Césaire et Joséphine, des sacs comme des tableaux
La marque Césaire, née il y a vingt ans, incarne une maroquinerie artisanale exigeante, 100% made in France. Pour la première fois, sa fondatrice Stéphanie ...
N’est-ce pas réducteur que l’emploi du mot d’« accessoires » pour ces sacs, qui n’ont – lorsqu’on parle mode et tendances – rien d’accessoire au contraire ? Ils sont même devenus pièce fondamentale et revendiquent les premiers rôles sur les podiums ou les story des influenceurs… Symptomatique de toute une époque, et objet d’une tonitruante renaissance : le Dior Saddle fait bien partie de ces sacs marqueurs de style, qui ont une vraie « personnalité et définissent une attitude » explique Annflor Sangan, qui a participé à la création de ce it-bag.
Ce modèle est hyper-identifiable avec sa forme selle de cheval, en guise de fermoir cette boucle en forme de D dans lequel poser son pouce comme un étrier, ses bijouteries CD fixés sur la bandoulière, estompées à chaud, polies et nettoyées dans un fût de pierres abrasives. Annflor Sangan, Styliste et Consultante en création mode, ancienne collaboratrice du studio Dior sous la direction de John Galliano, nous dévoile les coulisses de sa mise au point, « une construction exigeante, dont Galliano avait une vision extrêmement claire de ce qu’il voulait […] Le travail se faisait en studio, avec une équipe très impliquée. Il y avait notamment Steven Robinson, bras droit fidèle de John Galliano, Amy Roberts, qui a recomposé et collé les pièces de nombreuses fois pour parvenir à une forme parfaitement précise, Vanessa Bellanger, avec John, lui a ensuite donné sa véritable dégaine. De mon côté, mon rôle consistait beaucoup à faire des recherches d’archives et de références vintage. » Ce processus permet de « relier une idée contemporaine à une mémoire de mode, pour un objet possédant encore aujourd’hui une énergie très contemporaine », confie Annflor Sangan.
Iconoclaste dans sa version imprimé « Newspaper », glamour en satin rose et strass (printemps-été 2006), presque minimaliste en veau grainé blanc avec surpiqûre zig-zag (printemps-été 2005), bucolique en toile logo Dior brodé de fleurs, punk dans sa version « Victim Crystal » avec clous, épingles à nourrices et tags, hyper-précieux dans sa version sac du soir en crêpe de satin brodé de strass par Lesage (collection Croisière 2004), anti-discret avec chaînes et piercings pour la version « Hardcore », façon macramé et denim pour la très girly collection printemps-été 2005, en python vernis, « Saddle Hollywood » pour le prêt-à-porter de l’automne-hiver 2003-04, version croco pour l’été 2003, patchwork de fourrures façon trappeur version XXL pour le prêt-à-porter automne-hiver 2002-03, peau retournée pour l’automne-hiver 2005-2006… Ou cette collection de douze modèles produits en édition limitée commémorant les dix ans de John Galliano, nommé en 1996 à la tête de la maison Dior. Chaque Saddle de cette série est une évocation d’une des destinations dont il s’est inspiré pour ses collections, l’Égypte brodé façon pharaon, la Russie décor en applique de fourrure façon œuf Fabergé, la Chine en satin corail brodé et boucleries dragon, l’Espagne avec ces broderies flamenco, la France et un modèle en toile de Jouy inspiré par Marie-Antoinette, l’Inde coloris fuchsia et paré de breloques, le Maroc inspiration moucharabieh en bleu touareg, le Japon en tissu kimono, ou encore les USA satin et broderies « bannière étoilée », l’Argentine avec un travail du cuir façon bottes de gaucho, le Mexique avec sarape et boucleries en turquoise, le Royaume-Uni avec un modèle brodé de boutons nacrés esprit Mods. Des modèles aujourd’hui collector. Inévitablement reconduit à chacune des collections de prêt-à-porter de Galliano pour Dior, le Saddle devient très vite le support de toutes les excentricités et délires créatifs.
C’est l’une des plus emblématique création de Galliano chez Dior. Il apparaît pour la première fois en octobre 1999, sur le podium du défilé prêt-à-porter printemps-été 2000, et fait écho à certains des éléments des silhouettes de cette collection. La petite histoire raconte que le styliste s’est inspiré d’une célèbre photo d’Helmut Newton représentant une femme harnachée d’une selle de cheval. C’est aussi lors de ce show que le styliste remet sur le devant de la scène la toile « Dior Oblique », créée par Marc Bohan, collection que le créateur dédie à la chanteuse R&B Lauryn Hill. Car désormais autour des muses historiques de la maison de l’avenue Montaigne – Lady Di, Mitzah Bricard ou Marlene Dietrich –, il faut compter avec les icônes pop de cet ère Galliano. Consécration d’alors, ce sac est repéré par Patricia Fields, styliste de la série « Sex & the City », pour le personnage de la très mode Carrie Bradshaw incarné par Sarah Jessica Parker qui arbore ainsi dans l’un des épisodes, ce it-bag de cette première décennie des années 2000 (version satin et cuir imprimé « Horse bridle »). L’actrice Arielle Dombasle choisit, elle, une version satin noir et blanc brodé de strass et perles, le « Saddle Jazz » créé en 2002. 2016, sur les comptes Instagram, dans les séries photos des street-looks qui pullulent, anonymes, personnalités aux styles pointus et influenceurs, DJ Mazurbate ou la rappeuse coréenne Lee Chae Rin, c’est toute une nouvelle génération hype qui adoptent le Saddle … alors même que celui-ci n’est plus commercialisé par Dior depuis plusieurs saisons. Ce retour au calme est orchestré alors par Raf Simons, période post-Galliano. Mais il semblerait qu’une génération d’originaux personnages soient bien décidée à le ressortir du placard, et que ceux que l’on appelle Millennials, et qui n’en avaient pas forcément les moyens à l’époque, assouvissent, en acquérant ce modèle en seconde main dix ans après, un fantasme mode !
