Arnaud Bruillon : un itinéraire entrepreneurial singulier
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Pierre Corthay est l’invité du nouvel épisode de « Matière(s) à réflexion(s) », le podcast de Leather Fashion Design.
L’artisan bottier et Maître d’Art incarne depuis plus de trente ans l’excellence du soulier masculin sur mesure, façonné dans les règles de l’art de la botterie Au fil des années, il a développé une véritable signature, un style singulier. À 60 ans, une nouvelle page s’écrit : avec Monsieur Pierre, il ouvre un nouveau chapitre, porté par la même exigence et animé par l’envie d’explorer de nouveaux horizons. Rencontre.
Pierre Corthay a grandi dans un environnement familial marqué par la création. Aux côtés notamment de sa tante, la sculptrice Valentine Schlegel, il découvre très tôt un monde où la matière, les formes et les couleurs occupent une place essentielle. La création, sous toutes ses formes – céramique, sculpture, peinture… – nourrit son regard et sa sensibilité. Parmi toutes les matières, le cuir le fascine plus particulièrement. « Le cuir est une matière noble, vivante, organique. J’apprécie sa capacité à se transformer sous la main et à conserver la mémoire du geste », évoque-t-il. Cette relation presque physique à la matière ne l’a jamais quitté. Elle est au cœur de son approche du métier comme de son esthétique.
Formé auprès des Compagnons du Devoir, Pierre Corthay a enrichi son expérience au sein de maisons prestigieuses telles que John Lobb et Berluti. À la tête de sa propre maison pendant trente ans, l’artisan devient progressivement entrepreneur … mais l’atelier demeure son territoire de prédilection : l’odeur du cuir, les outils, les peausseries, les échanges avec les clients et ce dialogue permanent avec la matière restent au cœur de son quotidien.
Dans un monde où désormais l’immédiateté prime, Pierre Corthay cultive une autre conception du temps : celle du geste maîtrisé, de la patience et du soin apporté à chaque étape de la création d’un objet appelé à durer. Une paire de souliers sur mesure ne se limite pas à sa fabrication. Elle naît d’une écoute attentive, d’une observation minutieuse, puis prend forme à travers le dessin, la sélection des matières, la construction et les ajustements successifs qui conduisent à l’équilibre parfait. Puis vient le temps de la vie du soulier : il évolue avec celui qui le chausse, portant peu à peu les traces de son histoire. Au fil des années, le cuir se transforme, se patine. Le véritable luxe est peut-être là : dans cette philosophie du temps long, dans la possibilité de conserver, de faire vivre et de transmettre un objet.
Car créer un soulier sur mesure implique une relation privilégiée avec celui qui le portera. Il faut savoir observer et écouter, comprendre une personnalité, un mode de vie, une silhouette. Au-delà de la justesse technique, la chaussure doit trouver son équilibre avec l’identité de son propriétaire, en épouser les particularités et en révéler la singularité. C’est toute la dimension humaine du métier de bottier : derrière chaque paire se dessinent une rencontre, une histoire et une relation de confiance qui se tissent au fil du temps.
Pour cette nouvelle aventure professionnelle, le choix du nom Monsieur Pierre est loin d’être anodin. Il s’inscrit dans la tradition des maisons de Haute Couture et de sur-mesure, où les chefs d’atelier étaient souvent désignés par leur prénom, dans une appellation mêlant familiarité et respect. En adoptant ce nom, Pierre Corthay revendique cet héritage tout en affirmant sa volonté d’ouvrir un nouveau chapitre de son histoire. Car son univers créatif dépasse le cadre du soulier. Nourrie par sa passion pour l’art, sa démarche s’exprime à travers la peinture, la sculpture et la création d’objets, autant de pratiques qu’il partage notamment lors d’expositions. Quel que soit le support, le fil conducteur demeure le même : travailler la matière, rechercher la justesse d’une ligne, l’équilibre d’une proportion, l’harmonie d’une couleur… Sa sensibilité créative s’est également enrichie au gré de ses voyages et au contact de la culture artistique japonaise dans laquelle il retrouve une attention singulière portée au geste et à l’épure des formes.
Mais la pérennité d’un savoir-faire artisanal repose aussi sur sa transmission, bien au-delà de la seule maîtrise technique. « Transmettre, c’est partager une exigence, cultiver la patience et la curiosité, apprendre à connaître la matière… » À l’heure où les métiers d’art suscitent un intérêt renouvelé auprès d’une nouvelle génération, cet enjeu prend une dimension particulière : celle de préserver un héritage vivant tout en donnant à ceux qui le feront perdurer les moyens de le faire évoluer.
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Rédaction Laëtitia Blin
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