Sylvain Mariat, entre ciel et terre

À la tête du bureau d’études d’Airbus Corporate Jets, Sylvain Mariat concilie ses deux passions, l’aviation et le design.

Fils de pilote et designer aéronautique, Sylvain Mariat est aux commandes du studio créatif d’Airbus Corporate Jets (ACJ). S’il conçoit au quotidien des intérieurs pour l’aviation d’affaires, il est aussi à l’origine du fauteuil Athos, une assise singulière qui croise l’audace, la technique et le patrimoine. Cette première collaboration associe le fabricant français de mobilier Duvivier Canapés, basé dans la Vienne, et la Patrouille de France, l’une des meilleures formations acrobatiques au monde.

Quel a été votre parcours ?

J’ai suivi une formation à l’École Nationale Supérieure des Arts Appliqués et des Métiers d’Art (Ensaama – Olivier de Serres) à Paris, en arts appliqués et design industriel, avec une spécialisation vers les environnements de transport. J’aurais pu m’orienter vers le design automobile mais, passionné d’aéronautique, j’ai pris ce virage en fin de cycle. Très tôt, je me suis intéressé aux objets complexes, à l’interface entre l’ingénierie, l’usage et l’esthétique. À 11 ans déjà, j’avais un livre consacré aux profils d’ailes d’avions ! Mes débuts professionnels chez Airbus m’ont permis de travailler sur des projets où le design ne se limite pas à la forme, mais intègre des enjeux de sécurité, d’ergonomie, de réglementation et de performance. Cette approche globale a naturellement orienté mon parcours vers le secteur aéronautique.

Les aménagements intérieurs développés par ACJ pour l’aviation d’affaires conjuguent design contemporain, matériaux haut de gamme et technologies de pointe.

Vous intégrez Airbus en 2004 puis prenez rapidement la tête du bureau d’études d’Airbus Corporate Jets. Quelles ont été les principales étapes et comment vos fonctions ont-elles évolué ?

J’ai rejoint Airbus pour travailler sur la conception de cabines d’avions de ligne, en particulier sur l’A380. Ce fut une étape fondatrice. J’y ai appris à concevoir des aménagements intérieurs spécifiques, dans un cadre industriel extrêmement structuré, avec des contraintes fortes mais aussi une capacité d’innovation remarquable. J’ai ensuite intégré une première filiale d’Airbus qui était un aménageur d’avions de type A320. Chez ACJ, au sein du constructeur européen, les enjeux sont différents. Avec mon équipe, nous intervenons sur l’ensemble de la famille Airbus, de l’ACJ TwoTwenty jusqu’à l’ACJ350. Il s’agit de projets sur mesure intégrant une relation directe avec le client final. Cette évolution m’a permis de développer une approche à la fois stratégique et opérationnelle du design. En parallèle de mes activités chez Airbus, il m’est également possible de développer ponctuellement des projets dans d’autres univers du design, comme c’est le cas avec la maison Duvivier Canapés.

Vous dirigez aujourd’hui le studio de design. Quelles sont les qualités requises pour être designer aéronautique ?

Une grande rigueur avant tout et une solide compréhension technique. La créativité est essentielle mais elle doit toujours s’exprimer dans un cadre réglementaire strict. Il faut également une forte capacité d’écoute, aussi bien vis-à-vis des ingénieurs que des clients, ainsi qu’une réelle aptitude au travail en équipe. Enfin, la curiosité, la culture du détail et la capacité à se projeter dans l’usage réel sont indispensables pour concevoir des environnements à la fois fonctionnels, élégants et durables.

Le fauteuil Athos, dessiné par Sylvain Mariat, est fabriqué dans les ateliers français de Duvivier Canapés.

À quels critères obéissent aujourd’hui les aménagements intérieurs de l’aviation d’affaires ? Comment évoluent les demandes des clients ?

Les aménagements répondent aujourd’hui à plusieurs critères majeurs : le confort, la personnalisation, la performance acoustique, la légèreté des matériaux, la durabilité. À mes débuts, j’avais une vision un peu dépassée des aménagements de jets d’affaires. Les intérieurs beiges, avec des dorures et des boiseries en érable, étaient la norme… Nous avons rompu avec l’uniformisation des intérieurs. Le design a évolué peu à peu, vers des lignes plus simples et plus raffinées. L’évolution vers des intérieurs plus épurés et contemporains, inspirés de l’architecture, du yachting, se poursuit. Chez Airbus Corporate Jets, nous accordons une attention croissante au bien-être et à l’expérience à bord. Nos clients recherchent l’esprit novateur d’un design moderne privilégiant une atmosphère chaleureuse. Ils veulent des espaces qui leur ressemblent, capables de s’adapter à différents usages tout en exprimant une identité forte et intemporelle.

