La collaboration circulaire de Gainerie 91 et L’Atelier des Matières
L’un et l’autre s’adressent aux professionnels de la mode, de l’art de vivre, du luxe. ...
La créatrice de mode Christine Phung, lauréate de prix prestigieux, a relancé sa marque éponyme en misant sur des séries limitées de deux produits iconiques, la chemise et le cabas. Pour ce dernier, elle utilise des chutes de très beaux cuirs de la maison Longchamp.
Pour Christine Phung, la renaissance passe par la maroquinerie. Doublement diplômée de Duperré et de l’Institut Français de la Mode, la créatrice a d’abord concentré son talent sur le prêt-à-porter. Grand Prix de la Ville de Paris en 2011, année de lancement de sa marque, et lauréate du prix de l’Andam en 2013, elle a défilé plusieurs années pendant les Fashion Weeks de Paris. Devenue directrice artistique de Leonard Paris, de 2016 à 2020, elle a alors mis sa marque en pause. Avant de la réinventer en 2022. « Avec le Covid-19, nous avons assisté à un changement de paradigme dans la mode et le luxe. J’ai décidé de relancer des collections capsule pour les gens aimant la création avec un vestiaire singulier et élégant, effortless, avec des matières durables », explique-t-elle.
Constatant « qu’avec une belle chemise et un beau sac, vous pouvez passer partout », Christine Phung centre désormais son propos sur ces deux basiques incontournables. Elle propose toutes les déclinaisons de la chemise, de la veste à la robe chemise, et des accessoires en cuir, le cabas occupant une place centrale.
En octobre dernier, elle était présente pour la deuxième fois au salon Première Classe, avec ce qu’elle appelle sa troisième « édition » de maroquinerie, réalisée en série limitée. Une désignation qui lui semble plus adaptée à une démarche « plus durable. L’idée : que les éditions se cumulent et ne rendent pas les précédentes obsolètes. En théorie, il y a du stock en permanence et j’avance au rythme que je souhaite et qui correspond aux possibilités de mes façonniers. Bien sûr, je m’arrange pour être au rendez-vous des éditions de Première Classe », indique-t-elle.
Le pilier de sa collection cuir est un cabas créé en collaboration avec Morgan Diguerher, designer freelance ami de longue date rencontré chez Vanessa Bruno, où ils travaillaient tous deux. « Morgan a analysé mon ADN de marque et compris, outre ma quête de la fonctionnalité, que j’aimais les articles architecturés et minimalistes. » Le résultat : un cabas aux formes épurées et géométriques. Ses anses, finies par des enchapes en forme de losange (pattes de fixation), confèrent, selon la créatrice, « toute sa force au modèle. Ce losange légèrement déformé, impulsant un certain aérodynamisme, fait écho à tout mon travail sur les découpes et autres patchworks géométriques », souligne-t-elle.
Celle qui a imaginé par le passé « des défilés avec des milliers de références, impossible à produire aujourd’hui », a choisi de se concentrer sur ce sac iconique. « Les clients ont besoin d’accessoires utiles et polyvalents. Mon cabas répond à ces besoins en étant hybride, caméléon. Né en M, pensé pour l’ordinateur (47 cm), il s’est allongé en L (58 cm), étiré en XL pour le week-end (70 cm) et enfin miniaturisé en XS, idéal pour les soirées. »
La troisième édition de Christine Phung comprenait aussi trois accessoires, imaginés pour sa cible « nomade ». À savoir un porte-passeport, un porte-carte et un berlingot, « petite pochette permettant de transporter son rouge à lèvres et ses clés quand on va au marché ». Pour la prochaine édition annoncée en janvier, Christine élabore une pochette au format ordinateur (15 pouces).
Le tout est confectionné à partir de matières upcyclées. « J’aime l’idée de l’upcycling, donner une seconde vie à des left-over (invendus, NDLR) pour en faire du beau. Cela crée un lien poétique avec le cycle de l’infini, un concept que j’ai inscrit dans mon logo, où le C et le P s’entrelacent comme le symbole de l’infini », explique-t-elle.
Pour sa première édition, Christine Phung a sourcé auprès de la plateforme Adapta Paris, dédiée aux ressources invendues, des cuirs de vachette haut de gamme d’un « beau bordeaux » de la tannerie alsacienne Haas. Le destin lui offre ensuite ce qu’elle qualifie de « véritable cadeau ». Elle croise en effet Sophie Delafontaine, Directrice artistique de Longchamp, mécène du Prix Andam, qui lui explique que sa maison de maroquinerie peut lui ouvrir, en tant que lauréate, ses stocks. « Depuis 2023, mes cabas sont donc réalisés avec de superbes cuirs de vachette et d’agneau Longchamp et ma petite maroquinerie est elle-même coupée dans les chutes des chutes de cuirs de Longchamp ! », se réjouit-elle.
Désireuse de permettre à ses clients d’augmenter leur « aura », elle choisit des couleurs lumineuses comme un bleu électrique, baptisé Anima (allusion à notre partie féminine), un orange doux, des cuirs embossés façon croco blanc ou noir, un cuir imprimé myrtille ou encore des cuirs naturels. Une palette qui lui sert de base pour inventer, en harmonie, les imprimés de ses chemises. Côté fabrication, Christine Phung s’est d’abord appuyée, en tant qu’adhérente de CTC (Centre Technique du Cuir) sur la plateforme Faire De Lance pour trouver des façonniers français, un « véritable soutien et accompagnement » pour ses débuts. Pour des raisons de coûts, elle s’est depuis tournée vers un atelier portugais, basé près de Porto.
Pour sa petite maroquinerie, aux coûts de fabrication élevés, la créatrice se dit en « mode test permanent afin de trouver le bon modèle au bon prix ». Dans cette quête, elle est accompagnée, depuis septembre dernier, par le programme La Relève d’ADC, pour une période de six mois, renouvelable. « L’objectif est de clarifier l’offre. Je suis en pleine réflexion sur le positionnement prix afin d’améliorer le développement international de la marque », reconnait-elle.
Grâce au tremplin de Première Classe, la marque Christine Phung est déjà commercialisée dans une dizaine de points de vente en France et Europe (Espagne, Luxembourg, Norvège). Signe très encourageant : ses sacs obtiennent de bons taux de revente et plusieurs boutiques ont déjà repassé commande. De novembre au 10 janvier dernier, la marque était visible au sein d’un pop-up store aux côtés de l’artisan créateur de bijoux Tzuri Gueta. Mais la majorité de ses ventes est encore réalisée via son site internet auprès de sa communauté de clients (35 000 followers sur Instagram, 1 400 inscrits à sa newsletter). En perfectionnant son business model, la créatrice aimerait aujourd’hui se donner les moyens de développer l’export, notamment en Asie (Corée, Japon…). En attendant, la maroquinerie signée Christine Phung, qui pèse d’ores et déjà la moitié de son chiffre d’affaires, a déjà fait ses preuves…
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Rédaction Sophie Bouhier de l’Ecluse
Photos © Lo Martin Wilder
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