Variations sur un même thème
Le Mombasa emprunte au Kenya le nom d’une de ces villes, et il est peut-être la création la plus emblématique, la plus lisible et symptomatique de ce passage de Tom Ford chez Saint Laurent. D’une forme demi-lune, chaque anse est surmontée d’une véritable corne de cerf ou, selon les variantes, une corne façonnée en bois et laiton, ce qui fait de chaque exemplaire quasiment un modèle unique. Dans ces premières versions, il joue clairement la carte de l’ethnique, la campagne publicitaire de l’époque mettant en avant par exemple des modèles tressés ou brodés de perles de bois. C’est la première fois que la maison Saint Laurent enregistre un tel succès avec un sac, ce qui conduira tout naturellement Tom Ford à reconduire le modèle et à le proposer dans de nombreux choix de peausseries – veau, buffle mais aussi cuirs exotiques avec du crocodile souple ou autruche -, et aussi construire toute une ligne d’accessoires dérivés des codes esthétiques du Mombasa. C’est à l’automne-hiver 2003-2004 que l’anse en corne est remplacée par une anse en bois et acier, que de nouveaux matériaux sont introduits comme le satin. Pour le printemps-été 2004, un modèle en peau zébrée est raccord avec le thème et même avec le décor du défilé, puisque le podium est totalement recouvert d’un imprimé peau de zèbres. Une autre variante encore, période Stefano Pilati pour le printemps-été 2005, est brodée de pierres et cabochons façon blason héraldique. Au lancement du Mombasa, Tom Ford fait parvenir à quelques influentes rédactrices et personnalités (aujourd’hui on dirait des influenceuses) un exemplaire de ce sac. L’actrice Gwyneth Paltrow est ainsi l’une des premières à l’arborer. Quelques saisons plus tard, la maison commercialise le sac Saint-Tropez, avec ses volants de cuir et, pour certaines versions, une poignée double corne. C’est en fait une déclinaison du Mombasa. 2026, pour ce nouveau lancement, la maison Saint Laurent fait le choix de peausseries à l’esprit vintage avec des cuirs de veau griffés et patinés, veau pony tacheté léopard, veau rouge profond ou noir couture, et toujours cette poignée façon corne proposée en cuir gainé… Aujourd’hui, ce sac est, ni plus ni moins, que la preuve directe de la pérennité et de la force de codes forts et persistants de la maison Saint Laurent, ainsi que de son empreinte vivace dans l’histoire de la mode et de l’accessoire. C’est en même temps la démonstration d’une maison de luxe à réinventer, et à capitaliser, sur son patrimoine afin de parler à une nouvelle génération d’amateurs de mode !
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