Peauceros : un demi-siècle d'expertise gantière sous le signe de la durabilité

L’entreprise mise sur l’avenir et envisage une modernisation de l'outil de production par l'investissement dans la CAO (Conception Assistée par Ordinateur) et la découpe numérique.

Installée à Courlay, dans les Deux-Sèvres, l’entreprise Peauceros s’apprête à célébrer ses 50 ans cette année. Sous l’impulsion de son dirigeant Luc Ligner, qui a repris les rênes en 2015, ce spécialiste du gant de protection « made in France » cultive un modèle singulier : une production industrielle à taille humaine, où la performance technique s’allie à une conscience aiguë du cycle de vie du produit.

Peauceros, fleuron du gant de protection fabriqué en France et installée à Courlay dans les Deux-Sèvres, s'apprête à célébrer ses 50 ans en 2026.

Un savoir-faire local à la frontière de l’artisanat

Depuis sa création en 1976, Peauceros a su maintenir son ancrage territorial, employant aujourd’hui 13 salariés. Bien que l’entreprise produise quelque 100 000 paires de gants par an, elle privilégie les petites séries techniques et conserve une confection artisanale. Cette spécificité repose sur la maîtrise de gestes précis, notamment à la coupe, effectuée avec des emporte-pièces sur des presses hydrauliques à bras tournant, et au piquage.
Luc Ligner décrit une structure agile mais exigeante : « il faut 3-4 ans pour que les salariés sachent faire pratiquement tout ». Ce parcours de formation en interne est vital, car l’entreprise évolue entre les métiers de la maroquinerie et du textile, recrutant parfois des profils venus de ces secteurs pour les adapter aux spécificités du gant technique. L’implantation locale offre d’ailleurs un avantage logistique précieux : la proximité de fournisseurs et de réparateurs de machines à Cholet, à seulement 30 minutes, garantit la réactivité de l’atelier.

Produisant 100 000 paires de gants par an, Peauceros conserve une approche de production en petites séries techniques, exigeantes en savoir-faire, notamment liés à la coupe et au piquage.

L’innovation technique au service de la protection

L’ADN de Peauceros réside dans sa capacité à répondre à des besoins professionnels divers et très pointus : électriciens, soudeurs, vignerons ou employés de remontées mécaniques, l’entreprise est reconnue pour sa spécialisation sur les équipements de protection individuelle (EPI). L’un des fleurons de la marque reste le gant coqué pour la taille de la vigne, équipé de coquilles en aluminium pour protéger la main opposée au sécateur.
Pour l’avenir, l’entreprise mise sur la Recherche et Développement afin de diversifier ses gammes, notamment vers la « mobilité » (vélo, trottinette) avec des modèles plus esthétiques pour la ville, ou encore vers le ski et la moto. Luc Ligner envisage également une modernisation de l’outil de production par l’investissement dans la CAO (Conception Assistée par Ordinateur) et la découpe numérique. Cette évolution vise à gagner en flexibilité lors de la mise au point de nouveaux produits, évitant les longs processus de patronage sur carton et de découpe manuelle pour les pré-séries.

La RSE par le prisme de la durabilité et du recyclage

L’engagement de Peauceros en matière de Responsabilité Sociétale des Entreprises (RSE) ne se limite pas à des déclarations d’intention. Elle s’incarne d’abord dans la longévité exceptionnelle de ses produits. Pour Luc Ligner, un gant bien conçu, doté de renforts aux endroits stratégiques d’usure, peut doubler sa durée de vie. « Si le gant dure plus longtemps, il y a moins de déchets et moins de transport sur la route. » Un argument écologique qui devient aussi économique, la durabilité du produit garantissant des investissements en achat d’équipements moins fréquents pour les clients.
Le défi majeur reste la fin de vie du gant de travail, souvent souillé par la corrosion ou les graisses, rendant son recyclage complexe. Cependant, Peauceros agit en amont avec une gestion exemplaire de ses chutes de production.

Peauceros a mis au point une véritable réflexion circulaire locale avec l’entreprise Recycuir, afin de recycler l’intégralité de ses chutes de coupe.

Boucler la boucle de l’économie circulaire avec Recycuir

C’est d’une réflexion familiale qu’est née l’entreprise partenaire Recycuir, créée fin 2022 par le fils de Luc Ligner, Valentin Ligner associé à Florian Amiand. Le constat était simple : trouver une nouvelle utilisation aux chutes de cuir générées par les ateliers.
Aujourd’hui, les résidus de coupe sont triés par couleur par les ouvriers et envoyés à Recycuir pour être transformés dans leur atelier vendéen. En 2023 et 2024, environ 4 tonnes de cuir ont chaque année ainsi été sauvées de la poubelle.
Ces chutes sont broyées et amalgamées pour fabriquer de nouveaux objets, autour de deux marques crées par Recycuir : Poreva, qui produit du mobilier et des panneaux d’aménagement intérieur haut de gamme, et Koojji, qui développe des jeux d’intérieur et d’extérieur, notamment des jeux de palets, dont Peauceros confectionne les étuis de rangement. Une véritable synergie industrielle circulaire locale s’est ainsi créée.

Un sourcing responsable malgré les contraintes

Si l’approvisionnement en cuir français devient complexe, notamment suite aux difficultés de certains tanneurs locaux, fournisseurs historiques de Peauceros, Luc Ligner reste vigilant sur la qualité et l’éthique de ses matières L’entreprise travaille avec des peausseries certifiées Leather Working Group (LWG) et garantit des produits conformes aux normes REACh. Bien que certaines provenances soient européennes ou internationales, la transformation reste majoritairement maîtrisée par des partenaires de confiance en France ou en Italie.
En conjuguant tradition gantière et innovations environnementales, Peauceros démontre que l’industrie du cuir peut être un levier puissant pour le développement local et la préservation de l’environnement. Comme le résume Luc Ligner, l’objectif est d’analyser la globalité du coût et de l’impact, bien au-delà du simple prix d’achat, pour proposer un modèle de production responsable et tourné vers l’avenir.

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Rédaction Hélène Borderie

 

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