Les Deux Lutins font des pieds et des (secondes) mains

Les deux compères de la cordonnerie Les Deux Lutins ont plus d’un tour dans leur sac. Didier Martinez et Guillaume Belmonte excellent dans l’art de la réparation de beaux souliers. Le premier est passé chez Berluti et Aubercy ; le second chez J.M. Weston et Vaneau. Tous deux sont Compagnons du Devoir et ont ouvert leur atelier en 2010.
En quelques coups de marteau à battre, Les Deux Lutins devient le repaire du service après-vente des griffes de luxe. Installée rue Saint-Marc, à quelques enjambées de la place de la Bourse, l’échoppe retape et cire les plus belles pompes de la place de Paris. Celles des banquiers, assureurs, avocats, acteurs, journalistes et autres professeurs de médecine… La pandémie change la donne et ralentit les affaires. « Les 12% de Parisiens qui ont quitté Paris en 2020 pour vivre dans leur résidence secondaire composaient une large part de la clientèle », explique Didier Martinez. Les sauts à la cordonnerie de ces nantis se raréfient.

Les Deux Lutins cordonnerie Paris
Les doigts de fée de la cordonnerie Les Deux Lutins se posent également sur des articles de seconde main proposés à la vente.

Souliers reconditionnés

Les aînés au vert, c’est la progéniture qui prend le relais et redonne des couleurs aux deux artistes. Le projet ? Des souliers reconditionnés. « Ces étudiants visionnaires, sortis de grandes écoles, nous ont mis le pied à l’étrier en achetant les premières paires sur internet », poursuit le maître d’art. La sélection est drastique. Seuls les grands noms s’attirent leurs faveurs. Des modèles d’occasion signés Church’s, Berluti, Santoni, Aubercy, J.M. Weston, Edward Green font peau neuve sous les mains expertes des deux complices. Dans l’atelier, situé à l’arrière, les machines pressent, grattent, découpent… Le reste s’ajuste manuellement, comme ces coutures traditionnelles qui nécessitent jusqu’à une demi-journée de travail. Aujourd’hui, des paires prestigieuses prennent la pose sur les étagères. Des souliers perforés de dandys aux mocassins à glands, en passant par des richelieus One cut ou à plastron, des chaussures à double boucle, des brogues à franges et autres slippers à pampilles. Les étiquettes valsent : le prix moyen tourne autour de 300 euros.

Les Deux Lutins réparation chaussures Paris
Chez Les Deux Lutins, les souliers reconditionnés pèsent entre 5 et 10% du chiffre d'affaires total

Rares, beaux, durables

Le rayon des modèles reconditionnés pèse entre 5 et 10% du chiffre d’affaires total. « Il faut avoir l’oeil, saisir les opportunités », reconnaît l’expert. Et le cercle vertueux s’installe. « Nous commençons à acquérir une petite notoriété dans le secteur de la seconde main de qualité. » Peu à peu, les clients apportent leurs paires de « fin de carrière » ou « désaimées ». Présentés sur le compte Instagram, les souliers peuvent être essayés en boutique, « un avantage de taille ». La clientèle rajeunit. Elle souhaite se démarquer des seniors en baskets en portant « des produits rares, beaux et durables. » Un contre-pied « amusant et révélateur d’une mutation », selon l’observateur.

Un air de magie

Les Deux Lutins plante un décor hors du temps. Par ici, la boutique. Par là, la bibliothèque de métier. À l’arrière, l’atelier. Et au détour d’une étagère, le musée privé et ses curiosités : des chaussures de folklore breton entièrement rebrodées à la main, aux bottes de pêcheurs à la morue vieilles de 200 ans, en passant par des ballerines délicates en soie, sans pied gauche ni pied droit, et autres bottillons réalisés par des apprentis bottiers au siècle dernier. Sans oublier ce morceau de cuir de renne de Russie, récupéré en 1973 dans la cale d’une épave d’un navire danois coulé au XVIIIe siècle au large de l’Angleterre. Il flotte, dans cette cordonnerie, un air de magie.

Inscrivez-vous à la Newsleather pour recevoir, toutes les deux semaines, un condensé de l’actualité de la filière cuir.

Rédaction Marie-Emmanuelle Fron

j'AIME
TWEETER
PIN IT
LINKEDIN
Cuir Invest

Consultez
les derniers articles
de la rubrique

dolor. efficitur. porta. leo. sed venenatis amet, justo nec fringilla massa eget