Des accessoires qui durent : pourquoi le cuir est-il une valeur sûre ?
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La sellière d’art Sofia Shazak transforme le cuir grâce aux techniques d’harnachement qu’elle explore depuis une dizaine d’années. La dernière en date, dévoilée lors de la 13e édition de Maison d’Exceptions du salon Première Vision, est le Shallang. Cette technique ornementale, apparue en Hongrie, est à la fois rare et très originale. L’artisane en livrera une interprétation monumentale à Homo Faber à Venise, l’été prochain.
L’équitation a nourri sa passion pour l’art de la sellerie. C’est chez Les Compagnons du Devoir que Sofia Shazak s’approprie le travail du cuir et la maîtrise des gestes. Elle fait ses débuts en 2016 mais tient à préciser que son arrivée, au Jardin des Métiers d’Art et du Design à Sèvres, a marqué une étape décisive dans son parcours. « En 2022, j’ai installé mon atelier au JAD, explique-t-elle. Il est à l’origine d’un écosystème très performant. Comme je n’ai étudié ni les Beaux-arts ni le design, je me suis aussitôt demandé comment utiliser mon savoir-faire et mes techniques de sellerie pour les valoriser artistiquement. Personnellement, je ne fais aucune différence entre l’art et l’artisanat. Je me nourris des deux. » Son atelier est bien sûr spécialisé en sellerie/harnachement équestre mais pas seulement… Le moulage du cuir lui a permis de collaborer avec les créateurs de mode les plus exigeants. « J’aime être stimulée par le rythme, l’urgence, propres aux collections », précise-t-elle. La sellière aux racines russo-tunisienne ne perd pas de vue, pour autant, le rôle majeur de l’innovation lorsqu’elle dialogue avec la tradition. Le répertoire décoratif qu’elle construit, au fil des années, redonne vie, désormais, à un savoir-faire ancien et oublié : le Shallang.
« Mon point de départ a été la photographie d’un cheval paré de Shallang à la fin du XIXe siècle en Hongrie, confie Sofia Shazak. Je l’ai longuement observée, analysée, pour tenter de comprendre la technique employée. J’ai fini par retrouver des gestes propres à sa réalisation. J’ai dû procéder par déconstruction… Cela m’a pris trois années au cours desquelles j’ai cherché, tâtonné, testé ! » La sellière ne cache pas la fascination éprouvée à sa découverte du Shallang. « Il s’agit d’une technique orpheline, sans source historique authentifiée, poursuit-elle. Sa transmission devait être orale. Je ne serais pas étonnée qu’un apprenti l’ait mise au point à force d’imagination, un peu par hasard… Sa rareté m’interpelle. Ses rendus esthétiques, aussi. Ils sont proches de la ferronnerie. Ils empruntent également au tressage, au macramé. Au final, le Shallang conserve tout son mystère. » La densité du cuir est pour l’artisane une caractéristique essentielle. « Il tire son origine du cuir de briderie, ajoute-elle. La largeur des lanières varie selon l’effet recherché. Le tressage, les arabesques adoucissent, allègent le cuir brut, assez épais. » Pour les définir, Sofia Shazak préfère parler de « galons », de « motifs ». Leur assemblage relève d’une « technique artisanale, engageante, très axée sur les mains. Elle demande de la force, de la patience et très peu d’outils. La limite du Shallang, au fond, c’est l’épuisement des mains ».
Fidèle à sa pratique, la sellière repousse les limites de la tradition, insufflant créativité, liberté d’exécution. Et si le Shallang était à l’aube d’une nouvelle esthétique ? Sofia Shazak en est sûre. « Je veux faire connaître cette technique pour l’enseigner et la transmettre », affirme-t-elle. Pour la lancer, elle n’a pas choisi au hasard l’écrin Maison d’Exceptions (MEX), dédié aux savoir-faire rares d’artisans d’art innovants. Sur son stand, Bakany était sans conteste une pièce maîtresse. Avec ses 60 heures de travail, elle a suscité intérêt, curiosité, admiration, sur le salon de Villepinte. « J’ai rencontré des créatifs, des maisons de luxe, commente la créatrice. Les professionnels de la mode semblent très intéressés. Le Shallang, par sa nature ornementale, se prête au bijou, à l’accessoire. Mais d’autres applications sont envisageables car le cuir peut être sculpté en relief. Il est toujours intéressant de transformer le cuir en volume. Il suffit de le tordre, de le retourner par exemple, et la perception change totalement. Les séries répétitives de motifs et de boucles de tressage conviennent tout à fait aux objets décoratifs, aux décors de vitrines aussi. » L’art de Sofia Shazak s’ouvre à toutes les disciplines : mode, art, décoration, design et même cinéma. Les claustras, qu’elle a imaginés avec des éléments et des techniques de sellerie, lui ont ainsi ouvert les portes de l’architecture d’intérieur. La Biennale internationale Homo Faber à Venise (1er-30 septembre) lui offre un nouveau champ d’expression. Pour l’exposition « Twenty Silent Songs » sous la direction artistique d’Es Devlin, une pièce géante de cuir fera revivre le Shallang aux côtés d’œuvres artisanales venues du monde entier.
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Rédaction Nadine Guérin
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