Zoom sur la sneaker #1

Sesille basket cuir Kauri
Omniprésentes, les sneakers représentent aujourd’hui un marché de près de 3 milliards d’euros en France - Modèle Sessile.

À l’origine chaussure de sport, la sneaker (de l’anglais to sneak, se déplacer furtivement) est devenue un véritable article de mode qui représente aujourd’hui un marché de 2,8 milliards d’euros en France, soutenu par un taux de croissance annuelle de 8% en valeur depuis 2019. En 2021, la sneaker représentait 50% du marché de la chaussure en valeur dans l’Hexagone. « Cette répartition, jusqu’alors équilibrée, a basculé à l’avantage du pôle sneakers au premier semestre 2022 », souligne Dorval Ligonnière, Responsable Études Marketing à la Fédération Française de la Chaussure (FFC). « L’usage de ce type de modèle varie selon le profil des consommateurs : chez l’homme et l’enfant, les sneakers sont majoritaires dans leurs achats de chaussures alors que la femme y consacre un tiers de son budget soulier. »
Qu’on la nomme sneaker, tennis (basse) ou basket (montante), cette chaussure est désormais un incontournable du vestiaire, portée en toutes occasions. Au-delà du phénomène de mode, elle symbolise un mode d’expression, une identité. L’engouement est tel qu’il génère même un business lucratif auprès de collectionneurs et qu’un certain nombre de modèles font l’objet de spéculation. Mais que se cache-t-il derrière ce modèle lifestyle à la décontraction revendiquée ?

Maison Pantuna valorise le cuir de thon dans sa gamme de sneakers.

Un ouvrage dédié au bien chausser

Alain Madec, ancien artisan cordonnier-bottier aujourd’hui formateur au sein de la Fédération des Détaillants en Chaussures de France (FDCF), est également l’auteur de plusieurs traités sur les techniques de fabrication et de chaussage. Son dernier opus est consacré à la sneaker « pour bien choisir et vendre ce type de chaussures ». « Zoom sur la sneaker », préfacé par Jean-François Bessec, Vice-Président de la FDCF, avec la participation de Marcel Tessier, ancien cordonnier-bottier et podo-orthésiste, analyse aussi bien la forme, le chaussant, les matières, les montages que les types de semelles, le laçage ou encore l’usage. Le spécialiste entend ainsi « valoriser les sneakers pour ce qu’elles sont et non pour l’image qu’elles véhiculent, en considérant avant tout leurs qualités ».
Cet ouvrage de 24 pages est disponible, au prix de 5 euros, sur demande auprès de l’auteur (contact@alainmadec.com) et des partenaires de cette édition : la Fédération des Détaillants en Chaussures de France, la Fédération Française de la Chaussure, la Fédération Française de la Cordonnerie Multiservice et le Conseil National du Cuir. À l’occasion de sa sortie, l’auteur offre les 20 premiers exemplaires, sur demande par mail. Des éditions sont par ailleurs gracieusement à disposition des adhérents des fédérations qui ont soutenu sa réalisation.

Rencontre avec Alain Madec

Vous êtes formateur pour les chausseurs depuis 2007 et vous avez déjà consacré différents ouvrages à la chaussure. Pourquoi un guide dédié aux sneakers ?

La sneaker occupe désormais une place importante dans l’offre chaussures. Aussi, j’ai voulu différencier ce modèle de la chaussure ville en fonction de sa conception, de sa coupe, des matières et du montage qui le caractérisent afin d’indiquer aux chausseurs les éléments nécessaires permettant d’apprécier sa qualité pour bien – et mieux – le vendre.

En quoi le chaussant d’une sneaker diffère-t-il de celui d’une chaussure citadine ?

On peut ressentir du confort ou de l’inconfort dans une sneaker comme dans une chaussure ville. Dans tous les cas, c’est le moule de la chaussure, sa forme de montage dans ses contours, la solidité de sa structure, le renfort à l’arrière (contrefort) qui contribuent à la qualité du chaussant. À noter qu’en général l’assise assez large en cambrure de la sneaker ne convient pas à toutes les formes de pieds, et tout particulièrement aux pieds assez cambrés qui nécessitent un maintien en cambrure et un talon à hauteur adaptée.

Quels sont les principaux éléments à prendre en compte pour un détaillant lors de la vente ?

Le détaillant doit proposer des sneakers adaptées à des usages variés qui répondent aux besoins des clients. La saison, la structure, les matières, le montage et la coupe sont des éléments incontournables à considérer pour conseiller le client. Les matières respirantes en cuir ou fibre naturelle sont à privilégier pour absorber la sueur. Une tige en cuir non doublée ou en fibre naturelle (coton, etc.) est plus adaptée par temps chaud. Le cuir est la seule matière qui, à l’usage, convient le mieux, de par son prêtant, à la forme du pied. Quant à la structure, elle stabilise le corps en position debout et facilite le mouvement du pied dans l’action de la marche. Sans structure, le corps fait beaucoup plus d’efforts pour marcher : une sneaker sans structure, c’est l’équivalent d’un chausson pour marcher à l’extérieur ! Le montage soudé, qui colle la tige à la semelle, a plus de tenue et offre une bonne isolation du pied au contact du sol et plus d’étanchéité. Il est conseillé pour être chaussé l’hiver. Le montage Strobel, qui assemble la doublure de la tige à une toile (cousu retourné), convient à un climat sec et chaud au printemps et en été. Enfin la coupe derby est plus simple à enfiler et à lacer que le modèle cycliste.

TBS Sneakers Palvina cuir noir
TBS propose une gamme de sneakers en cuir dans ses collections lifestyle.

Sur quels points un chausseur doit-il impérativement être vigilant lors du conseil à la vente ?  

Le détaillant doit répondre aux attentes du client, le questionner sur ses habitudes de chaussant, observer ses chaussures du moment et lui faire essayer le modèle désiré puis, avec son accord, un autre modèle proche en joker. Dans tous les cas, si le client est bien conseillé, le détaillant se donnera plus de chance de conclure sa vente.

La sneaker est-elle un produit durable ? 

Les sneakers montées sur semelles cuvettes en gomme cousue latérale sont ressemelables. Les semelles thermoplastiques s’usent rapidement et ne sont pas ressemelables. Cela se remarque bien souvent sur les modèles d’entrée de gamme. Dans ses achats de collections, le chausseur doit prendre en compte ces éléments pour garantir un service de qualité durable en lien avec le cordonnier. 

Quelles évolutions constatez-vous ces dernières années avec le boom des sneakers ? 

La sneaker renvoie à une certaine banalisation d’un objet chaussant pratique et simple à habiller dans un style qui a du mal à se renouveler. Depuis peu, il y a un rééquilibrage de la demande entre la sneaker et la chaussure ville. C’est la diversité de l’offre qui permet à chacun de trouver chaussure à son pied. Il n’existe pas d’hégémonie de la sneaker.

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Rédaction Laëtitia Blin

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