Parmi les matériaux utilisés, quelle place occupe le cuir ?

Il occupe une place centrale. C’est un matériau noble, chaleureux et durable qui offre un excellent compromis entre confort, résistance et perception de qualité. Il permet également une grande variété de finitions et de traitements, ce qui en fait un matériau particulièrement adapté aux projets haut de gamme et sur mesure aussi bien en aviation qu’en mobilier. J’ai appris à en connaitre les subtilités au fil des années.

Le siège joue un rôle clé en matière de confort et d’ergonomie. Comment le considérez-vous au sein des aménagements complets que vous réalisez ?

C’est un élément majeur. Le siège est le point de contact direct entre l’utilisateur et l’espace. Il doit répondre à des exigences très élevées en matière d’ergonomie, de sécurité, de confort, tout en s’intégrant harmonieusement à l’architecture intérieure. La conception commence toujours par une réflexion sur l’usage et la posture, puis par un dessin initial qui intègre les contraintes techniques, les volumes et les proportions. Les choix de matériaux viennent ensuite renforcer la sensation de confort et la qualité perçue. 

Vous avez aussi créé le fauteuil M2.02T, en pensant au Concorde. Comment l’avez-vous conçu ?

Comme un exercice de style. Il est né d’une réflexion autour du Concorde, un symbole d’innovation, de vitesse et d’élégance technologique inventé en 1969. J’ai souhaité traduire cet esprit à travers un fauteuil aux lignes tendues, dynamiques et extrêmement précises. Il rend hommage à une certaine vision du progrès, où la performance technique se met au service d’une esthétique intemporelle. Je l’ai imaginé, non sans un certain humour, figurer dans un film de James Bond, avec un méchant confortablement installé dans ce fauteuil !

Athos fait référence à la Patrouille de France. Pourquoi ce nom ? Comment est né le projet ?

Le nom s’est imposé naturellement d’autant plus que tous les sièges de Duvivier Canapés portent des prénoms. Athos est bien sûr celui du mousquetaire d’Alexandre Dumas mais, depuis les années 1960, il est devenu le nom de code radio utilisé par les pilotes de la Patrouille de France, une formation aérienne d’exception qui fait rayonner la France à travers le monde. Les valeurs de précision, d’engagement, d’esprit d’équipe, d’excellence nous sont communes et m’inspirent profondément. Le projet a été imaginé sous l’impulsion du Service d’Information et de Relations Publiques de l’Armée de l’Air et de l’Espace (Sirpa Air) et d’Aymeric Duthoit, Président de la maison Duvivier Canapés. Il est né de l’envie de créer un fauteuil au caractère affirmé, mêlant puissance des lignes et confort, dans une approche très architecturale, avec un clin d’œil assumé au style Mid-Century, que j’affectionne particulièrement. Athos est un fauteuil de salon, qui fait le lien entre l’air et la matière.

Il marque votre première collaboration avec Duvivier Canapés. Comment s’est-elle déroulée ?

De manière très naturelle. Notre dialogue entre design et savoir-faire artisanal a été constant. Nous avons travaillé étroitement autour des aspects techniques, des choix de matériaux, de la maîtrise du cuir comme de la tapisserie, de la qualité des finitions… L’inclinaison du dossier Athos, par exemple, est celle d’un siège éjectable. Sa sensation proche de la gravité zéro procure un confort optimal. Les accoudoirs en « U », les pieds en « V » inversé sont en lien direct avec la Patrouille de France. Le cuir matelassé et ses finitions rendent hommage à des avions historiques comme le Morane-Saulnier MS230 et Stampe&Vertongen SV-4. Quant au boutonnage, il représente la mythique formation concorde. Les surpiqûres rappellent les fumigènes tricolores qui permettent de tracer les figures acrobatiques dans le ciel.

Quels sont vos projets ?

Je poursuis aujourd’hui des projets à la croisée de l’aéronautique, du mobilier et du design d’exception. Je m’intéresse particulièrement aux passerelles entre ces univers, ainsi qu’aux questions de durabilité, d’innovation matérielle et d’expérience utilisateur. Mon objectif reste le même : concevoir des objets et des espaces porteurs de sens, où la technique et l’esthétique se renforcent mutuellement. Et qui sait, peut-être une nouvelle collaboration avec la maison Duvivier Canapés.

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Rédaction Nadine Guérin

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