Co-création, industrie et handicap : les Ateliers UNISSONS relèvent le pari
Faire du beau, le faire bien, et le faire avec tout le monde. En Normandie, Les Ateliers UNISSONS incarnent cette triple exigence depuis huit ans. ...
Avant d’être considéré comme le nec plus ultra des intérieurs de voiture, le cuir était l’unique matière d’aménagement des premiers véhicules motorisés. Au fil du temps, il est devenu le matériau favori des férus d’automobiles. Aussi, au même titre que le moteur ou la carrosserie, ces derniers en prennent-ils le plus grand soin en en confiant la restauration et l’entretien aux experts les plus avertis. Rencontre avec deux spécialistes aussi passionnés qu’exigeants.
Diplômés en ébénisterie d’art de l’École Boulle, Céline Paillard et David André ont d’emblée concilié leur passion pour l’automobile avec leur formation en intégrant le secteur du design automobile haut de gamme et en rejoignant en 1999 l’antenne française de la célèbre société Pininfarina. Mais l’envie de tracer leur propre route et d’insuffler un peu de sensibilité féminine et d’approche artistique à ce milieu encore très machiste les conduit à quitter leur prestigieux employeur pour fonder leur entreprise de restauration de voiture de luxe. En 2013, Lady Art Car voit le jour à Moissy-Cramayel en Seine-et-Marne. « Nous avons tout de suite voulu maîtriser tous les métiers de la restauration automobile en interne, explique David André. Nous ne faisons appel à aucune sous-traitance sauf pour le chromage, l’usinage moteur et le décapage carrosserie. » Sur 700 m², une douzaine d’employés au sein d’un atelier mécanique, un atelier carrosserie et un atelier sellerie prennent en charge environ 150 véhicules à longueur d’année. Chaque véhicule est affecté à un box muni d’une caméra permettant au propriétaire de suivre en direct l’avancement des travaux. « Les voitures que nous restaurons sont des véhicules de collection, de prestige ou ce que j’appelle des voitures passions, c’est-à-dire appartenant à des passionnés. Elles peuvent dater de 1910 pour les plus anciennes à l’époque actuelle et valent entre 200 000 et un million d’euros, poursuit cet artisan chevronné. Notre clientèle est française à 90% mais peut aussi venir de Suisse, Belgique, Espagne, Dubaï ou ses États-Unis. »
L’atelier de sellerie de Lady Art Car refait entièrement sièges, panneaux de portières, ciel de toit et tableau de bord grâce à un équipement complet comprenant aire de pistolage à colle, table de découpe, machines à coudre et pareuses. Ici, pas de compromis pouvant altérer la qualité de l’aménagement intérieur. « Nous ne posons jamais de coiffe en vinyle. Nous achetons nos cuirs bovins chez des revendeurs français, en particulier la société Sofic Cuir. Nous refusons les cuirs norme automobile, trop couverts et nous n’utilisons que des cuirs non rectifiés, pleine fleur ou demi-fleur et parfois même des cuirs aniline en prévenant les clients de leur fragilité. Nous n’intervenons pas sur la couleur et, pour les véhicules anciens, nous employons des cuirs patinés pour ne pas dénaturer l’intérieur, explique ce perfectionniste. Nous respectons la culture de chaque marque et opérons selon ses codes. Nous sommes attentifs aux détails comme l’alignement des coutures, la tension des matières pour jouer positivement avec la lumière, le positionnement des passepoils hors des zones de frottement afin d’éviter une usure prématurée et disgracieuse. » Une matériauthèque regroupe une multitude de références afin d’harmoniser les ensembles. Lady Art Car propose également un service de conciergerie pouvant assurer la garde des véhicules pendant l’hiver ou leur préparation pour la belle saison, le transfert d’un véhicule d’une région à une autre et le passage au contrôle technique. Un business complet avec lequel l’entreprise génère un très honorable chiffre d’affaires annuel de 1,2 million d’euros.
Christophe Magy peut dire qu’il connaît l’automobile de fond en comble. Commencée en 1983 comme apprenti en mécanique dans un petit garage familiale, sa carrière l’a ensuite conduit chez BMW où il a été technicien pendant quinze ans puis chez Audi. Chez un concessionnaire Renault, il s’oriente vers la réparation des carrosseries. Et en 2011, il crée sa propre société d’entretien et esthétique automobile dans la bourgade de Mundolsheim, à quelques kilomètres de Strasbourg. « Mais je me suis rapidement aperçu qu’il y avait un sujet spécifique au cuir dans l’automobile. Les demandes pour les intérieurs en cuir affluaient. Alors en 2015, j’ai décidé de me spécialiser dans la restauration du cuir et j’ai vendu la partie carrosserie de l’entreprise », raconte ce passionné de voitures depuis l’enfance. De l’entretien courant (nettoyage en profondeur, nutrition, protection) à la création complète d’une sellerie, en passant par la réparation d’une griffure ou une déchirure, la recoloration ou le remplacement de parties abimées, l’atelier Renov’Cuir assure tous types d’intervention sur les intérieurs de voitures anciennes de collection comme de vieilles Bugatti, Jaguar ou Bentley ou de bolides actuels de marques de renom comme Maserati ou Porsche dont il est l’un des grands spécialistes. « Le travail peut prendre trois heures s’il s’agit d’un simple soin jusqu’à 400 heures pour une transformation complète avec personnalisation d’un aménagement intérieur, détaille-t-il. Mais dans 80% des cas, on peut se contenter d’une réparation avec un gel colmateur invisible puis une repigmentation sur mesure. Avec un pistolet qui pulvérise de micro gouttelettes reproduisant la structure du cuir, on reconstitue la couche superficielle. On peut aussi utiliser un additif qui reproduit un toucher aniline pour donner plus d’authenticité à la sellerie. » Pour réaliser tous ces prodiges, Christophe Magy est bien aidé par les 200 références de la société allemande Colourlock – kits de coloration et réparation, lotions protectrices, nettoyants divers, graisses nourrissantes, tampons abrasifs ou à lustrer, etc. – dont il maîtrise parfaitement l’utilisation. Au point d’être devenu en 2016 le formateur agréé de la marque pour la zone francophone allant de la France bien sûr au Maghreb en passant par la Suisse, la Belgique et le Luxembourg. « Les sessions durent une semaine, pour une à trois personnes. Le premier jour est consacré à la théorie et les autres jours, à la pratique, sur des exemples concrets présents dans notre atelier », déclare celui qui a participé au développement de la gamme Colourlock. Quant aux cuirs, la plupart du temps pigmentés mais aussi parfois aniline et auxquels il attache la plus haute importance, il les achète également à la société Sofic Cuir.
Même si l’automobile représente 95% de son activité, Renov’Cuir ne refuse pas de prêter ses talents à la restauration d’un siège ou d’un sac à main. « Nous ne faisons pas de couture, mais pouvons redonner de la couleur à un article de maroquinerie délavé ou défraîchi, explique le chef d’entreprise. Depuis cinq ans, nous formons également les équipes de rénovation des cuirs de la maison Christian Dior. » Avec le sellier, Compagnon du Devoir depuis 40 ans, et l’épouse de Christophe Magy, à la gestion et comptabilité, l’entreprise, labellisée par la Fédération Française des Véhicules d’Époque (FFVE) et organisme de formation certifié Qualiopi pour la restauration du cuir, a réalisé 440 000 euros de chiffre d’affaires en 2025. Une belle réussite pour un travail aussi modeste dans son exécution que spectaculaire pour ses résultats.
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Rédaction François Gaillard
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