L’artisanat parisien fait l’objet d’une exposition

Le Bucket est le sac seau d’Atelier Penso. Il est entièrement personnalisable en cuir issu de stocks dormants, avec couture sellier et corde nouée à la main.

La Galerie des Ateliers de Paris présente « 30 Faubourg, l’art du quotidien made in Paris » jusqu’au 16 mai. Sous la forme d’un concept-store, l’exposition dévoile une sélection de pièces intégralement fabriquées dans la capitale et la petite couronne. Elle valorise aussi le dynamisme artisanal des métiers du cuir grâce à sept talents spécialisés, enracinés et exigeants : Atelier Penso, Domestique, Hector Saxe, Atelier Shazak avec Baptiste Meyniel, Arpent, Le Sneakers Atelier et In Cute.

Une production locale profondément ancrée

À deux pas de la Bastille, le Faubourg Saint-Antoine occupe une place à part. Les artisans du bois furent les premiers autorisés à exercer leur métier hors de la tutelle des corporations dès le XVe siècle. L’ébénisterie a vite pris son essor, renommée dans l’Europe entière et le Faubourg Saint-Antoine fut considéré comme le plus industriel de Paris sous l’Ancien Régime. Si elle s’inscrit dans un quartier toujours populaire, l’adresse du numéro 30 pérennise un pan de l’histoire. « Le Bureau du Design, de la Mode et des Métiers d’Art (BDMMA) fédère l’écosystème parisien de la création et de la fabrication locale, précise sa Directrice Lauriane Duriez. Il propose l’incubateur Les Ateliers de Paris depuis 2006 et valorise, depuis 2017, les artisans, créateurs, commerçants produisant sur le territoire parisien grâce au label « Fabriqué à Paris ». Leurs métiers sont parmi les piliers fondateurs du patrimoine parisien. » Il suffit d’observer la toponymie même des rues, où les artisans ont laissé leur empreinte. Le quai de la Mégisserie, les rues de la Parcheminerie ou des Tanneurs entretiennent ainsi la mémoire des corporations du cuir. L’exposition à la Galerie des Ateliers de Paris « replace les métiers d’art dans le quotidien, en montrant que ces ateliers sont toujours actifs, près de chez nous », explique Julien Strypsteen, cofondateur du studio Sinople, qui a sélectionné les 29 créateurs présents. La scénographie, elle, a été conçue par Index Office. « Nous avons choisi les codes du concept-store pour rassembler objets colorés, matériaux naturels et un atelier de réparation, souligne le studio. Le décor favorise un dialogue entre environnement domestique et cadre commercial. L’idée est de donner l’impression qu’une nouvelle boutique a ouvert sur le Faubourg et d’inviter les passants à entrer. »

Des artisans maroquiniers contemporains

La maroquinerie possède une histoire riche, variée, plurielle. L’exposition le conforte, montrant combien son savoir-faire peut déboucher sur des champs d’expression très différents. Avant de fonder Atelier Penso en 2016, Adrien Penso était loin du cuir… L’escrimeur de haut niveau a opéré une reconversion manuelle radicale, se formant en autodidacte au savoir-faire maroquinier. D’emblée, il prend le parti de fabriquer lui-même sacs et petite maroquinerie en petites séries et pièces uniques. Les volumes sont simples mais la personnalisation est totale, de la couleur du cuir au fil, en passant par la teinture de tranche. L’atelier boutique – hier en fond de cour, aujourd’hui avec pignon sur rue – est propice au service individualisé. Atelier Penso défend aussi une maroquinerie durable. Ses pièces sont réalisées à partir de cuirs issus de stocks dormants de maisons de couture et de maroquinerie. Elles sont également réparables.
Si Domestique est né la même année qu’Atelier Penso, son esprit se révèle bien différent puisque la marque s’est fait remarquer en lançant des accessoires sulfureux en cuir. Elle a, depuis, élargi son répertoire en détournant des objets familiers pour en faire des sacs décalés, épurés et colorés. Tels la cagette, le panier à provisions ajouré, le papier kraft… Le nom même de la marque renvoie à l’univers du quotidien. « Nous concevons, fabriquons nos accessoires nous-mêmes dans notre atelier parisien, précise Bastien Beny, son cofondateur. Tous nos fournisseurs sont à proximité, dans un rayon de deux kilomètres. On aime avoir ce lien avec eux et ainsi préserver les circuits courts. » Domestique, qui a reçu le Grand Prix de la Création de la Ville de Paris en 2023, a installé son atelier à La Caserne, l’incubateur de marques écoresponsables situé dans l’Est parisien.

