Mariage du cuir et de la faïence de Gien

Pour « Les Corsets », Hélène Nepomiatzi a choisi un vase de 1875 dans les archives de la Faïencerie de Gien. Elle l’a transformé en meuble d’appoint et habillé de cuir.

Pour sa seconde « Résidence Croisée », la Faïencerie de Gien a réuni ses artisans et deux spécialistes du cuir, Hélène Nepomiatzi et Noémie Segrétain. Le fruit de cette collaboration originale est une pièce de décoration issue du réemploi et de la transformation. « Les Corsetés » sont dévoilés dans les boutiques Gien de Paris (14-17 janvier) et de Bruxelles (12-15 mars).

Le collaboratif au service de la création

Son savoir-faire bicentenaire ancré dans le Val de Loire fait de la Faïencerie de Gien un fleuron des arts décoratifs français. Ses collections d’art de la table et ses pièces décoratives, ornementales, en faïence, s’exportent dans le monde entier. La manufacture du Loiret – labellisée Entreprise du Patrimoine Vivant (EPV) – enrichit de manière continue son répertoire créatif. La dernière décennie est marquée par de nouvelles collaborations qui réinventent la marque en élargissant ses horizons. Le concept de « Résidence Croisée » a ainsi été lancé sous l’impulsion du Musée de la Faïencerie. Son objectif ? « Mélanger plusieurs métiers, combiner différentes matières avec la faïence, rapprocher artistes, artisans, designers. » Ce dispositif tripartite de recherche appliquée brise les frontières entre les disciplines et inscrit Gien comme un « laboratoire » ouvert à l’avant-garde artisanale. Une invitation unique à porter un œil neuf sur des pièces d’archives et à les réinterpréter selon des usages contemporains. La designeuse Léa Zéroil avait ouvert la voie en introduisant le fer forgé et le laiton doré dans l’univers de la faïence. Porté par Hélène Nepomiatzi et Noémie Segrétain, le cuir est le second invité au sein de la faïencerie.

Un corset en cuir de veau souligne le galbe du vase Œuf revisité. La couleur kaolin fait référence à la faïence.

Duo gagnant au féminin

La Parisienne est connue pour ses créations en cuir qu’elle réalise dans les secteurs de la mode, de la décoration d’intérieur, du luxe. Diplômée du Studio Berçot et lauréate de l’Andam, Hélène Nepomiatzi est une fervente défenseuse de l’artisanat français du cuir, dont elle a fait son matériau de prédilection. En 2024, deux de ses pièces design ont intégré les collections du Mobilier national, la lampe Pompom et le Corridor à Franges, cloison rideau versatile. Elle collabore aussi depuis douze ans avec Noémie Segrétain, une maroquinière formée chez les Compagnons du Devoir. « Notre collaboration est une histoire de femmes dans un univers maroquinier qui est encore très masculin, précise Hélène Nepomiatzi. Sa maîtrise des savoir-faire du cuir et son intelligence de la main m’ont permis de concrétiser d’ambitieux projets, y compris celui avec la Faïencerie de Gien. » Une pièce hybride, qui redonne vie à un objet du XIXe siècle, à la silhouette sobre et généreuse à la fois.

Œuf et céramique

Si la créatrice fait ses débuts chez Gien, ce n’est pas la première fois qu’elle associe la forme de l’œuf avec la céramique. « Dans les années 1990, j’avais créé un sac œuf en mosaïque de céramique, se souvient-elle. J’adore mélanger les matériaux et les savoir-faire entre eux et comprendre les contraintes liées à leur utilisation. L’œuf représente une forme pure qui m’a toujours fascinée. C’est un symbole intemporel de vie et de renaissance. Je n’ai pas hésité lorsque j’ai découvert, dans les archives de la maison, le vase Œuf daté de 1875, l’année même où la manufacture a pris officiellement le nom de Faïencerie de Gien. J’ai fait mon choix au début de l’année 2025. J’ai tout de suite eu l’idée de transformer le vase en assise ou table d’appoint », poursuit-elle. Familière de peausseries issues de stocks dormants, Hélène Nepomiatzi a été particulièrement sensible à l’approche écoresponsable de Gien. « Il est intéressant de savoir que la partie assise a été réalisée en interne par les artisans de la faïencerie, ajoute-t-elle. Ils ont recyclé un élément mécanique issu de la production. Précisément, une tête de calibrage qu’ils ont détournée de son usage d’origine. »

Exercice poétique

À la faïence émaillée, Hélène Nepomiatzi a ajouté une autre matière noble, artisanale, chaleureuse : un cuir de veau pleine fleur. « J’aime le contraste entre l’aspect mat du veau et la brillance de la faïence. Je voulais un face à face entre ces deux matières, sans mettre en avant l’une ou l’autre. C’est la raison pour laquelle j’ai choisi de les travailler dans les mêmes couleurs, kaolin – la couleur naturelle du biscuit – et Acapulco. » Ce n’est pas un hasard si la « transformation poétique et fonctionnelle » d’un vase en meuble d’appoint porte le nom de « Corseté ». « Au lieu de dessiner un motif grâce à la peinture, j’ai choisi de créer un corset en cuir, qui laisse de l’espace à la brillance de l’émail, explique-t-elle. Le corset est une ode à la féminité, à la rondeur, à la nature. De manière générale, j’aime habiller l’objet, relier l’objet à l’habit. » Le corset en cuir appliqué sur le corps de la faïence se révèle un détail expressif, un vêtement distinctif. Clin d’œil à la formation couture de la créatrice et à son parcours dans la mode, il structure l’objet avec élégance. Le cuir se fait ornement amovible, au carrefour de l’artisanat d’art et du design.

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Rédaction Nadine Guérin
Photos © Morgane Le Gall

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