très complexe composée de 26 os, 33 articulations, d’une centaine de muscles, ligaments et tendons… La Marathon Tabi illustre, parmi d’autres, l’influence majeure qu’exerce l’anatomie du pied dans le domaine du chaussant. Cette première chaussure de course à pied, créée au début des années 1950, marque l’héritage de la marque Asics. Son inspiration est en fait celle de la tabi japonaise, qui date du XVe siècle. Le gros orteil, séparé des autres doigts, optimise en effet la stabilité, l’équilibre, l’ancrage du corps durant l’effort. La chaussure de sport, plus largement, occupe une place importante au sein de l’exposition car elle s’inscrit « à l’intersection de la performance athlétique, de l’innovation technologique, de l’expression stylistique ». La mode et le luxe ont profondément transformé son usage en l’adaptant au quotidien. La sneaker, omniprésente, incarne aujourd’hui l’énergie urbaine avec une puissance graphique démultipliée.

Préciosité et audace

Qu’elle soit en cuir ou en textile, la chaussure se rapproche parfois, dans un registre tout autre, du bijou. La section « Parures » élève le soulier sur un piédestal dans un jeu d’apparat, qui vise à mettre en scène, voire théâtraliser, le pied. Perles, broderies, franges, rubans, boucles, strass… La chaussure ornementée est un terrain d’expression illimité pour les créateurs et les marques. L’exposition se clôt avec le thème « Ébauche », qui associe le Printemps à l’école ESMOD Paris. Des étudiants en Bachelor Fashion Design ont revisité, à la demande du grand magasin, un modèle atemporel, plébiscité pour son confort et sa construction épurée : le mocassin, une forme souple, sans lacets, destinée à tous les genres. Double Billie de Camille Laveran s’est démarqué parmi la dizaine de propositions créatives. « J’ai voulu, dit-elle, explorer une esthétique du décalage. Le modèle repose sur un principe de superposition qui déstabilise une silhouette familière tout en la laissant immédiatement lisible. Le motif animalier rompt avec la neutralité de la forme. » Le modèle sera développé pour intégrer la collection automne-hiver 2027 de Saison 1865, la marque propre du Printemps.

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Rédaction Nadine Guérin

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