Maria Grazia Chiuri ne s’y trompe pas, c’est sur le podium de sa collection prêt-à-porter automne-hiver 2018-19 que le Saddle fait son retour, avec une de ces versions quasi-identique à celle du printemps-été 2000, dans deux formats, en toile « Dior Oblique », un autre modèle en cuir lisse noir, mais aussi en toile jacquard brodé de perles, et un autre encore façon patchwork coordonné à la veste d’un des looks du défilé. On remarquera sur ce modèle la broderie, au fil rouge « Peace and Love Dior », raccord avec l’esprit contestataire et ce décor façon Jacques Villeglé. Maria Grazia Chiuri n’ayant sans doute pas oublié que c’est cette année 2018 que l’on célèbre les 50 ans de Mai 68… Si en 2018, les Bella Hadid et Kendall Jenner ressortent des modèles vintage, d’autres people tels que Jessica Alba, Katie Holmes ou Lou Doillon sont aperçus, avant même son arrivée dans les boutiques, avec ce Saddle nouvelle génération. Pour la collection prêt-à-porter de cette même saison, les courbes du Saddle se muent aussi en sac ceinture, un accessoire qui accompagne un important nombre de looks de cette collection. En 2019, Maria Grazia Chiuri imagine des petits sacs du soir Saddle en velours ou en satin (avec breloques CD en strass), plusieurs modèles brodés, dont celui orné de fleurs de cuirs noir en ton sur ton en agneau, mais aussi imprimé sur veau lisse ou denim, motif « Kaléidiorscopic ».
23 juin 2018, Kim Jones présente une très jolie première collection prêt-à-porter masculin pour le printemps-été 2019, contemporaine et en même temps tout en hommage aux codes de la maison Dior. On y retrouve le « gris Trianon », le rose pâle, les fleurs, la toile de Jouy, la même qui ornera un temps les murs de la boutique de l’avenue Montaigne (Maria Grazia Chiuri propose, aussi pour l’été 2019, un Saddle bag en veau imprimé toile de Jouy), mais aussi la toile « Dior Oblique » et… le Saddle bag qui, pour la première fois dans l’histoire de la maison, fait son incursion dans le vestiaire masculin, version pochettes, backpacks, sacs ceinture, en cuir ou en toile – mention spéciale à la version croco noir -. Il est quasiment de tous les passages et ponctue parfaitement ces silhouettes à la fois street et romantiques qui ouvrent un nouveau chapitre du style chez Dior. Kim Jones poursuit dans cette veine, avec, pour la collection Pre-Fall 2019, présentée à Tokyo le 30 novembre 2018, soulignant ainsi la filiation historique et le goût de Monsieur Dior pour ce « japonisme », le designer choisit de s’inspirer de ce que l’archipel a de plus moderne, d’innovant et aussi de ces traditions séculaires, un immense robot-couture réalisé par l’artiste Hajime Sorayama surplombe le décor du défilé de fleurs de cerisiers qui se déploient au sol, collection aux accents futuristes, des métallisations, des tissus iridescents, des laminés, des astrakans luisant, des tombers fluides et découpes lasers, toujours ce mix entre tailoring et streetwear, marque de fabrique du travail de Kim Jones… et le Saddle bag, une fois encore, dont le modèle le plus étonnant est sans doute celui caparaçonné de métal, comme un robot, aperçu dés le quatrième passage. Pour l’automne-hiver 2019-20, le Saddle bag revient et se réinvente, version sac à dos, pochette crossbody dans des aspects satinés, raccord aves l’esprit couture et les drapés de cette collection. Pour cette collection, Kim Jones collabore avec le plasticien Raymond Pettibon qui imagine plusieurs imprimés, dont cette variation du motif léopard (comme un clin d’œil à Mitzah Bricard, muse de Christian Dior, qui fit de cet imprimé sa signature) en surimpression sur la toile « Dior Oblique », pour cette version du Saddle au masculin. Toujours dans cette volonté de la continuité des collaborations entre plasticiens et Dior, prêt-à-porter masculin de l’automne-hiver 2020-2021, c’est le peintre Peter Doig que Kim Jones convie pour imaginer imprimés et motifs. Le Saddle est de nouveau le sac à l’honneur, il est aperçu notamment dans deux versions très instagramables : baroudeur total-look camouflage, ou plus précieux en cuir embossé motif « Dior Oblique », doré et rutilant comme un lingot !
2025, JW Anderson succède à Maria Grazia Chiuri à la tête des lignes féminines et masculines de la maison. Il s’empare lui aussi du Saddle, impose dès ses premières collections ses codes, ses images. La couverture des éditions originales de ses livres préférés est brodée sur le Saddle, tels que « Dracula » ou « les Fleurs du Mal » de Baudelaire. Début 2026, les parfums Dior imaginent pour la collection Privée, un nouveau jus, « Cuir Saddle » : il s’habille d’un fourreau de cuir reprenant les courbes de ce modèle devenu aussi classique que toujours insolent !
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Rédaction Florent Paudeleux
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