Prospective : 8 tendances de fond dont il faudra tenir compte à l’horizon 2050 #2

Pour aider les entreprises à mieux se repérer dans un monde complexe, Bpifrance Le Lab dévoile 8 “Megatrends” qui devraient toujours sous-tendre leur environnement à l’horizon 2050. Dans cette deuxième partie, Philippe Mutricy, Directeur des Études de Bpifrance, aborde les quatre dernières tendances de fond avec un focus sur la façon dont la filière cuir peut se les approprier.

Nouvelle relation à l’espace

Outre la montée en puissance de la « démondialisation » ou l’ancrage du télétravail dans l’organisation des entreprises, Philippe Mutricy évoque l’évolution de l’habitat idéal. Lors d’un récent sondage en France, les deux grands modèles gagnants ont été le village de Normandie ou de Bourgogne et les nouveaux quartiers urbains, dotés d’une approche résolument verte. Les deux perdants ont été le quartier pavillonnaire et la ville futuriste (façon science-fiction). « Les entreprises vont devoir considérer la demande de “proxémie” croissante de la part des consommateurs – à savoir des lieux de vie proches de tout ce dont ils ont besoin (travail, école, commerces, nature…) -, explique l’expert. À cet égard, il est intéressant d’étudier la nouvelle cartographie du territoire avec des villes (Bordeaux, Lille, Marseille…) devenues proches de Paris grâce au TGV. Pour les entreprises, cela signifie qu’il va falloir aller chercher leurs clients en allant davantage à leur rencontre. Le numérique est aussi un formidable vecteur de cette nouvelle relation à l’espace. »

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La quête de sens prend en considération les enjeux sociaux et environnementaux dans la gestion de la société - Photo © Jeson - AdobeStock.

Quête de sens

La quête de sens, cette attente croissante dans nos sociétés déjà présente avant le Covid, a été considérablement renforcée pendant la pandémie, et notamment chez les jeunes générations. Pour y répondre, Philippe Mutricy incite à s’intéresser au nouveau statut d’entreprise à mission introduite par la loi Pacte de 2018. Il recommande une démarche progressive de fusée à trois étages : premier étage (obligatoire) : prendre en considération les enjeux sociaux et environnementaux dans la gestion de la société, deuxième étage (fortement conseillé) : définir la raison d’être de l’entreprise et troisième étage (plus facultatif) : adopter la qualité de société à mission pour les entreprises dont le modèle le permet.  « Cette question doit être tout particulièrement dans l’esprit des entreprises pour leurs relations avec les jeunes générations, souligne-t-il. Et tout particulièrement chez celles, notamment de la filière cuir, qui veulent recruter. Celles qui rencontrent le plus de difficultés pour le faire sont en général celles chez qui “le sens” est le moins évident aux yeux des potentielles recrues. Avec notamment, au cœur de leurs questions, quelle est l’empreinte climatique de ce métier ? » Il note aussi qu’aujourd’hui encore, les entreprises voient surtout dans les questions liées à l’environnement des obligations contraignantes. « Il faut au contraire qu’elles les considèrent comme des opportunités pour bien travailler leur marque employeur. Celles qui le font bien ont moins de problème de recrutement. »

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La digitalisation des entreprises n’est pas encore aboutie selon les Megatrends relevées par Bpifrance Le Lab - Photo © Pexels Pixabay.

Digitalisation

« En 2017, une PME française sur deux considérait encore que le digital était un phénomène de mode et refusait d’y investir », rappelle Philippe Mutricy. Ce temps est bel et bien révolu. Si l’économie a survécu pendant la pandémie, c’est grâce au digital.  Celui-ci a connu une énorme accélération pendant cette période, et aujourd’hui, toutes les entreprises sont devenues digitales. Mais leur digitalisation n’est pas encore aboutie. « Pour l’instant, on a encore trop tendance à réduire celle-ci au premier stade, c’est-à-dire à l’utilisation d’outils comme un site internet, des visioconférences. Le stade ultime, celui d’une digitalisation totale de sa chaîne de production industrielle (via un ERP par exemple), ne pourra pas forcément s’appliquer à un artisan du cuir. En revanche, il s’agit maintenant de dépasser le premier stade pour s’attaquer à une véritable transformation digitale en profondeur de toutes les entreprises. » À cette fin, l’expert recommande de se situer dans une matrice comprenant quatre axes : le client final, l’organisation, l’écosystème et l’offre. Pour réaliser une digitalisation optimum, il s’agit, par exemple, de quitter un modèle où l’on s’adresse à un client passif pour en adopter un nouveau où il est consulté sur les innovations, les campagnes de communication… « Chaque client est un créateur en puissance, qui a envie d’imaginer un produit personnalisé. Il faut le faire entrer dans une communauté de clients privilégiés, via un réseau social comme Instagram, pour lui permettre de participer aux grandes orientations des produits. »

Respect du climat et de l’environnement

Déjà en 2018, rappelle Philippe Mutricy, 80% des chefs d’entreprises estimaient que le changement climatique appelait une réaction d’urgence. Mais à l’époque, seulement 51% intégraient l’enjeu climatique dans la stratégie de leur entreprise et 32% suivaient les sujets climatiques en interne. « Tout le monde était plutôt attentiste et se demandait qui allait se lancer le premier : l’État, son client, son fournisseur ? Depuis, on a assisté à une accélération très forte de ces enjeux. La guerre en Ukraine a aussi considérablement dopé les énergies vertes », observe l’expert. « Pour aller encore plus loin, les entreprises ne doivent pas hésiter à se faire aider par des structures comme Bpifrance, l’ADEME ou des consultants », estime Philippe Mutricy qui recommande le dispositif du Diag Eco-Flux. Proposé de concert par Bpifrance et l’ADEME, il permet d’analyser ses flux entrants (eau, énergie) et sortants (déchets). « Alors qu’il ne coûte, en une seule fois, que 5 000 euros, il permet d’économiser chaque année, et de façon récurrente, 50 000 euros en moyenne ! »
Bien sûr, l’assimilation des 8 Megatrends dégagées par Bpifance Le Lab n’est pas une assurance tous risques. « Si elles permettent de se projeter, il ne faut pas totalement exclure l’irruption d’un nouveau cygne noir, soit un évènement imprévisible comme l’a été la pandémie, reconnaît Philippe Mutricy. Une telle éventualité incite donc à intégrer tout particulièrement la quatrième Megatrend, la dimension de flexibilité et résilience, qui permettrait de mieux faire face si un cygne noir montre à nouveau le bout de son bec.  

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Rédaction Sophie Bouhier de l’Ecluse

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