La Journée du Chausson célèbre un incontournable du quotidien
À vos agendas ! Le samedi 24 octobre, la Fédération Française de la Chaussure (FFC) organise la troisième édition de la « Journée du Chausson ». ...
Avec 2,2 millions de salariés répartis dans 220 000 entreprises, majoritairement des PME*, le secteur européen du textile de l’habillement du cuir et de la chaussure (TCLF) fait face à des défis majeurs. Face au vieillissement de la main-d’œuvre et à l’urgence des transitions écologique et numérique, la filière s’unit et s’engage, au niveau européen et régional, pour une transformation de ses pratiques de formation afin d’assurer sa compétitivité. Deux initiatives européennes complémentaires, issues de la TCLF Skills Alliance du Pact For Skills : MetaSkills4TCLF, à l’échelle du continent pour la filière cuir, et TCLF SkillBridge, décliné localement en Nouvelle-Aquitaine par un partenariat régional, dessinent ensemble une nouvelle architecture de la montée en compétences. Portrait d’une filière qui prend son avenir en main.
À l’échelle européenne, MetaSkills4TCLF, initié en 2023 par la Commission européenne et financé par le programme Erasmus+, est le fruit d’une longue maturation. Il succède à un premier projet phare lancé en 2018, Blueprint Skills4Smart TCLF Industries 2030, qui avait déjà posé les bases en définissant huit nouveaux profils métiers pour la filière élargie, regroupant textile, habillement, cuir et chaussure, dont quatre transversaux. Deux profils concernaient spécifiquement la filière cuir et chaussure, dont celui de « Technicien cuir », pensé pour le niveau Licence.
La crise sanitaire est venue rebattre les cartes : « La crise du Covid-19 a accéléré la réévaluation de nos besoins en compétences numériques et vertes », rappelle Vita Kobiela, Responsable Projets et Communication chez COTANCE (Confédération des Associations Nationales de Tanneurs et de Mégissiers de la Communauté européenne). MetaSkills prend le relais sur quatre ans, dans onze pays, avec une triple ambition : actualiser les formations, renforcer l’attractivité du secteur auprès des nouvelles générations, et structurer des partenariats régionaux de compétences à l’échelle du continent. L’initiative, portée par CTCP (Centre Technologique Portuguais de la Chaussure), aux côtés de CEC et d’EURATEX, regroupe 30 partenaires dans 11 pays différents.
Au cœur du dispositif, 36 micro-cours, dont 18 dédiés à la mode numérique, 18 à l’économie circulaire, dont 4 spécifiquement conçus pour la filière Cuir. Développés en co-création avec l’Université de Lleida (UdL), l’ITECH Lyon et le FILK Freiberg Institute, ils abordent la traçabilité, l’intelligence artificielle, la réglementation environnementale et l’éco-conception. Ils s’adressent en priorité à des étudiants en pré-Bachelor et Bachelor, qui choisissent d’étudier les technologies du cuir « Ces cours ne visent pas à apprendre le métier de tanneur, ces savoir-faire sont déjà présents dans notre industrie, mais à apporter des compétences complémentaires sur la digitalisation, la réglementation et la durabilité, comme une cerise sur le gâteau », précise Vita Kobiela.
Ces modules seront accessibles au public et COTANCE espère que les fédérations nationales et les tanneries sauront s’en saisir afin d’en faire aussi profiter leurs salariés. Vita Kobiela ajoute : « les modules s’articulent autour des savoir-faire traditionnels de tannage, mais leur transversalité les rend intéressants pour des profils hybrides. »
Pour ancrer l’apprentissage dans la pratique, 57 vidéos ont été tournées directement en tanneries et centres de recherche, chez CTC à Lyon et à l’A3 Technology Innovation Center d’Igualada, montrant pas à pas comment l’IA ou la traçabilité s’appliquent concrètement sur le terrain. « Toute technologie introduite sert à renforcer le savoir-faire, pas à le remplacer », note Vita Kobiela.
