Le savoir-faire concentre une multiplicité d’informations
La notion de savoir-faire recouvre l’ensemble des informations, connaissances et données à haute valeur ajoutée détenues par une entreprise, sous réserve d’être secret, substantiel et identifié. Le savoir-faire peut concerner toutes les étapes clés de la conception d’un produit jusqu’à sa commercialisation, et concentre des formats variés tels que cahier de recherches et de développement, méthodes de prospection, recettes, procédés de fabrication, formulations spécifiques ainsi que certains algorithmes. Il concerne les domaines technologique, industriel, commercial, financier et organisationnel. Compte tenu de son caractère protéiforme, il n’existe pas un type de protection standardisé du savoir-faire. Sa préservation nécessite une approche sur-mesure dont l’efficacité est liée à la combinaison de divers outils.
La protection par le secret des affaires
Le secret des affaires est un outil juridique essentiel pour la protection du savoir-faire dans la filière du cuir. Il permet de protéger les éléments relevant du savoir-faire contre l’utilisation non autorisée par des tiers. Ces éléments peuvent porter sur des procédés de parage, de saumurage, de séchage, de conservation des peaux, de tri de peaux, des procédés de tannage, des étapes de corroyage, de finissage, de grainage, des opérations de finitions pour protéger la matière cuir, ou encore des listes de fournisseurs, de produits chimiques ou de clients.
La loi française du 30 juillet 2018, en transposant la directive européenne sur le secret des affaires (2016/943), offre un cadre légal pour protéger ces informations, codifié aux articles L. 151-1 et suivants du Code de commerce. Pour être protégées, les informations doivent répondre à trois critères : être secrètes, avoir une valeur commerciale, et faire l’objet de mesures de protection raisonnables de la part de leur détenteur pour en conserver le caractère secret.
Ainsi, trois étapes demeurent nécessaires pour conserver le caractère secret des savoir-faire :
-identifier, formaliser et répertorier les informations et connaissances concernées par le secret des affaires afin de les isoler des autres : il peut s’agir de méthodes, recettes, travaux de recherches, programmes informatiques, plans…
-en conserver la preuve et les tracer via un horodatage, un recours à la blockchain, un entiercement ou le dépôt d’enveloppes e-Soleau ou de dépôts auprès d’officiers ministériels
-mettre en place des mesures juridiques, techniques et/ou opérationnelles pour préserver leur confidentialité au moyen par exemple de la signature d’accords de confidentialité avec des tiers, de clauses de confidentialité et de non-concurrence dans les contrats de travail, de protocoles de sécurité interne, de segmentation ou de restriction des accès à certaines catégories du personnel, de sécurisation des systèmes informatiques internes ou par la limitation et le morcellement des accès aux informations liées au savoir-faire.
Ces actions préventives pourront idéalement être complétées par des sensibilisations régulières auprès des acteurs concernés sous la forme de formations ou d’atelier de sensibilisation. En tout état de cause, les moyens de protection devront systématiquement intégrer les collaborateurs. En cas de violation du secret des affaires, les entreprises peuvent engager des poursuites judiciaires afin d’obtenir des injonctions, des réparations financières et d’autres mesures correctives. Le recours aux injonctions préventives permet d’empêcher la divulgation imminente de secrets d’affaires par des anciens employés ou des tiers non autorisés.