Tannerie Dumas continue son chemin

Implantée à Annonay dès ses débuts, la parcheminerie poursuit son activité originelle depuis quatre générations. Respectueuse des traditions, elle sert aujourd’hui le secteur du luxe avec rigueur et régularité.

Transmission en famille

En France, comme dans beaucoup d’autres pays, la tradition se transmet souvent en famille. La tannerie Dumas atteste d’autant plus cette transmission générationnelle qu’elle s’est spécialisée dans un article de plus en plus rare, le parchemin. Pourtant, Marcel Dumas, à l’origine artisan tanneur, s’est d’emblée orienté vers le parchemin lorsqu’il a créé son entreprise avec deux associés en 1929. « La production était à 90% du parchemin pour l’orthopédie et les prothèses en ces années d’après-guerre, relate l’arrière-petite-fille du fondateur Lucile Dumas. Mais une petite part se destinait à la reliure et à la calligraphie, les 10% restants concernaient du cuir pour chaussure. » Mais, dans le courant des années 1930, avec l’essor de l’Art déco, la gainerie en parchemin a la cote et devient rapidement la principale source de chiffre d’affaires de l’entreprise, les instruments à percussion et à soufflet complétant modestement ses débouchés. À la fin des années 1940, le fils du fondateur, André Dumas, reprend le flambeau et donne une nouvelle orientation à l’entreprise en développant le tannage des peaux à poils pour l’habillement et la décoration, notamment en descentes de lit. Cependant, le parchemin reste le fer de lance de la tannerie Dumas et, lorsque l’abat-jour en parchemin revient à la mode dans les années 1960, elle se saisit prestement de cette opportunité. Sans cesser le tannage des peaux à poils, la tannerie en sous-traite de plus en plus la mise en œuvre sous forme de chaussons, plaids et tapis, tout en en gardant la vente.

Retour au luxe

À la fin des années 1980, le passage de témoin se poursuit avec l’arrivée de Frédéric Dumas. Une dizaine d’années plus tard, alors que l’engouement pour les articles en peaux à poils s’essouffle, le nouveau dirigeant recentre l’activité de l’entreprise sur le parchemin en rachetant le savoir-faire d’un ancien parcheminier, permettant ainsi l’acquisition de nouvelles recettes et techniques. « Les maisons de luxe ont opté pour des meubles gainés de parchemin dans leurs boutiques du monde entier et les gainiers, comme Maison Fey ou Ateliers Fey en France, et Atelier Viollet à New York ou Rook’s Books à Londres, nous ont commandé du parchemin », explique Lucile Dumas. À titre d’exemples de réalisations, la jeune femme, arrivée en 2018 dans l’entreprise, cite une boutique Louis Vuitton à Paris, la Samaritaine pour le gainage d’un mur ou un bateau de la compagnie Orient Express. « Aujourd’hui, notre activité repose à 80% sur le parchemin, essentiellement pour la gainerie mais un peu aussi pour la calligraphie comme le parchemin commandé récemment pour le Circuit des Remparts (dont l’Alliance France Cuir était partenaire – NDLR). Les 20% restants se répartissent entre les peaux à poils pour la confection de tapis et de pantoufles et le cuir à tannage végétal pour l’orthopédie, la sellerie ou l’agriculture, précise la responsable de la communication et de la boutique de vente aux particuliers d’objets de décoration et souvenirs en peau à poils ouverte en 2019. Nous avons également ouvert un e-shop. » L’entreprise, labellisée Entreprise du Patrimoine Vivant (EPV) en 2013 et inscrite à l’Inventaire des Métiers d’Art Rares depuis 2011, produit actuellement une centaine de peaux par jour et compte cinq collaborateurs dont un ouvrier à plein temps en production, les autres y prenant part au besoin.

Préparation d’un cadrage à la sèche à l’aide de pinces sur cadre métallique.

Un savoir-faire à part

Il faut dire que la fabrication de parchemin diffère sensiblement de celle de cuir, consistant à rendre une peau animale imputrescible, sans tannage, en supprimant les couches sous-cutanées et en ne gardant que le derme. Diverses espèces animales, de différents âges, peuvent être utilisées selon l’épaisseur souhaitée pour l’application prévue. Mais les plus courantes restent les bovins et surtout les caprins, plus faciles à travailler. La peau est d’abord nettoyée et dessalée, puis relavée après en avoir rogné les bords pour lui donner une forme régulière. Une pâte à base de chaux est ensuite appliquée du côté chair et, après environ une heure, la peau est raclée du côté fleur pour en retirer tous les poils. Elle est alors passée en foulon pour la « fixer » et écharnée à l’aide de rouleaux. Un second foulonnage intervient ensuite pour dégraisser la peau. Si l’on désire un parchemin coloré ou particulièrement clair, la peau est plongée dans un bain de teinture ou d’eau oxygénée. Et ce n’est qu’après ces multiples étapes que la peau est cadrée pour l’étirer en même temps que la sécher. Trois techniques coexistent selon le résultat escompté. La technique dite « à la ficelle » est la plus ancienne puisqu’elle date du Moyen Âge ; plutôt lente, elle est particulièrement adaptée à la production de parchemin pour la calligraphie. La technique « aux picots » est peu utilisée car préconisée pour des espèces rarement transformées en parchemin comme les cervidés. La technique « à la sèche » est la plus courante : elle consiste à tendre la peau sur un cadre métallique à l’aide de pinces et à la laisser un certain temps dans une chambre de sèche. Après un remouillage à l’éponge, les parties marquées par les points d’accroche sont découpées et un ponçage plus ou moins intense donne un aspect final lisse voire brillant ou carrément velouté à la peau.

Musée du parchemin ouvert en 2010 à Annonay.

Un musée ouvert en 2010 dans les locaux de la tannerie rappelle ce processus, ses évolutions à travers les âges et montre les diverses applications du parchemin. « Nous souhaitons continuer sur notre lancée avec la production de parchemin pour la décoration de luxe et de peaux à poils, annonce Lucile Dumas qui reprendra officiellement les rênes de l’entreprise familiale en 2026. Nous sommes bien connus en France et nous aimerions nous ouvrir davantage à l’international, grâce aux salons professionnels tels que le Salon du Patrimoine et surtout Maison & Objet que nous avons abandonné depuis la pandémie de Covid-19 ». Un bel objectif pour faire découvrir cette étonnante matière au-delà de nos frontières.

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Rédaction François Gaillard

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