Le projet va plus loin encore en misant sur l’immersion. Des modules en réalité virtuelle permettront bientôt aux étudiants d’explorer une tannerie à 360°, casque sur la tête. Des labs metaverse seront opérationnels d’ici fin 2026, début 2027, dans les universités participantes, comme à ITECH Lyon, Ljubljana, UdL et au FILK. Des actions de sensibilisation démarrent dès l’école primaire en Italie, au Portugal et en Espagne, et un concours européen d’éco-design est prévu pour 2027.
COTANCE joue dans ce dispositif un double rôle stratégique. D’une part, la confédération s’assure que l’ensemble des acteurs européens du cuir, tanneries, associations nationales, fédérations, organismes de formation, sont pleinement impliqués dans la co-construction des curricula. Des enquêtes, focus groupes et entretiens ont pour cela été menés dans les 11 pays partenaires. D’autre part, COTANCE est chargé de la durabilité des résultats. « Nous développons un rapport pour nous assurer que les résultats du projet perdurent au-delà de son financement, et qu’ils sont adoptés par l’industrie et par la Commission européenne », explique Vita Kobiela. Une philosophie qui résume l’esprit du projet de co-création avec les professionnels.
Si MetaSkills pose le cadre européen, TCLF SkillBridge assure, dans la droite ligne du Pact For Skills, une déclinaison opérationnelle dans les territoires, sans redondance avec MetaSkills en permettant la création de partenariats régionaux de compétences. En Nouvelle-Aquitaine, c’est un consortium inédit qui s’est constitué pour répondre à cet appel, regroupant l’ESTIA, école d’ingénieurs basée à Bidart, chef de file pédagogique, aux côtés d’UIT Sud, syndicat textile des régions Occitanie et Nouvelle-Aquitaine, et de partenaires associés : Réso Cuir&Textile Nouvelle-Aquitaine, la région Nouvelle-Aquitaine, ADI Nouvelle-Aquitaine et l’OPCO 2i. « Nous travaillons depuis un moment avec la région Nouvelle-Aquitaine pour monter un consortium à l’échelle de la région et nous positionner comme territoire référent sur le sujet mode circulaire textile responsable », explique Valentina Nardi, Responsable d’affaires et Cheffe de Projet à l’ESTIA. L’opportunité offerte par l’Europe dans le cadre de TCLF Skill Bridge a matérialisé cette dynamique.
Ce projet accompagne également une évolution structurelle importante. RésoCuir élargit son périmètre pour devenir Réso Cuir&Textile Nouvelle-Aquitaine. En effet, si le cuir, la laine et le chanvre étaient régionalement bien structurés autour de clusters, la filière textile ne bénéficiait pas pleinement de ces réseaux et une réflexion transversale s’imposait. « La région Nouvelle-Aquitaine a ciblé cette filière comme prioritaire dans la mode et le luxe, et il y avait un réel besoin d’avoir un acteur pour fédérer les initiatives déjà bien présentes sur le territoire », explique Caroline Sun, Cheffe de Projet Réso Cuir&Textile Nouvelle-Aquitaine.
L’élargissement à la filière textile s’est imposé naturellement : « Les ponts entre filières sont faciles, on travaille tous des matériaux souples », souligne Richard Rico. Le délégué général d’UIT Sud confirme cette logique de convergence. « Les problématiques de traçabilité sont vraies quelles que soient les filières. Quand on travaille sa supply chain, on rencontre des problématiques équivalentes d’identification produit, de made in, de gestion des références. »
Face aux transitions écologiques, numériques et au vieillissement des effectifs, l’enjeu est concret et il faut aider des structures souvent réduites, qui ne bénéficient pas des ressources des grands groupes à faire évoluer en compétences leurs salariés. « Dans les petites et moyennes entreprises, c’est souvent la même personne qui occupe trois postes différents et qui n’a pas forcément le temps de monter en compétences », observe Valentina Nardi.
