Rencontre avec Nathan Wall, Président de l’International Crocodilian Farmers Association (ICFA)

Nathan Wall est le président de l’International Crocodilian Farmers Association.

ICFA fête ses 10 ans. Qu’est-ce que cela représente pour vous ?

Il y a 10 ans, la filière du cuir de crocodiliens a souhaité se regrouper, des fermiers jusqu’aux marques, afin de travailler ensemble à promouvoir, dans une logique d’amélioration continue, les pratiques d’élevage les plus durables. L’International Crocodilian Farmers Association (ICFA) a alors été créée. En tant que Président, avec l’ensemble des membres, nous mesurons avec fierté le chemin parcouru : au cœur de notre projet, nous avons construit un standard ICFA dont la robustesse est reconnue, notamment pour sa prise en compte exemplaire du bien-être animal. Par ailleurs, nos fermes multiplient les initiatives sur l’ensemble des champs d’application du standard. Deux exemples : les fermes développent des pratiques d’économie circulaire avec les communautés ou activités voisines ; sur le champ énergétique, elles réduisent leur consommation tout en développant en parallèle les énergies renouvelables.

Avez-vous atteint tous vos objectifs ?

Nous sommes dans une démarche de progrès, donc nous ne nous reposons pas sur nos lauriers. C’est la raison pour laquelle nos standards sont fondés sur les résultats à atteindre. Ils ont été construits avec un comité d’experts internationaux à partir des meilleures pratiques existantes et nous recherchons constamment les moyens les mieux adaptés pour atteindre les objectifs exigeants du standard. Ils sont donc également évolutifs, pour pouvoir tenir compte du progrès des connaissances scientifiquement validées et intégrer les évolutions possibles lorsqu’il y a consensus sur le fait qu’elles sont souhaitables.
Par ailleurs, nous avons avancé sur deux autres axes d’action : d’une part, sur le progrès des connaissances, nous avons lancé un programme de recherche avec des partenaires académiques sur la mesure du bien-être animal dont les résultats pourront vraiment changer la donne en apportant un outil de mesure universel performant ; d’autre part, en matière de visibilité et de reconnaissance, nous multiplions la présence dans les universités et espaces professionnels pour porter nos arguments sur un axe clair : l’utilisation responsable des ressources naturelles contribue au développement durable.

L’élevage de crocodiliens a des bénéfices significatifs sur plusieurs registres.

L’élevage de crocodiliens est-il désormais accepté ?

Nous avons des opposants qui contestent l’élevage, quels que soient les animaux. Face à cette approche dogmatique, nous expliquons la réalité : l’élevage des crocodiliens a été inspiré par l’UICN (Union internationale pour la conservation de la nature) pour éviter leur extinction à l’état sauvage en construisant un modèle économique incitatif à leur protection et à la conservation de leur habitat. Partout où ce schéma s’applique, l’espèce n’est plus en danger d’extinction.
Ce que nous constatons, c’est que les publics parfois sceptiques auxquels nous expliquons la durabilité des méthodes d’élevage et leurs impacts positifs changent de regard sur notre activité et admettent qu’elle est bien éloignée des critiques caricaturales auxquelles elle est parfois confrontée.

Que sait-on aujourd’hui des bénéfices de l’élevage au-delà des succès de conservation ?

La conservation était l’objectif premier, il faut donc se féliciter qu’elle ait réussi. Mais l’élevage de crocodiliens a en effet des bénéfices significatifs sur plusieurs registres.
Au plan social tout d’abord : les crocodiliens vivent dans des zones qui sont souvent économiquement précaires, et l’élevage apporte des revenus significatifs à ceux qui y travaillent directement mais aussi plus largement aux communautés voisines, comme avec les aborigènes d’Australie ou plusieurs communautés en Afrique.
Par ailleurs, nous mesurons de plus en plus la richesse des écosystèmes que sont les zones humides, habitat des crocodiliens. En lien direct avec leur conservation, la réapparition de ces prédateurs au sommet de l’échelle alimentaire dans ces écosystèmes assure leur équilibre global et leur fonctionnement optimal naturel. En termes de biodiversité, cela constitue un bénéfice majeur. Enfin, les zones humides ont un impact formidable sur la séquestration du carbone. On sait aujourd’hui qu’elles en captent cinq fois plus, en moyenne, que les forêts classiques. En assurant leur protection et leur restauration, comme en Louisiane, l’élevage de crocodiliens apporte sa contribution à la lutte contre le réchauffement climatique.

Les animaux élevés dans les fermes ICFA sont pleinement valorisés.

On parle de cuir exotique, les crocodiliens sont-ils seulement élevés pour leur peau ?

Cette peau ayant toujours de la valeur, c’est comme cela que l’élevage peut créer des revenus et tenir ses promesses en matière de conservation. Les animaux élevés dans les fermes ICFA sont pleinement valorisés. Leur viande tout d’abord, est partout consommée localement. Elle est très prisée car diététiquement très favorable. Son succès est tel qu’il existe désormais des produits transformés qui valorisent la viande sous différentes formes, comme des nuggets, et non plus seulement en consommation directe ou en restauration, par exemple en Australie.
Les coproduits (les os, le gras, le sang) des animaux sont également valorisés. Notamment en pharmacie, car la graisse de crocodiles a des vertus thérapeutiques contre les brûlures. On renoue ainsi avec les savoir-faire ancestraux, qui étaient ceux des tribus du Bénin par exemple !
Un dernier aspect mérite d’être signalé : la recherche médicale porte un grand intérêt aux crocodiliens, car ils ont des capacités extraordinaires. Leur résistance aux bactéries, permettant à leurs blessures de ne jamais s’infecter quels que soient les marigots où ils vivent, intéresse la lutte contre l’antibiorésistance par exemple.

Quel est l’avenir de l’élevage de crocodiliens ?

Ces animaux ont 200 millions d’années. Ils ont survécu à l’extinction des dinosaures et ils nous émerveillent aujourd’hui par leur beauté et leurs caractéristiques biologiques. Chaque éleveur se sent porteur de cette longue histoire et vous pouvez compter sur l’ICFA pour que le respect que chacun de ses membres a pour cet animal fantastique nous donne la plus grande énergie pour continuer notre action !

Inscrivez-vous à la Newsleather pour recevoir, toutes les deux semaines, un condensé de l’actualité de la filière cuir.

La rédaction avec ICFA

j'AIME
TWEETER
PIN IT
LINKEDIN
Cuir Invest

Consultez
les derniers articles
de la rubrique

Fermer