« On prend tout », la campagne grand public de Refashion sensibilise au tri
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Lors d’une soirée organisée le 2 juin pour saluer le million d’euros de chiffre d’affaires atteint par les ateliers hexagonaux via le dispositif Faire De Lance (FDL), une table ronde a permis d’aborder les défis et enjeux du made in France.
Des étals pimpants mettant à l’honneur des accessoires en cuir et leurs fabricants, un cabas ou un sac rempli de poireaux ou de bananes épinglés sur le mur… L’opération BtoB « La Super Supérette », organisée le 2 juin dans le XIe arrondissement parisien a permis de célébrer, de façon originale et chaleureuse, le million d’euros de chiffre d’affaires atteint par les ateliers hexagonaux grâce au dispositif FDL depuis la création du dispositif, en 2020.
Une scénographie inspirée des codes du supermarché a permis aux 140 invités, représentants de la presse et de la filière Cuir, de parcourir les rayons du fabriqué en France, à travers une sélection de produits – sacs, chaussures, petite maroquinerie, accessoires – issus des mises en relation facilitées par FDL entre marques (Stéphane Coda, Christine Phung, Numéro K, Stouls…) et ateliers.
Outre cette vitrine physique illustrant la diversité des réalisations et des acteurs, aussi bien côté marques qu’ateliers, une table ronde a permis à une poignée d’entre eux, bénéficiaires du dispositif, d’évoquer des réalités concrètes de la fabrication française.
Interrogées par Sébastien Voillemin, pilote de Faire De Lance, les marques ont d’abord évoqué les raisons d’un tel choix. Pour Anne Dumas, la créatrice des sandales haut de gamme Anne d’Albâtre, cela a été une « évidence. Après un parcours dans l’achat et l’export, j’avais envie de créer et de vendre autrement. Pour mes paires en cuir et cordes, axés sur le savoir-faire, le made in France fait partie de l’ADN ». Elle souligne aussi le fait que face au défi financier du lancement d’une marque en France, un atelier hexagonal peut témoigner de plus de souplesse que ses homologues à l’étranger.
Pour Yasu Michino, le créateur des sacs Michino, le cheminement vers la fabrication française a été moins direct. « En tant que collaborateur de grandes maisons de luxe, j’avais plus souvent affaire à des fournisseurs italiens. Je pensais impossible de confier des petites séries dans l’Hexagone mais FDL m’a permis de trouver des structures artisanales les acceptant. Or, pour ma maison, basée à Paris et vendant essentiellement aux États-Unis et au Japon, le made in France est un levier de communication et d’image », explique le lauréat d’Au-Delà du Cuir (ADC), l’incubateur des entreprises de la filière Cuir.
Depuis une cinquantaine d’années, l’atelier de maroquinerie NDT-GVF, labellisé Entreprise du Patrimoine Vivant et basé à Mazamet, accompagne ainsi les créateurs à partir de 30 pièces. « Et quand ils deviennent plus connus, ils nous restent fidèles », confie Nathalie Brandy, la dirigeante.
À l’Atelier Grech, basé en Savoie, Rodolphe Poitou, le cogérant, rappelle que l’entreprise de sellerie-maroquinerie créée par son père Jean-François en 1999 à Lyon (depuis déménagée en Savoie) et dotée d’un bureau d’études, accueille les jeunes maisons. « Notre force est notre ancrage artisanal et notre vision industrielle », souligne-t-il.
« Comment les deux parties parviennent-elles à se parler, à se comprendre ? », interroge Sébastien Voillemin. Pour Rodolphe Poitou, « une empathie se crée plus facilement aujourd’hui car la plupart des créateurs sont désormais sensibles au savoir-faire et pas seulement à leur création, tandis que les artisans sont plus ouverts ». Anne Dumas évoque « un langage commun facilité par le relais précieux » de Julien Maire, le Chef de projet de FDL.
Pour autant, « qu’est-ce qu’une collaboration réussie ? », interpelle Sébastien Voillemin. « Comme en amour, il faut regarder dans la même direction », botte en touche Rodolphe Poitou. Pour Yasu Michino, « la communication est la clef. Les fournisseurs français sont des experts, et, en tant que marque, il faut savoir ce que l’on veut. Car les ateliers français, sollicités par bon nombre de personnes souhaitant se lancer, doivent faire du tri ». Anne Dumas considère que la proximité avec l’outil de fabrication en France est l’un de ses intérêts majeurs. Rodolphe Poitou estime, lui, important de « créer des tunnels d’insertion pour mes nouveaux clients afin d’affiner le brief au début ».
Yasu Michino l’utilise pour les textes décrivant ses produits, à condition de les « retoucher ensuite ou pour analyser des datas des achats d’e-commerce mais pas pour créer un nouveau sac ». Anne Dumas, qui explique s’y être formée seule en quelques heures, considère l’IA comme un « collaborateur ». Cependant, elle souligne que « la création n’est pas de l’IA mais de l’humain ». Chez NDT-GVF, Nathalie Brandy reconnaît y recourir pour notamment faciliter la visualisation de prototypes, par exemple pour éviter de devoir les décliner en dix couleurs… Chez l’Atelier Grech, elle a joué un rôle majeur. « En 2024, nous avons connu une crise importante, liée à celle du luxe qui a arrêté de travailler avec des sous-traitants, explique Rodolphe Poitou. Je suis alors revenu dans l’entreprise et l’ai restructurée autour de la gestion de projets. Sans aide de l’IA, je n’y serai pas arrivé. Celle-ci nous assiste dans les domaines autour de nos métiers (communication, prospection…), le « faire-savoir » mais pas dans le savoir-faire. » Le cogérant évoque aussi son intérêt pour la transmission des process industriels. « L’IA apporte une solution pour créer des supports visant à faciliter l’initiation des nouveaux venus sans prendre trop de temps aux autres salariés. »
Car les ateliers présents à la table ronde attirent les nouveaux salariés. Chez NDT-GVF, basée dans une région de cuir, Nathalie Brandy explique que son équipe se rend régulièrement au lycée Riess de Mazamet dispensant des formations professionnelles de Maroquinerie (CAP, Bac Pro et BTS). Et dans lequel une ancienne salariée de l’entreprise enseigne, une « véritable chance », estime la dirigeante.
Rodolphe Poitou évoque, lui, « de nombreuses demandes » pour intégrer l’Atelier Grech. Mais il nuance : « recruter dans le contexte actuel reste complexe, notamment pour trouver des profils déjà formés et opérationnels ». Et il évoque un enjeu à court terme : anticiper la transmission, son père approchant de la retraite. « Remplacer 40 ans d’expérience est un défi majeur mais plusieurs personnes seraient prêtes à le relever », se réjouit-il.
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Rédaction Sophie Bouhier de l’Ecluse
Photos © Guillaume Landry
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