La cordonnerie multiservice rejoint la filière cuir

cordonnerie multiservie CNC
Rejoindre le CNC donne l’espoir à la Fédération Française de Cordonnerie Multiservice de faire avancer les mentalités pour redorer le blason de la filière, en communiquant davantage sur les professions auprès du grand public – Photo © Samuel Lagarto.

Fier représentant de sa filière, Jean-Pierre Verneau a été élu Président de la Fédération Française de la Cordonnerie Multiservice (FFCM) en 2017. Depuis, il s’implique au quotidien pour préserver ces savoir-faire de haute qualité, liés à l’économie circulaire. En octobre dernier, la FFCM a écrit une nouvelle page de son histoire : elle a intégré le Conseil National du Cuir (CNC). Une nouvelle dont le Président se réjouit.

Pouvez-vous nous présenter la Fédération Française de la Cordonnerie Multiservice ?

La FFCM a été créée en 1945 après la deuxième Guerre mondiale. À l’époque elle était appelée « Fédération de la Cordonnerie et de la Botterie » car le métier de bottier était prédominant. C’est au fil des années et de l’évolution de la profession que la fédération a changé de dénomination pour prendre le nom qu’on lui connaît aujourd’hui. Elle compte 3 500 adhérents en France et rassemble des cordonniers et des entreprises multiservices – reproduction de clés, plaques automobiles, vente de chaussures et petites maroquinerie (ceinture)… -. Par son rôle de syndicat professionnel, son but est de représenter et de défendre les intérêts des cordonniers multiservices auprès des pouvoirs publics.

Concrètement, quelles sont les actions de la Fédération ?

La FFCM s’engage à promouvoir les métiers de la cordonnerie multiservice notamment par le biais des moyens de communication actuels. Nous alimentons régulièrement les réseaux sociaux d’informations propres au secteur et entretenons le lien avec nos adhérents via notre magazine trimestriel. En ces temps de pandémie, beaucoup de fausses informations circulent à l’encontre des cordonneries (NDLR – celles-ci restent ouvertes pendant le confinement contrairement aux fake news relayées dans les médias). C’est donc aussi à la FFCM de répondre aux sollicitations et de renseigner les acteurs de la filière (professionnels ou clients) au sujet de ces actualités. En-dehors de cette situation inédite, la fédération est également un organisme de formation – elle est d’ailleurs garante du Brevet Technique des Métiers de Cordonnier -. Elle propose des stages de perfectionnement pour apprendre les techniques liées aux métiers de la cordonnerie multiservice. Glaçage et patine, entretien et rénovation des cuirs, bichonnage, nettoyage des sneakers mais aussi formation au calcul de prix de revient et au numérique, les champs sont larges pour inciter passionnés et curieux à se lancer. Enfin, l’organisme gère la convention collective de la cordonnerie multiservice. Nous travaillons en étroite collaboration avec les secteurs de la tannerie et de la maroquinerie pour améliorer les conditions de travail de nos salariés.

De quelle façon la FFCM s’organise-t-elle ?

La FFCM se découpe en plusieurs organismes régionaux, comprenant leur président et leur conseil d’administration. Bien qu’ils soient adhérents à l’organe national, ils sont indépendants les uns des autres et organisent leurs propres manifestations. Il existe des groupements de ce type dans presque toutes les régions de France, excepté dans le Grand Est. En parallèle, la fédération nationale tient des conseils d’administration présidés par douze membres, soit les douze représentants des structures régionales.

Federation cordonnerie multiservice CNC
La FFCM compte 3 500 adhérents en France et rassemble des cordonniers et des entreprises multiservices. Par son rôle de syndicat professionnel, son but est de représenter et de défendre les intérêts des cordonniers multiservices auprès des pouvoirs publics - Photo © P&M.

Comment peut-on adhérer à la fédération ?

Il existe deux moyens pour devenir adhérent. Soit les entreprises rejoignent directement la FFCM par le biais du site internet et versent une cotisation annuelle de 150 euros. Soit elles adhérent au niveau de leur structure locale, qui reversera leur cotisation à l’organe national. C’est d’ailleurs souvent la fédération elle-même qui est à l’origine des affiliations car elle mène des actions de promotion de ses activités auprès des cordonniers.

La FFCM a intégré le CNC en octobre dernier. Quels sont les enjeux d’un tel rapprochement ?

Dans la pensée commune, la cordonnerie est souvent associée à des métiers ancestraux à l’image poussiéreuse. Rejoindre le CNC nous donne l’espoir de faire avancer les mentalités pour redorer le blason de notre secteur, en communiquant davantage sur nos professions auprès du grand public. Nous nous sommes également aperçus que nous pouvions créer des synergies entre tous les métiers de la Filière cuir notamment via l’économie circulaire.

Justement, en quoi la cordonnerie participe-t-elle activement à l’économie circulaire ?

La cordonnerie est un acteur majeur de l’économie circulaire mais peu de clients en ont conscience. Pourtant, nous pouvons parler d’un système indirect de recyclage puisque nous réparons des milliers de chaussures au lieu de les jeter. Adhérer au CNC nous permet de mettre la RSE (Responsabilité Sociétale des Entreprises) au cœur de nos projets d’avenir : nous pensons que ce rapprochement peut aboutir à de nouvelles solutions, plus écologiques. Par exemple, en tant que cordonniers, nous pouvons collecter des chaussures trop abîmées pour être réparées et les démonter pour récupérer les matières. Celles-ci peuvent être certainement ré-exploitées par d’autres professionnels du secteur.

Comment le métier de cordonnier a-t-il évolué ?

C’est indéniable que le métier a évolué. Quand j’ai commencé mon apprentissage, il n’existait que quatre ou cinq matières. Aujourd’hui une multitude de nouveaux matériaux a fait son apparition, comme le nubuck pour le cuir. Ce dernier a connu des développements majeurs au niveau de sa densité, ses formes, ses coloris… qui ont réinventé le métier. Mais la cordonnerie a toujours su s’adapter aux changements de mode ! Je prends l’exemple de la sneaker : il y a 10 ou 15 ans, elle ne se réparait pas. De nos jours les baskets peuvent être très chères, donc les consommateurs réfléchissent à deux fois avant de s’en séparer et tendent davantage à les raccommoder. Par ailleurs, la cordonnerie est presque devenue un métier artistique pour certains artisans qui n’hésitent pas à sublimer les cuirs grâce à des savoir-faire techniques pour customiser et personnaliser les chaussures.

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Rédaction Emma Roesslinger

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