Philippe Daquai, chausseur à Soissons ou la dynamique du commerce de proximité

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En France, le détail chaussures représente plus de 4 000 entreprises, 5 350 magasins et emploie 14 500 personnes. Soissons fait partie des 222 villes françaises bénéficiant d’une convention de revitalisation sur 5 ans. La Municipalité a ainsi initié un Plan Commerce de 2 millions d’euros sur trois ans en faveur du commerce local.

À la tête de trois commerces depuis plus de 30 ans dans cette petite ville de l’Aisne, Philippe Daquai, président sortant de la Fédération des Détaillants en Chaussures de France, est très impliqué dans la défense du commerce de proximité. Dans le contexte actuel de la politique de revitalisation des cœurs de ville, il a pris part aux échanges consacrés à la dynamique apportée par les détaillants chausseurs en centre-ville, organisés à Soissons par le Conseil National du Cuir. À l’occasion des 10èmes Rencontres du Cuir, Philippe Daquai est revenu avec nous sur son parcours et nous a confié sa vision du métier de commerçant indépendant.

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Président sortant de la Fédération des Détaillants en Chaussures de France mais surtout détaillant chausseur depuis plus de 30 ans à Soissons, Philippe Daquai est très impliqué dans la défense du commerce de proximité.

Aujourd’hui à la tête de trois boutiques de chaussures implantées en centre-ville de Soissons, quel a été votre parcours ?

Je suis issu d’une famille de chausseurs. Mon arrière-grand-père a été le premier à s’installer comme détaillant. Ses parents étaient crépins et tanneurs dans le Pas-de-Calais. Mes grands-parents possédaient un magasin de chaussures à Cambrai. Et mes parents ont repris en 1952 les Chaussures Paul, un généraliste multimarques historique du centre-ville de Soissons. Implantée à la même adresse depuis 1856, auparavant sous le nom de Cresp, la boutique a été rebaptisée depuis du prénom de mon arrière-grand-père.

Après des études de gestion à Reims, j’ai débuté comme représentant multicartes pour les chaussures femmes de l’entreprise Labelle puis pour la griffe Jerick dans les régions Nord, Est et Paris. J’assurais également la distribution des marques Pom d’Api et Free Lance. En 1985, j’ai choisi de reprendre l’affaire familiale, mes parents partant à la retraite. Un an plus tard, j’ai racheté le pas de porte mitoyen pour y ouvrir un spécialiste enfant, Polisson, sur 30 m² de surface de vente. Chaussures Paul a évolué avec la création d’un espace de vente de 105 m² dédié à la femme au rez-de-chaussée et un univers masculin sur 80 m² au premier étage. En 2013, j’ai ouvert une franchise Tamaris implantée juste en face, rue du Commerce. Ces trois points de vente emploient 5 salariées et réalisent un chiffre d’affaires de 170 000 euros pour Tamaris, et autour de 800 000 euros pour Chaussures Paul et Polisson. Aujourd’hui je travaille avec quelque 100 fournisseurs, marques adultes et enfants confondues.

Il y a 6 ans, j’ai été élu à la présidence de la Fédération des Détaillants en Chaussures de France (FDCF). Toujours membre du bureau, j’ai cédé ma place en février dernier à Sandrine Lacotte-Garcin. Grâce à une équipe motivée et solidaire, nous avons mené à bien de nombreux dossiers. J’ai tenu à faire entrer de nouveaux – jeunes et moins jeunes – chausseurs au conseil fédéral, puis au bureau, en particulier des femmes. J’ai également relancé les rencontres entre fabricants, importateurs, représentants et détaillants.

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87 % des détaillants en chaussures exercent leur activité au cœur des villes. Mais depuis une dizaine d’années tous subissent de plein fouet la désertification des centres-villes. En décembre 2017, Bruno Le Maire, ministre de l’Économie et des Finances, présentait le plan Action Cœur de Ville en faveur du maintien ou l’implantation d’activités en cœur de ville.

Vous êtes impliqué dans la vie locale. Comment avez-vous vu évoluer la ville de Soissons ?

Je suis commerçant depuis 30 ans à Soissons et membre de l’association des commerçants Les Vitrines de Clovis. Nous avons par exemple œuvré à regrouper les 7 associations de quartiers qui existaient puis lancé, dans le cadre d’un programme Fisac, l’une des premières cartes de fidélité collectives sous forme de carte bancaire. Valable dans une trentaine de commerces, ses détenteurs peuvent régler leur stationnement grâce aux remises obtenues et cumulées.
Depuis 2014 et l’arrivée de la nouvelle équipe municipale, une politique volontaire et favorable à la dynamisation du centre-ville est menée. Le plan Action Cœur de Ville arrive à temps pour accélérer les projets soissonnais. Avec un commerce vivant malgré la crise qui a vu disparaître plusieurs entreprises locales, le centre-ville de Soissons continue d’attirer une clientèle venant d’une large zone de chalandise allant de Compiègne à Château-Thierry ou Laon.

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La Fédération des Détaillants en Chaussures de France vient de transmettre aux pouvoirs publics un livre blanc de 10 propositions destinées notamment à revitaliser l’activité des détaillants chausseurs en centre-ville.

En quoi le détaillant chausseur joue un rôle déterminant dans le dynamisme commercial des cœurs de ville ?

87 % des détaillants en chaussures exercent leur activité au cœur des villes. Mais depuis une dizaine d’années tous subissent de plein fouet la désertification des centres-villes. Ainsi, les chausseurs ont enregistré une baisse annuelle moyenne de l’ordre de 5 % de la fréquentation de leurs points de vente ces dernières années. Le commerce de détail en centre-ville est en difficulté en raison, entre autre, d’une lourde fiscalité, de la concurrence déloyale des grandes plateformes du net qui ne sont pas soumises aux mêmes taxes que le commerce physique. C’est pourquoi la FDCF se mobilise pour assurer la pérennité des détaillants en chaussures. À l’occasion de son centenaire et dans un contexte de mutation du commerce de détail, la Fédération des Détaillants en Chaussures de France vient de transmettre aux pouvoirs publics un livre blanc de 10 propositions destinées notamment à revitaliser l’activité des détaillants chausseurs en centre-ville. Y figurent la mise en place d’une semaine du commerce des centres-villes et centres-bourgs chaque année à l’image de la Fête de la Musique ; l’implication étroite des commerçants dans les décisions des commissions concernant l’urbanisme commercial ; l’investissement vers les locaux commerciaux de petite taille ; la création de zones franches au cœur de certaines villes et bourgs. Ces 4 propositions simples, qui ne demandent aucun financement de l’État, permettraient de participer à la redynamisation du commerce de centre-ville.

En France, le détail chaussures représente plus de 4 000 entreprises, 5 350 magasins et emploie 14 500 personnes. Notre force réside dans la proximité, la qualité de la relation humaine et les conseils que nous apportons à nos clients. La chaussure est un produit complexe et technique, difficile à choisir sans l’avoir essayé. Malgré l’évolution du commerce et des modes de consommation, et en dépit d’une clientèle de moins en moins fidèle, les Français restent attachés au commerce de proximité.

Rédaction Laëtitia Blin
Photos © CNC – P&M

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