Les légendaires #2 : Mombasa de Saint Laurent

Ces sacs iconiques sont devenus incontournables au bras des « fashionistas » en quête de signes de reconnaissance. En quelques centimètres carrés de savoir-faire, de luxe…et de cuir, ils synthétisent bien souvent l’histoire et la philosophie esthétique d’une maison de mode. Deuxième chapitre de cette série avec un – attendu – retour, celui du Mombasa de Saint Laurent.

Campagne de publicité Mombasa, par Glen Luchford, Saint Laurent, 2026.

#2 Le Mombasa, l’Afrique à Paris

Rebirth

Retour sur la renaissance d’un véritable phénomène de mode du début des années 2000, et d’ailleurs particulièrement recherché sur les sites de seconde main depuis l’arrêt de sa commercialisation. Cette saison, sous la direction artistique d’Anthony Vaccarello, la maison Saint Laurent choisit donc de remettre sur le devant de la scène l’une des créations les plus emblématiques de la marque période Tom Ford. Avec un clip vidéo et une série de clichés façon film amateur réalisés par Glen Luchford, diffusés sur les réseaux sociaux et dans la presse, avec une nouvelle égérie, it-girl du moment, Bella Hadid, c’est tout une nouvelle communication qui est pensée pour le retour de cet incontournable it-bag… L’essentiel est là : cuirs souples, toujours cette forme hoho et cette allure faussement nonchalante, des détails de savoir-faire précieux et surtout immédiatement reconnaissables.

À la source

C’est sur le podium de la collection prêt-à-porter du printemps-été 2002 qu’apparaît pour la toute première fois ce modèle imaginé par Tom Ford pour la marque Yves Saint Laurent rive gauche, dont il assure la direction artistique depuis 2000. Il occupe alors la même fonction chez Gucci. C’est une collection aux accents clairement ethniques, aux inspirations africaines, conçue comme une citation du travail d’Yves Saint Laurent (et plus particulièrement ici la collection Haute couture, dites la « collection africaine » du printemps-été 1967). Yves Saint Laurent, auquel le créateur texan voue une grande admiration, mais une admiration qui n’est pas mutuelle, Saint Laurent ne se reconnaissant pas dans le travail de Tom Ford pour la marque qui porte son nom, et le faisant même savoir publiquement par voie de presse. Qu’importe, Tom Ford s’appuie sur cet imaginaire, ce vocabulaire et ces codes puissants imaginés avant lui par le grand couturier. Ce qui sera la marque de tout son travail pendant ses années Yves Saint Laurent rive gauche. Pour cette collection printemps-été 2002, quelques silhouettes font allusion à la saharienne (pièce emblématique du vestiaire Yves Saint Laurent, elle fait son apparition dans la collection Haute couture du printemps-été 1968), ou encore l’imprimé léopard hyper présent, là encore une référence directe à plusieurs des plus emblématiques créations Haute couture Saint Laurent, comme par exemple ce manteau brodé de tâches animal de la collection Haute couture printemps-été 1964, ou bien encore la robe du soir en crêpe de soie imprimée léopard, collection Haute couture automne-hiver 1982, un modèle commandé par la Comtesse Jacquelines de Ribes (égérie de mode disparue en décembre 2025). Et un imprimé donc que l’on retrouve tout naturellement pour l’une de ces nouvelles versions du Mombasa, dans ce revival mode de ce début d’année 2026. Si le travail de Tom Ford pour la griffe ne fait d’abord pas l’unanimité, il n’en quittera pas moins la maison en 2004 sous les applaudissements, et restera celui qui sut faire de la marque une référence aussi en matières d’accessoires et de maroquinerie, un territoire jusque-là quelque peu délaissé par la maison, et néanmoins stratégique d’un point de vue commercial et plus encore en cette période de it-bag des années 2000. Stefano Pilati, successeur de Tom Ford en 2004 chez Saint Laurent, continue de s’intéresser au potentiel du Mombasa en le réintroduisant dans ses collections et proposant de nouvelles variantes en résonnance avec les thématiques de ses collections prêt-à-porter. C’est avec l’arrivée d’Hedi Slimane, en 2012, lorsque Yves Saint Laurent rive gauche devient simplement Saint Laurent, que le Mombasa disparaît des collections… jusqu’à aujourd’hui.

Variations sur un même thème

Le Mombasa emprunte au Kenya le nom d’une de ces villes, et il est peut-être la création la plus emblématique, la plus lisible et symptomatique de ce passage de Tom Ford chez Saint Laurent. D’une forme demi-lune, chaque anse est surmontée d’une véritable corne de cerf ou, selon les variantes, une corne façonnée en bois et laiton, ce qui fait de chaque exemplaire quasiment un modèle unique. Dans ces premières versions, il joue clairement la carte de l’ethnique, la campagne publicitaire de l’époque mettant en avant par exemple des modèles tressés ou brodés de perles de bois. C’est la première fois que la maison Saint Laurent enregistre un tel succès avec un sac, ce qui conduira tout naturellement Tom Ford à reconduire le modèle et à le proposer dans de nombreux choix de peausseries – veau, buffle mais aussi cuirs exotiques avec du crocodile souple ou autruche -, et aussi construire toute une ligne d’accessoires dérivés des codes esthétiques du Mombasa. C’est à l’automne-hiver 2003-2004 que l’anse en corne est remplacée par une anse en bois et acier, que de nouveaux matériaux sont introduits comme le satin. Pour le printemps-été 2004, un modèle en peau zébrée est raccord avec le thème et même avec le décor du défilé, puisque le podium est totalement recouvert d’un imprimé peau de zèbres. Une autre variante encore, période Stefano Pilati pour le printemps-été 2005, est brodée de pierres et cabochons façon blason héraldique. Au lancement du Mombasa, Tom Ford fait parvenir à quelques influentes rédactrices et personnalités (aujourd’hui on dirait des influenceuses) un exemplaire de ce sac. L’actrice Gwyneth Paltrow est ainsi l’une des premières à l’arborer. Quelques saisons plus tard, la maison commercialise le sac Saint-Tropez, avec ses volants de cuir et, pour certaines versions, une poignée double corne. C’est en fait une déclinaison du Mombasa. 2026, pour ce nouveau lancement, la maison Saint Laurent fait le choix de peausseries à l’esprit vintage avec des cuirs de veau griffés et patinés, veau pony tacheté léopard, veau rouge profond ou noir couture, et toujours cette poignée façon corne proposée en cuir gainé… Aujourd’hui, ce sac est, ni plus ni moins, que la preuve directe de la pérennité et de la force de codes forts et persistants de la maison Saint Laurent, ainsi que de son empreinte vivace dans l’histoire de la mode et de l’accessoire. C’est en même temps la démonstration d’une maison de luxe à réinventer, et à capitaliser, sur son patrimoine afin de parler à une nouvelle génération d’amateurs de mode !

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Rédaction Florent Paudeleux

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