Le programme, intitulé « Piloter la transition durable dans la mode, éco-conception, circularité et traçabilité », s’organise autour de trois modules indépendants qui peuvent être suivis sous forme de parcours ou séparément : veille réglementaire, éco-conception et traçabilité et passeport digital des produits. Webinaires et sessions en présentiel d’un jour sur chaque module, se combinent, déclinés dans cinq villes – Bidart, Pau, Bordeaux, Limoges et Poitiers, afin que personne n’ait plus de deux heures de route pour y participer.
La formation aborde des questions parfois un peu techniques de façon pragmatique. On prendra pour exemple le module dédié à la traçabilité qui s’appuie entre autres sur les travaux d’une experte ayant réalisé une thèse Cifre en entreprise sur le DPP (Digital Product Passeport) et propose un outil d’auto-diagnostic permettant à chaque entreprise de se situer dans sa maturité numérique et développement durable. « Aujourd’hui sur les DPP, on a beaucoup d’ambitions, beaucoup d’attentes, mais une réglementation qui va se clarifier, car les actes délégués ne sont pas encore connus », rappelle Valentina Nardi. L’objectif est d’avancer malgré les inconnues, en s’appuyant sur les témoignages d’entreprises ayant déjà anticipé certaines évolutions.
L’ensemble du parcours est intégralement pris en charge par le financement européen. Une précision à laquelle les porteurs du projet tiennent. « Ce n’est pas gratuit », insiste Valentina Nardi, soulignant que cette distinction valorise le sérieux du dispositif aux yeux des entreprises participantes.
Au-delà de la montée en compétences, les deux initiatives partagent une même conviction : la force vient du collectif. En Nouvelle-Aquitaine, le projet vise à tisser un réseau régional au-delà des silos sectoriels. Ainsi, designers, responsables RSE, logisticiens, entrepreneurs, consultants, et même des profils atypiques dont l’activité est en marge de la filière, échangent, partagent leurs expériences lors de sessions en présentiel très riches. Les partenaires voient en cette initiative l’opportunité de véritablement fédérer une communauté animée par les réseaux cuir et textile. Ils se sont aussi fixé des objectifs à plus long terme, au-delà du nombre d’entreprises et de personnes formées, afin d’évaluer la mise en place d’actions opérationnelles suite aux formations et d’envisager des actions de suivi.
À l’échelle européenne, TCLF SkillBridge a attribué dix marchés régionaux en 2026, dont trois pour la filière cuir, en Toscane et Campanie en Italie, et Bade-Wurtemberg en Allemagne. Une coopération transrégionale spontanée s’est développée entre ces territoires qui échangent désormais leurs modules de formation. « Que ces opérateurs indépendants combinent leurs ressources, animés par une conviction commune en la coopération, c’est tout simplement fantastique », se réjouit Vita Kobiela.
Pour Caroline Sun, la dynamique régionale ne fait que commencer. « La Nouvelle-Aquitaine a signé le Pact for Skills et est référencée dans les projets européens. Ce n’est que le début de consortiums de ce type. » Vita Kobiela partage cet enthousiasme et adresse un message clair à l’ensemble des acteurs de la filière : « ce sont les nouvelles tendances. La filière cuir doit entrer dans ce jeu. COTANCE est là pour aider et s’assurer que les professionnels que nous représentons sont engagés, impliqués. Notre engagement est de développer avec eux et pour eux. »
De l’échelon européen aux territoires, des tanneries et ateliers aux salles de formation, la filière cuir et textile démontre qu’elle sait transformer les contraintes réglementaires et la transition en opportunités collectives.
* Source CEC Single Market Program – TCLF SkillBridge.
**Informations et inscriptions aux prochaines sessions en Nouvelle-Aquitaine : Valentina Nardi – v.nardi@estia.fr
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Rédaction Hélène Borderie
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