Clément Fabries (Risole) : « Le métier de cordonnier permet d’influencer la consommation »

La cordonnerie Risole a été ouverte il y a trois ans par Clément Fabries, un ex-Decathlon rompu au design industriel. Il développe aujourd’hui une gamme d’accessoires et de produits d’entretien, et bientôt de chaussures, pour offrir « la durabilité » aux « pieds du plus grand nombre ».

Clément Fabries, dirigeant de la cordonnerie et marque durable Risole : « À notre petite échelle, nous pouvons aussi être des influenceurs de la cordonnerie. »

Démocratiser la réparation

Risole, c’est le nom de la cordonnerie toulousaine de Clément Fabries, et bientôt d’une marque de chaussures, accessoires et produits d’entretien. Un nom qui évoque sa vocation durable (en faisant écho au « ressemelage ») et son caractère joyeux et optimiste…Son credo ? « La durabilité aux pieds du plus grand nombre » !
À 35 ans, Clément Fabries incarne parfaitement sa marque-enseigne. Pour lui, la cordonnerie est une seconde vie. Formé au design industriel à l’Université Technologique de Compiègne (UTC), il travaille d’abord dix ans chez Decathlon. Il y porte des projets d’innovation et développe différents produits, de l’écriture d’une marque aux produits en magasin. Il travaille de nombreuses matières et process de fabrication, réalise des études R&D, s’occupe des brevets… Mais une envie d’évoluer se manifeste. « J’ai décidé de devenir cordonnier par conviction. Ce métier fantastique au quotidien permet d’influencer à petite échelle la consommation, on s’y sent vivant et utile. » Il se forme auprès du professionnel qui lui cède sa cordonnerie il y a trois ans à Toulouse. Depuis, il est dans un processus d’apprentissage et d’amélioration continue de ses prestations et des conditions de travail de son équipe.
Sa précédente expérience chez Decathlon a facilité sa transition. « Je travaillais dans des ateliers de prototypage, en direct avec des fabricants, je connaissais les matières, l’assemblage, les contraintes et les sollicitations des chaussures. Cela me permet de mieux imaginer une réparation qualitative et abordable. Il n’y a rien de plus frustrant que de ne pas faire réparer une paire de chaussures à cause du prix de l’acte. » Une quête d’un bon rapport qualité-prix qui lui vient, aussi, de l’enseigne nordique. « L’ADN est différent chez chaque cordonnier. Mon but à moi est de démocratiser la réparation. »

Clément Fabries a racheté il y a trois ans une cordonnerie à Toulouse, et lui a donné un nouvel élan.

Vent en poupe

Cela « implique de travailler efficacement et d’avoir une gestion maîtrisée, si on veut vivre convenablement. C’est frustrant de voir des collègues cordonniers abandonner leur métier alors que nous sommes dans un moment charnière de la consommation : la réparation a le vent en poupe ». C’est notamment pour ces raisons qu’il a rejoint la Fédération Française de la Cordonnerie Multiservice (FFCM) et participe à différents projets visant à développer le métier de cordonnier et la durabilité des chaussures en général.
Si le métier de cordonnier est si désirable, selon Clément, c’est d’abord « parce qu’on crée de la valeur avec ses mains avec un impact favorable sur la consommation en empêchant que des chaussures partent à la poubelle. De plus en plus de personnes culpabilisent désormais si elles jettent des objets ». Du coup, les prestations des cordonniers intéressent de plus en plus le grand public, et les médias. D’une façon plus générale, il observe le retour « d’une véritable appétence pour les métiers de savoir-faire comme le nôtre ». Il souligne aussi la complexité de son métier, liée à l’immense variété des chaussures qu’il faut être capable d’analyser (aspects, assemblages…), à la relation client en perpétuelle évolution, aux horaires à tenir… Il faut aussi faire preuve d’empathie pour comprendre le désir de son client, qualité qu’il a su cultiver en tant que designer industriel. « Le tout est de réaliser une réparation juste par rapport à la chaussure et l’attente du client. » Son analyse paie. « Les demandes de réparations ne font qu’augmenter, et la clientèle de Risole ne cesse de s’élargir. » D’où une équipe étoffée à trois personnes.

La cordonnerie Risole s’est fixée pour objectif de démocratiser la réparation.

Gamme durable

Décidément entreprenant, Clément Fabries développe également une gamme complète de chaussures, accessoires (semelles, chaussettes) et produits durables sous la marque Risole dont une partie est commercialisée en boutique et sur le site marchand éponyme. Les premières chaussures éco-conçues – sneakers plates et en toile, mocassins et sandales – pensées pour durer longtemps, seront proposées courant 2024. « Elles seront grand public, unisexes, intemporelles et nous proposerons le plan d’entretien intégré dans le prix de vente. » Clément ajoute voir « tous les jours des chaussures usées et leurs propriétaires ». Cela lui permet « d’être un vrai laboratoire pour développer une offre complète durable ».
Le jeune cordonnier « croit très fort » dans son « projet hybride. Nous nous inspirons de ce qui existe déjà. Dans l’automobile, un concessionnaire vend et répare ; dans l’électroménager, c’est aussi le cas d’enseignes comme Darty. À notre petite échelle, nous pouvons aussi être des influenceurs de la cordonnerie et de la chaussure en général, en montrant que des modèles vertueux, petits et locaux, fonctionnent ». Et de se dire « ouvert à toute collaboration avec des marques de chaussures pour être conseil ou laboratoire d’avenir ».

La cordonnerie Risole développe sous son nom des semelles, chaussettes, produits d’entretien, et bientôt des chaussures.

Au passage, le professionnel s’interroge sur la pertinence du mode de calcul actuel de l’impact environnemental d’un produit « estimé aujourd’hui en fonction des coûts environnementaux des différentes matières utilisées et du processus de fabrication. Mais à aucun moment, on ne considère la durée de vie ou l’usage ! Or, on peut estimer plus souhaitable un produit au coût environnemental deux fois plus élevé qu’un produit classique mais durant dix fois plus longtemps ».
La grande question qui se pose quand on lui apporte une paire ? « Si cela vaut encore le coup de la réparer. Nous pouvons donner un avis technique sur les fonctions d’usage (protection du sol, adhérence, amorti, maintien du pied, esthétique, etc.). Mais c’est à l’utilisateur de décider s’il compte continuer à porter cette paire longtemps. Notre but n’est pas de faire de la consommation de réparation mais qu’elle soit nécessaire et juste. » Et Clément Fabries a bien l’intention de prêcher la bonne parole, notamment via une rubrique de conseils sur son site. « Il faut sortir de notre seule offre commerciale pour influencer le consommateur, premier acteur de la durabilité de sa paire de chaussures. En les choisissant, en les utilisant et en les entretenant, nous, cordonniers, pouvons accompagner ces démarches et sommes au service de tous ceux veulent faire durer leurs chaussures. »

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Rédaction Sophie Bouhier de l’Ecluse

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