Réalisation Duvelleroy et Lucie Monin
Lucie Monin derrière un précieux décor géométrique réalisé pour la Maison Duvelleroy - Photo © Jeremy Konko.

C’est à quelques pas du boulevard Saint Germain que Lucie Monin a élu domicile, l’immeuble même où vivait le doreur de Napoléon, heureuse coïncidence. Elle habite un appartement au charme ancien mixant du mobilier de diverses époques. Exit le total look, ici les banquettes XVIIIème en fer forgé côtoient les chaises de cuisine en formica. Sa chambre est parsemée de livres et d’instruments de travail. Sur son bureau, les rouleaux de feuilles d’or et les fers à marquer évoquent le travail d’enluminure. Amoureuse des livres anciens, Lucie se destinait à leur restauration. Aujourd’hui elle revisite ce savoir-faire millénaire avec audace dans les domaines de la mode et du design.

Rien n’est plus beau que l’or 22 carats pour apposer volutes, arabesques ou les initiales d’un être cher sur des effets personnels. Lucie réalise ses dessins à main levée qu’elle décline sur de nombreux matériaux : cuir, textile, plexiglas, corian, acétate, plumes, soie, papier mâché…et propose ainsi des pièces uniques, ou des séries limitées. Un bon filon pour les marques en quête de différenciation. Rencontre avec une jeune femme en or.

Qu’est-ce qui vous a amenée à devenir doreur d’Art, profession peu commune pour une jeune femme ? 

La passion des livres anciens, des vieux codex (manuscrits) m’a amenée à la découverte de ces sublimes décors de couvertures ; des filigranes en or gravés à jamais sur des cuirs usés par le temps, reflétant un style, une mode, une histoire, une époque, restée en suspens. De véritables trésors à mes yeux. Le livre, objet de désir, de curiosité, de transmission, empreinte du temps, n’a fait que me séduire et me transporter vers ce métier très particulier de doreur d’art.

Quelle est votre matière de prédilection ? 

Le cuir et en particulier le cuir exotique pour son caractère précieux. Je travaille l’or 22 ou 23 carats mais j’aime également jouer avec les couleurs afin d’apporter une touche plus contemporaine. Les alliages entre les matériaux anciens et modernes, m’intéressent particulièrement. Quelques-uns de mes projets ont vu le jour sur des supports tels que le plexiglas, l’acétate ou encore le corian, matériau composite à base de résine d’acrylique et charges minérales.

Comment en êtes-vous arrivée à transposer cet art ancestral au domaine de la mode et du design ?

J’ai étudié au Centre des Arts du Livre, anciennement au sein des Arts Déco. Très rapidement m’est venue cette idée de revisiter ce savoir-faire ancestral à travers la mode et le design. Conjugué à une autre forme d’expression artistique, il prend toute sa valeur. J’ai ensuite passé quelque temps à étudier le design et l’architecture intérieure à l’École Bleue puis petit à petit j’ai pu me lancer, présenter mes créations, et faire naître des collaborations artistiques sur des pièces d’exception, séries limitées ou collections capsules. J’aime également recevoir des personnes afin de customiser les accessoires qui leurs sont chers, parfois redonner une seconde vie à certaines pièces ayant déjà bien vécu.

Quel est le projet dont vous êtes la plus fière ?

J’ai eu l’opportunité de collaborer avec Vincent Nicolas, Senior Project Manager chez Loewe, pour la collection automne-hiver 2017-2018 sur le thème de la Pléiade. Quelle satisfaction de voir défiler la robe que j’avais décorée d’entrelacs géométriques sur cuir style 16ème faisant écho à la reliure et aux livres anciens !

Et votre projet le plus fou ?

Un particulier, grand amateur de beaux souliers, est venu me voir cette année et m’a donné carte blanche, en me confiant la réalisation de deux décors sur sa nouvelle acquisition. Sur un pied il souhaitait une gracieuse danseuse, sur l’autre de fines volutes rappelant mon style de dessin. Tout cela présenté sous la forme de filigranes gravés en or 23 carats. Un décor mouvant, illustré par les ramifications des volutes entrelacées, faisant écho à la fluidité du mouvement interprété par la danseuse.

