Paon-Paon à grands pas
Une nouvelle marque française de souliers de luxe féminins est née. Portée par le CEO Emmanuel Gavache et Aurélie Introzzi, à la direction artistique, ...
Alors que les clients sont de plus en plus demandeurs d’expériences, les magasins ont tout intérêt à investir dans des démarches immersives. High-tech, culturelles ou sociales : il en existe pour (presque) tous les goûts et budgets…
« L’intelligence artificielle va continuer son ascension formidable et produire de plus en plus d’images. De leur côté, les réseaux sociaux et les espaces physiques vont être saturés. L’image perdant de son caractère spectaculaire, les gens vont vouloir vivre de plus en plus d’expériences dans l’espace et le temps », soulignait Mathias Chelebourg lors d’une conférence organisée le 6 mars dernier lors du salon Première Classe, « The Immersive Shift: Rethinking Retail as Experience » (Le changement immersif : repenser le commerce de détail comme une expérience). Ce réalisateur-producteur créatif a fondé en 2018 l’Atelier Daruma, spécialisé dans les expériences immersives pour des clients comme Chanel, Dior, Prada, Louis Vuitton ou adidas. Pour lui, « l’immersif n’est pas seulement un désir d’artiste mais une nécessité pour attirer le client et continuer de vendre » en magasin physique. De fait, alors que 11% du commerce français se fait en ligne, 3 000 magasins de mode ont fermé depuis 2020 dans l’Hexagone.
Les possibilités de l’immersif n’ont pas échappé aux maisons du luxe, qui ont déjà marqué les esprits par des réalisations spectaculaires. Chanel a été pionnier en 2023, avec son « Grand Numéro », une installation au Grand Palais éphémère, conçue pour célébrer le centenaire de l’iconique N°5. Les visiteurs étaient invités à parcourir différents espaces symboliques inspirés par l’histoire et l’esthétique du parfum dans un décor onirique de flacons surdimensionnés et de symboles lumineux. « Via cet événement exclusif, chaque visiteur devenait un ambassadeur Chanel », souligne Mathias Chelebourg.
Avec « Mystery at the Grooms », décliné en 2024 à New York, Shanghai puis Paris, Hermès a joué la carte d’une expérience ludique, immersive et interactive ouverte au public, sans objectif de vente. Dans un jeu de piste grandeur nature, les visiteurs devaient résoudre le mystère de la disparition de chevaux dans la maison des palefreniers, en trouvant des indices visuels, mécaniques ou numériques cachés dans différentes pièces. Munis de leurs smartphones, les participants pouvaient découvrir les 16 univers et savoir-faire (dont des accessoires en cuir intégrés dans le décor) du sellier et plonger dans son univers créatif. Quant à l’installation immersive « Tales & Tellers », présentée fin 2024 à Art Basel Paris par Miu Miu (groupe Prada), elle transposait sa série de courts métrages « Women’s Tales » en expérience artistique interactive au Palais d’Iéna, mêlant vidéos et performances d’une centaine de comédiennes et modèles au sein d’un tableau vivant.
Si on peut imaginer l’immersivité réservée aux seuls budgets des géants, Mathias Chelebourg a souligné la diversité des approches, qui peuvent être très high-tech (réalité virtuelle, augmentée, escape game, robots…) mais aussi « frugales » et abordables pour de plus petits acteurs. Une option « théâtrale » – des comédiens jouant le rôle de vendeurs par exemple – peut ainsi être mise en œuvre à petite échelle.
Entre les deux, diverses possibilités existent. Pour sa part, le créateur Jacquemus a été le premier à déployer des pop-ups immersifs « des actions très courtes et impactantes, conçues pour être instagrammables, et assurer une publicité gratuite via le partage social. » Parmi les plus emblématiques, son pop‑up Café Fleurs à Séoul fin 2023 : le sac iconique Bambinou a inspiré la forme de la structure extérieure qui abritait un espace café-fleuriste minimaliste avec des boissons conçues autour des thèmes de collection. De plus grande ampleur, « Jacquemus Obsessions », aux Galeries Lafayette Haussmann (Paris), déployait la même année 16 vitrines thématiques aux codes visuels de la marque, un café fleurs et des installations spectaculaires (sac Bambino géant, machine à laver transformée en Photobooth…). L’approche « coffee shop » intégré dans le point de vente a aussi « su démontrer sa rentabilité », assure Mathias Chelebourg. Elle a été adoptée par des enseignes aussi diverses que les pionniers Kitsuné (café Kitsuné) et Ralph Lauren (Ralph’s Coffee) ou le dernier arrivé à Paris, le Café Lacoste.
La démarche « sociale-conviviale » est une autre possibilité où la marque de mode sportive Patagonia s’est particulièrement démarquée, organisant dans ses magasins conférences, projections de films, rencontres locales et autres discussions autour de thèmes environnementaux ou communautaires. Le magasin-musée hybride est plus adapté aux marques patrimoniales. Même si, là aussi, les coûts peuvent parfois s’envoler comme le montre l’exemple du magasin Louis Vuitton, dont le flagship géant en forme de paquebot, ouvert en juin dernier à Shanghai, abrite, outre un espace de restauration, une spectaculaire exposition, sur trois étages, dédiée à l’histoire de la maison et ses liens maritimes.
Enfin, pour les budgets contraints, on peut encore notamment imaginer « un événementiel allégé, transformant temporairement une boutique en DJ set, en performance ou en rencontre avec un créateur. Le retail nomade, par exemple en camion-boutique ou container, assure une forte visibilité en milieu urbain ».
Quels que soient les investissements engagés, le jeu de l’immersif en vaut la chandelle si l’on en croit les chiffres issus d’études Wharton et Rockbot citées par Mathias Chelebourg, démontrant son impact positif en magasin. Celles-ci relèvent un taux de conversion des visites en achats, pouvant aller jusqu’à +65% après une interaction immersive et même +250% après une visualisation en réalité augmentée et 3 D, alors que la moyenne en réseau traditionnel n’est que de +10 à 30%. Les expériences immersives augmentent aussi le panier moyen de 28,6% en volume, et les dépenses mensuelles de 30% par client.
Mais alors que les visiteurs passent en moyenne deux à trois fois plus de temps dans un magasin jouant la carte immersive, cette dernière augmente aussi leurs liens avec la marque. La fréquence d’achat augmente de 17% et les entreprises « orientées expérience » enregistrent une rétention client supérieure de 51%. Les études relèvent un reach social correspondant à 10 à 50 fois la fréquentation physique, avec un engagement social atteignant +127% pour les expériences en réalité augmentée et jusqu’à 200% pour les contenus interactifs. Enfin, les études constatent une amplification de la visibilité, via notamment les influenceurs, avec un potentiel viral élevé pour les expériences photogéniques. Le recours à l’immersif pourrait ainsi faire progresser de 1,5 point de marge d’un magasin. Alors que 72% des consommateurs se disent influencés par l’expérience, Mathias Chelebourg en est convaincu : cette forme de retail a un bel avenir devant lui.
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Rédaction Sophie Bouhier de l’Ecluse
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