Au-delà de leur aspect décoratif, les cuirs peints avaient-il un autre usage ?
Si leur caractère décoratif est avéré, notamment dans les riches demeures de la Renaissance, les cuirs peints remplissaient aussi une fonction utilitaire. Sur les murs, et selon les saisons, les tentures de cuirs alternaient avec les tapisseries textiles : l’hiver, ces dernières, plus chaudes, gardaient la chaleur des pièces, et l’été, les cuirs peints, moins isolants mais tout aussi décoratifs, évitaient aux températures de grimper.
À qui s’adressaient alors ces cuirs peints ?
Les tentures de cuirs peints étaient très répandues à la Renaissance. Dans les châteaux royaux et les résidences des familles aristocratiques, comme chez les riches bourgeois. Cependant, pour ces derniers, le choix des cuirs peints répondait aussi à des contraintes économiques. Car à l’époque, une tapisserie est un produit de luxe et d’importation, dont la fabrication monopolise pendant des mois une main-d’œuvre qualifiée. En revanche, fabriqués partout en Europe, donc en France, les cuirs peints offraient une alternative plus rapide et moins onéreuse, permettant aux familles moins fortunées de décorer leurs intérieurs. Les sujets représentés étaient inspirés de tableaux, de tapisseries existantes, ou encore de gravures, les coûts plus ou moins élevés dépendant alors des choix créatifs et de la complexité de la composition.
Ainsi, au-delà de leur fragilité, s’il ne reste que peu d’exemples de cuirs peints aujourd’hui, c’est certainement en grande partie à cause de leur moindre valeur perçue. Alors que les tapisseries se sont transmises de génération en génération, les panneaux de cuir ont souvent été mal conservés. Le Musée national de la Renaissance d’Écouen est ainsi l’un des rares lieux où l’on peut encore en admirer d’aussi précieux.
Parmi les panneaux de cuirs peints de la Renaissance que vous conservez au musée, pouvez-vous nous parler de la tenture de « L’Histoire de Scipion » ?
Cette tenture du début du XVIIe siècle est un exemple particulièrement remarquable de l’art des cuirs peints. Elle s’inspire des gravures d’Antonio Tempesta (1555-1630) et illustre les exploits du général romain Scipion, tels « L’Incendie du camp de Syphrax », « La Prise de Carthagène » et « La Bataille de Zama », « Le Triomphe de Scipion ». Sa provenance est inconnue, même si la mention d’une œuvre similaire dans le Garde-Meuble de la Couronne en 1672 semble indiquer une commande royale. Quoi qu’il en soit, l’iconographie autour de ce haut personnage de l’Antiquité n’est pas nouvelle. On la retrouve notamment dans les tapisseries tissées dès 1532 pour François 1er qui s’identifie alors au victorieux militaire. Chacun des cuirs peints de cette tenture se compose de huit panneaux rectangulaires et, à l’image des frises qui encadrent les tapisseries historiques de l’époque, leurs bordures sont ornées de trophées d’armes. Les couleurs vives, les motifs élaborés, les rehauts d’or et les multiples techniques de marquage du cuir utilisées ici font de cet ensemble un témoin précieux de savoir-faire artisanaux d’exception, aujourd’hui souvent oubliés.
Les cuirs peints conservés au musée national de la Renaissance d’Écouen bénéficient d’une attention et d’un entretien tout particuliers. Pour en admirer la beauté technique et artistique, rendez-vous au château d’Écouen.
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