Concepts et salons : le cuir se réinvente

L’Iranien Payam Askari a dévoilé en avant-première le projet « Hidescapes » au salon Matter and Shape. Il est passionné par l’artisanat et la revalorisation des matériaux « délaissés » - Photo © Lars Bronseth.

Simultanément à la Fashion Week parisienne, les salons professionnels concentrent une grande diversité de marques créatives internationales. Le cuir a inspiré de singulières approches repérées en mars dernier sur les salons Tranoï, Première Classe et le dernier-né, Matter and Shape, rendez-vous design des Tuileries. Focus sur Liberato, Lunier, Joane K et Payam Askari.

Liberato est une marque de Tokyo qui mélange deux matières respirantes : le cuir Himeji et le jonc, traditionnellement utilisé dans la fabrication du tatami.

La démarche « green » de Liberato

Minimalistes, mixtes, durables. Telles sont les chaussures Liberato en provenance du Japon. Le label de Hideyuki Nagasawa fait ses débuts en France, soutenu par la plateforme Teema, invité pour la première fois à Tranoï. Comme pour les autres marques d’accessoires présentes, le cuir de vache occupe la première place. Spécialement celui de Himeiji, berceau producteur de cuir au Japon depuis le VIIIe siècle. Sandale et loafer possèdent une tige fabriquée en cuir tanné végétal, si souple qu’il n’a pas besoin d’être doublé. Ils tirent aussi parti d’une autre matière naturelle, plus inattendue : le jonc (« igusa » en japonais), sans lequel le tatami n’existerait pas… Cette tradition ancestrale japonaise est aujourd’hui menacée. Liberato veut « inciter à redécouvrir le confort du tatami en l’intégrant dans la mode ». La marque tokyoïte récupère des chutes de tatamis pour découper ses semelles intérieures. Le jonc cultivé à Kyushu a un parfum naturel d’herbe séchée. Cette odeur rafraîchissante n’est pas le seul atout. Le jonc de tatami est réputé pour être antibactérien et absorber l’humidité. En duo avec le cuir, la nature prend le dessus… Liberato a ouvert sa boutique à Tokyo en 2025.

Lunier ou l’ode à la lune

Le nom n’a pas été choisi au hasard. « J’ai grandi au bord de l’océan Atlantique, précise Leslie Mugnier. Je suis convaincue que la lune a un impact sur le vivant. » L’astre « féminin, porteur d’harmonie, de renouveau » fascine la fondatrice de Lunier. Avant de lancer sa propre marque à Paris, la jeune diplômée en Master Fashion Brand Management s’est d’abord illustrée dans l’événementiel pour la maison Dior. Puis le désir de création a pris le dessus… De ses dessins sont nés spontanément des sacs demi-lune, aux courbes organiques. La voûte céleste et le cosmos inspirent à la fois sa palette et les broderies poétiques qui animent le rabat magnétique de ses créations. Lunier a fait le choix d’une fabrication artisanale italienne, dans deux ateliers spécialisés en maroquinerie. Après la soie, le cuir de veau façonne des sacs atemporels, sophistiqués, en touche, avec ses anses ornées de pierres naturelles de couleur. Une collection qui lui vaut de faire partie de la « scène émergente ». Lunier a été sélectionnée sur l’espace Brut Icon de Première Classe. Elle a aussi rejoint le programme La Relève mis en place par Au-Delà du Cuir (ADC). « Mon objectif est de consolider les fondations stratégiques de Lunier. » Au printemps, elle est invitée par les Galeries Lafayette Haussmann, au sein d’un pop-up autour du mariage et de la cérémonie.

Joane K met le poignet en valeur

Joanne Kamel a toujours aimé l’accessoire. Formée d’abord en Sciences Économiques, elle prend le chemin de la mode et choisit de créer des bijoux en autodidacte au début des années 2010. C’est au Liban, où sont ses origines, que la fondatrice de Joane K fait fabriquer ses collections. Le bracelet manchette est sa pièce de prédilection. Celle qui « donne du caractère à la silhouette », précise-t-elle. Dans bien des cas, le bijou se suffit à lui-même. Les plus anciennes remonteraient à l’Egypte antique. La manchette oversized est une valeur sûre. Très présente au poignet, elle passe rarement inaperçue ! Sa largeur attire particulièrement le regard, mettant en relief matière et décor. Joane K plébiscite le cuir d’agneau pour sa souplesse. La créatrice se fournit principalement en Italie mais le cuir provient aussi de France, pour les finitions métallisées notamment. Il est tour à tour découpé, perforé, drapé à la main. Si l’épure de la ligne s’impose, le bracelet manchette donne carte blanche à l’ornementation. Clous dorés ou argentés, perles, strass, sequins, dentelle, maille métallique sont autant de détails « bijoux » qui rehaussent chaque modèle Joane K. Sur le salon Tranoï, la marque a noué des contacts « avec un visitorat très qualitatif ». Un rendez-vous d’importance pour renforcer sa distribution en Europe et aux États-Unis, en particulier.

Le paravent articulé Horizon et l’assise sculpturale Drapeform renouvellent l’usage du cuir issu de chutes. Une collaboration innovante entre Payam Askari et Sk!n - Photo © Celia Spenard Ko.

L’upcycling selon Payam Askari

Le designer et architecte Payam Askari est diplômé de la Design Academy Eindhoven. Basé à Paris, il collabore régulièrement avec les marques de mode et du luxe, créant pour elles des aménagements exclusifs. L’idée de « revaloriser les sous-produits industriels en objets design raffinés » guide cependant les projets personnels de l’Iranien. Le premier, baptisé « Remains », a été réalisé en collaboration avec Omniaworks. Des déchets et chutes de marbre ont été transformés en un matériau composite, façon terrazzo, à travers des pièces de mobilier et de petits objets décoratifs. Du marbre au cuir, il n’y a qu’un pas… Quelle que soit la nature de la matière « délaissée », « endormie », les gisements de rebuts reflètent pour Payam Askari, « l’inéluctable cycle de création et de disparition ». Le salon Matter and Shape, qui soigne curations « pointues » et scénographies sophistiquées, a sélectionné la nouvelle série, lancée dans la capitale. Pour réaliser « Hidescapes », le designer s’est associé à Sk!n, qui regroupe cinq tanneries italiennes, dont le cuir est destiné à la mode et à la maroquinerie : Antiba, Pasubio, Dienpi, Iniziative Conciarie Associate, Old Hide Romanelli. « Mon projet assume les stocks dormants », affirme Payam Askari, dont les pièces exposées transposent le cuir en paysages poétiques inédits. Le paravent Horizon est un meuble spectaculaire, imposant, composé de plusieurs panneaux en patchworks de cuir de veau. La composition tout en contrastes colorés dessine une topographie abstraite très graphique. Avec l’assise Drapeform, le designer sculpte un volume déstructuré, organique, à la limite du vivant. Quant à Softpillard Light, il revalorise le parchemin sous la forme d’une colonne lumineuse. Ces trois propositions sont autant de réinventions de la matière, offrant des alternatives durables à la décoration et l’architecture d’intérieur.

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Rédaction Nadine Guérin

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