Cuir et textile : de l’Europe aux régions, une filière unie se mobilise pour la formation
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À la tête de la Maroquinerie Barret – Travel and Business Store à Lyon, Alexandra Le Creff incarne la troisième génération d’une famille de commerçants maroquiniers. Dans la boutique historique de la Presqu’île lyonnaise, elle perpétue une histoire familiale commencée en 1920 tout en faisant évoluer l’entreprise au rythme des nouveaux usages et des attentes des consommateurs. Élue en juin 2026 à la présidence de la Fédération Nationale des Détaillants en Maroquinerie et Voyage (FNDMV), elle défend une vision du commerce indépendant, fondée sur l’expertise, le conseil et la proximité. Rencontre.
Certains commerces traversent les décennies et finissent par devenir des repères. Depuis 1920, la Maroquinerie Barret fait partie de ceux-là. Une institution centenaire qu’Alexandra Le Creff, représentante de la troisième génération, s’attache à perpétuer et à faire évoluer. L’histoire commence avec son grand-père, puis se poursuit avec son père, maroquinier, dans les années 1970. « J’ai grandi dans les magasins. J’ai vu évoluer l’offre, les produits et les façons de vendre », se souvient-elle. Son parcours professionnel passe d’abord par la grande distribution, une expérience qui lui permet d’acquérir une autre vision du commerce et de mieux appréhender les relations entre fournisseurs et distributeurs. En 2010, elle rejoint finalement son père au sein de l’entreprise familiale. Pendant plusieurs années, ils travaillent en binôme. Une période de transmission au cours de laquelle elle apprend le métier à ses côtés, avant d’y apporter progressivement sa propre approche et d’en prendre les rênes en 2016.
Depuis, la dirigeante veille à préserver l’identité de cette maison tout en l’adaptant aux évolutions du commerce et aux nouvelles habitudes d’achat des consommateurs. La boutique commercialise, sur 300 m2, une trentaine de marques réparties entre trois univers : la maroquinerie, le business et le voyage. Environ 25% de l’offre est consacrée à la maroquinerie, 25% au segment business et 40% aux articles de voyage, notamment les valises, sacs de voyage et sacs à dos. « Ces dernières années, le marché du business a considérablement changé. Les traditionnels porte-documents ont progressivement laissé place aux sacs à dos urbains et aux modèles hybrides, pensés pour accompagner les nouveaux modes de déplacement et les courts séjours professionnels », constate la spécialiste.
La sélection des marques répond à cette volonté de conjuguer utilité et plaisir. Longchamp, Le Tanneur, Charles et Charlus ou encore Berthille, avec ses productions françaises, côtoient des marques plus contemporaines et urbaines. La boutique recherche régulièrement de nouvelles références susceptibles de compléter son offre. « Nous essayons de trouver le bon équilibre entre des produits utiles et des produits plaisir. J’aime aussi raconter l’histoire des marques que nous proposons et expliquer leur savoir-faire », souligne la dirigeante. Le cuir occupe une place centrale dans son offre. « Matière noble et naturelle, il se distingue par sa résistance, sa durabilité et sa réparabilité. »
Pour enrichir cette sélection, elle arpente les salons professionnels en France et à l’étranger. Mode, décoration, bagagerie : elle y cherche autant de nouvelles marques que des inspirations. Une manière de rester en prise avec les évolutions du marché et de proposer une offre qui ne se limite pas aux codes d’une maroquinerie traditionnelle.
Face aux nouvelles habitudes de consommation, la dirigeante a progressivement développé la présence de l’enseigne sur les réseaux sociaux et fait évoluer son identité visuelle. Une transformation nécessaire, mais qui « ne signifie pas pour autant renoncer au magasin physique. Bien au contraire. Le digital fait désormais partie de nos vies, mais nos clients restent très attachés à la boutique, à l’accueil et au conseil », observe Alexandra Le Creff. Dans un secteur où l’achat en ligne a profondément modifié les comportements, elle mise sur ce qui constitue, selon elle, la valeur ajoutée du commerce indépendant : l’expertise produit, la connaissance du client, le conseil et le service après-vente. Cette proximité se traduit aussi dans la façon de travailler avec les fournisseurs. Ses équipes sont formées aux produits par les marques partenaires. Entretien du cuir, caractéristiques techniques, usages : cette connaissance des produits doit permettre aux six salariées de répondre précisément aux attentes des clients.
Pour la dirigeante, l’avenir du commerce physique repose précisément sur sa capacité à proposer ce que le digital ne peut pas totalement remplacer : une expertise, un conseil personnalisé, un sens de l’accueil, une relation humaine et un véritable lien de proximité. Si la fidélité de la clientèle constitue l’un des atouts historiques de la Maroquinerie Barret, il faut aussi réussir à séduire de nouveaux publics. L’arrivée de marques plus urbaines, comme Rains, participe à cette stratégie. La transmission se joue également dans la sphère familiale. Ses deux filles, âgées de 18 et 20 ans et aujourd’hui étudiantes, travaillent ponctuellement à la boutique. Une façon pour leur mère de leur transmettre le goût du travail et, peut-être, de laisser ouverte la possibilité d’une nouvelle transmission familiale.
Depuis 2020, Alexandra le Creff est engagée au sein de la Fédération Nationale des Détaillants en Maroquinerie et Voyage, dans les pas de son père qui y avait lui-même été impliqué. Élue à la présidence en juin dernier, elle a succédé à Sophie Brenot. Elle connaît parfaitement les enjeux auxquels sont confrontés les détaillants maroquiniers : évolution des habitudes de consommation, attractivité des centres-villes, transformation numérique, recrutement et transmission des entreprises… Elle entend poursuivre le travail engagé pour accompagner la centaine d’adhérents et défendre les intérêts de toute une profession. « J’ai à cœur de défendre un métier fondé sur la passion, le conseil, la proximité et l’expertise. » Dans un contexte économique difficile pour les commerces, l’enjeu est notamment de permettre aux professionnels de mutualiser certains services et de réduire leurs charges : contrats négociés collectivement, services bancaires ou encore accompagnement sur différentes problématiques du quotidien. La fédération propose également des formations consacrées aux techniques de vente, au merchandising ou encore à l’entretien du cuir, ainsi que des webinaires sur des sujets plus récents, comme l’intelligence artificielle ou les réseaux sociaux. Pour la dirigeante lyonnaise, le challenge est aussi de faire reconnaître la spécificité « des maroquiniers, commerçants experts. Il faut défendre cette expertise et montrer la valeur du service que nous apportons. »
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Rédaction Laëtitia Blin
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