Collaboration Lucie Monin et Le Tanneur
Sensible à son sens du détail, à son respect des matières nobles et à son approche élégante et créative, La Tanneur fait appel à Lucie Monin tout au long de l’année pour des ateliers de personnalisation en boutique et des créations uniques.

Qu’est-ce que vous réservent les quelques mois à venir ?

La suite de ma collaboration avec la marque Le Tanneur. Je fais le tour de tous leurs points de vente en France et personnalise en direct la maroquinerie aux initiales des clients. C’est un service unique offert pour tout achat. Toutes les dates sont annoncées sur leur site internet. Mon agenda est bien chargé jusqu’à Noël !

Vous vivez dans le 5ème arrondissement, en plein cœur de Paris. En tant qu’artiste du cuir, avez-vous des adresses de prédilection ?

En fan des 60’s-70’s, je collectionne les vinyles de rock garage, psychédélique, bubble gum, krautrock que je chine chez les disquaires de mon quartier tel Crocodisc. C’est donc tout naturellement que je me suis intéressée à l’univers de Carvil. Au début des années 60, Henri Lederman, le fondateur de la marque de souliers pour hommes dessinait la bottine Dylan, en hommage à l’artiste. Plus de 55 ans après, j’ai eu l’honneur de revisiter l’iconique modèle zippé et signer la scénographie des vitrines de la boutique historique rue Pierre Charron dans le triangle d’or parisien où se succèdent encore les stars de la musique.

Je conçois mon travail comme une application artistique nourrie de pluridisciplinarité et suis particulièrement sensible à la démarche des créateurs de Pilain de Saint Aubin. Cette jeune marque de haute maroquinerie pour hommes, est née de la rencontre entre un architecte et un danseur. Pour autant, ils ont su s’entourer des meilleurs façonniers, travaillant à la main et perpétuant le savoir-faire français afin d’obtenir une finition de grande qualité. Exigence et obsession du détail traduisent l’esprit de leurs collections. Chaque pièce est unique et signée d’un liseré en or 22 carats tracé à la main, rappel de la frise de l’Opéra Garnier, point de départ de l’inspiration.

Plus récemment j’ai découvert Florence Crivellaro au travers de sa marque de maroquinerie éponyme Crivellaro made in Paris et entièrement faite main. Nous travaillons ensemble sur des projets de commandes sur-mesure pour une clientèle d’initiés qui néanmoins est très bien placée rapport qualité-prix. Les peausseries de veau, d’alligator sont très belles et le style architectural répond au mien.

Technique dorure art Lucie Monin
Lucie Monin appose ses dessins sur calque et les grave en transparence. Une fois le calque enlevé, le dessin, embossé à chaud, laisse une estampe. Lucie revient sur les traces du dessin avec le même procédé pour juxtaposer de petits filets avec de l’or, de l’argent ou des films de couleur à l’aide de fers. Puis elle fait chauffer une multitude de motifs, et elle vérifie leur température régulièrement auprès d’une éponge qui doit « chanter au contact de la chaleur ». Dernière étape, elle nettoie le dessin avec un scalpel et passe une couche de vernis de protection.

Quelles sont vos sources d’inspiration ?

Outre la musique, je suis très attirée par l’univers artistique de l’Art Nouveau et ses décors mouvants, le style graphique, géométrique et épuré de l’Art Déco, l’aspect très pop des 60’s et les dessins psychédéliques des 60’s-70’s.

Comment définiriez-vous votre style ?

Fluide, féminin, aérien, poétique, architectural, en recherche perpétuelle d’équilibre entre les formes.

Quel est le projet qui vous fait rêver ?

Travailler en collaboration avec un architecte et décorer tout un intérieur. Projet en cours !

Rédaction Juliette Sebille

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