L’objet entre dans le décor

Hector Saxe témoigne de l’intense activité des artisans installés dans les arrière-cours et passages près de la place de la Bastille. La maison de jeu parisienne, mondialement réputée, est basée dans le quartier depuis plus de 40 ans. Elle a réhabilité une ancienne usine pour regrouper menuiserie, stock de peausseries, atelier de gainerie. La visite du showroom-atelier fait partie intégrante de l’expérience client. Le cuir est façonné, gainé à la main, dans un large choix de couleurs, de finitions et de motifs graphiques. La famille Koubbachian ne perpétue pas seulement la tradition du jeu familial, convivial. Elle le transforme en pièce visuelle, en objet d’art, exporté dans le monde entier. Chaque jeu – du Backgammon best-seller au plus récent Puissance 4 – est personnalisable et peut être restauré sur place. Le spécialiste de l’art de jouer collabore aussi avec de nombreuses marques de luxe.
L’exposition dévoile une collaboration originale entre Sofia Shazak et Baptiste Meyniel. La sellière harnacheuse, fondatrice de l’Atelier Shazak, et le designer ont tous deux leur atelier au Jardin des Métiers d’Art et du Design, à Sèvres, depuis 2022. La mission du JAD est de favoriser rencontres et synergies entre les artisans et les designers. Le diplômé de l’ENSCI-Les Ateliers et la sellière d’art aiment volontiers tisser des liens inédits entre la tradition et l’innovation. Baptiste Meyniel appuie sa pratique sur la matière, l’usage, le dessin. Il a expérimenté le verre en résidence au Cirva (Centre international de recherche sur le verre et les arts plastiques) à Marseille et utilisé l’héliogravure avec la spécialiste Marie Levoyet. Pour les pièces décoratives exposées à Paris, il est parti d’un projet en papier washi avant de le décliner en cuir tannage végétal grâce à l’Atelier Shazak. « Chaque forme naît d’une feuille rectangulaire, pliée, sans découpe, précise le designer. La série Exercice s’inscrit dans une réflexion sur des volumes structurés qui suggèrent différents usages. »

Sur mesure et seconde vie

La transparence du savoir-faire et la proximité avec la clientèle sont des motivations qui habitent une nouvelle génération d’artisans. Pierre-Baptiste L’Hospital est l’un d’entre eux. Le bottier français a ouvert son atelier Arpent Bespoke, en 2024, dans le Marais. Il se consacre à la chaussure sur mesure pour homme et femme. Le jeune Alsacien est loin d’être débutant ! Formé chez les Compagnons du Devoir, il possède un double CAP en cordonnerie-botterie et podo-orthésie. Il a aussi suivi une formation en stylisme modélisme chaussure à l’Institut Colbert du Conservatoire national des arts et métiers. Sa passion pour la matière et la technique l’a conduit parmi les « pointures » de son métier : Berluti, Massaro, Patrick Frei en Allemagne, John Lobb, les manufactures Bontemps et J.M. Weston, chez qui il transmet déjà son solide bagage technique. Le Prix de la Jeune Création Métiers d’Art a distingué l’artisan bottier en 2025. Pour illustrer son profil surdoué, Sinople a choisi d’exposer la botte The Space Walker. Sa création sculpturale, racée et futuriste à la fois, élargit les horizons de la botterie classique. C’est justement un point de vue revendiqué par l’exposition. « L’héritage artisanal de Paris n’est pas purement patrimonial, ajoute Julien Strypsteen. L’upcycling, par exemple, met en lumière un aspect plus rarement valorisé. »

Le Sneakers Atelier redonne vie aux sneakers endommagés. Il offre aussi de les personnaliser.

En témoigne l’Atelier Seconde Vie, autour des notions de transformation, de réparation… L’exposition intègre, parmi d’autres, deux ateliers parisiens prônant la circularité et la durabilité. « La demande pour les réparations est très importante », constate David Monteiro, qui a fondé Le Sneakers Atelier en 2023. Beaucoup d’interventions sont possibles pour prolonger la vie d’une chaussure. » Le trentenaire, passionné par les sneakers, a commencé par les customiser dans les années 2010. Mais l’autodidacte est devenu un artisan polyvalent grâce à son apprentissage en cordonnerie botterie chez les Compagnons du Devoir. Son atelier spécialisé offre une gamme complète de services près de la Porte d’Orléans. « Pour embellir l’usure et éviter la surconsommation ».
Karoline Bordas fait de même dans son atelier In Cute ouvert en 2017. La maroquinière sellière, formée à La Fabrique et nommée Maître Artisan d’Art en 2025, ne se contente pas, pour autant, de rénover et de réparer des articles de maroquinerie. La spécialiste du cousu main fabrique ses propres créations, intègre le sur mesure et la personnalisation avec marquage à chaud. Les cuirs français et italiens qu’elle sélectionne sont de plus en plus upcyclés. Ils sont utilisés au sein des ateliers organisés par In Cute pour découvrir, à Paris, le travail du cuir et se familiariser avec la technique, celle du point sellier par exemple.

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Rédaction Nadine Guérin

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