Consommation durable : terreau fertile d’un nouvel art de vivre

Refuges en temps de crise sanitaire, nos intérieurs sont devenus l’épicentre de notre quotidien. Derrière les efforts consentis pour se forger des univers agréables à vivre, ces besoins s’inscrivent dans une quête de sens et de valeurs qui font la part belle à la création durable. Depuis 30 ans, Patricia Beausoleil décrypte les modes de consommation dans le secteur de l’environnement et du design. Directrice de Création Internationale Maison, Biens de consommation, Environnement et Lifestyle de PECLERS Paris, elle a récemment livré les grandes orientations et partis pris de l’agence ouvrant les perspectives sur l’automne-hiver 2022/23. Retour sur son intervention à l’occasion des Design Days de Maison&Objet en six injonctions clés.

Se reconnecter à la nature

Confinés pour cause de COVID, les consommateurs expriment la volonté de se reconnecter à la nature qui a repris ses droits dans la cité. Une privation qui induit de nouvelles approches immersives et contemplatives, matérialisées par l’avènement du glamping (NDLR – glamourous camping), et l’émergence d’une offre de petits objets pratiques et de qualité liée aux loisirs (thermos…). Observer la nature sous un autre angle pour mieux la préserver… en s’alliant avec une organisation caritative, la marque outdoor The North Face, exemplaire en matière de démarche écoresponsable, invite les amateurs de plein air à protéger leurs lieux favoris du changement climatique.

panier Mina Atelier Sol de Mayo
L’Atelier Sol de Mayo offre une seconde vie aux matériaux, célébrant la facture artisanale et le caractère unique de ses paniers MINA confectionnés en fil de soie recyclée et jute à Nancy.

« Construire un monde au goût meilleur »

Cette citation empruntée à la chef étoilée Nadia Sammut, prônant l’approvisionnement bio et local, en dit long sur les enjeux du « bien vivre, bien manger ». La cuisine verte participe pleinement à notre bien-être et celui de la planète à travers une assiette constituée d’ingrédients simples comme les légumes racines. Certes l’origine des aliments prime mais cette exigence de transparence ne peut sacrifier l’émotion gustative. Un sentiment parfaitement illustré par le magazine Compost & Glyphosate convoquant à la découverte visuelle et littéraire de l’agriculture d’aujourd’hui avec une esthétique particulière.

« La quête de sens et de valeurs sont les deux piliers de la création durable. »

Patricia Beausoleil

Ré-humaniser l’approche créative

Le succès du DIY ne se dément pas ! Forte tendance, le plaisir de fabriquer soi-même des objets maison, motivé par des critères économiques ou des envies d’accomplissement personnel, se confirme également pour les marques. Un phénomène particulièrement vérifiable dans le secteur de la beauté, où le consomm’acteur peut être amené à re-composer ses propres soins à partir de recharges, à l’instar du label suédois Forgo. Une démarche qui s’amplifie avec la problématique des emballages. Face à l’urgence climatique, la nouvelle garde de designers intègre la valorisation des produits en fin de vie dès les premières étapes du processus de création, associant nouvelles technologies (impression 3D) et codes esthétiques du passé.

FREITAG, entreprise très engagée en matière d’écoresponsabilité, fabrique des sacs à partir de bâches recyclées. La marque helvétique propose aux consommateurs de prendre part à la conception d’accessoires au sein même de leurs ateliers (FREITAG Sweat-yourself Shop). Des rendez-vous ludiques pour éveiller les consciences quant aux méthodes de confection et outils employés - Photo © Philip Frowein.

Estampiller les origines

La notion de transparence est placée au cœur de la communication des marques désireuses de reconquérir les clients en quête de valeurs. À cette fin, elles s’emploient à dévoiler leurs sources, les coulisses de l’entreprise incarnées par les salariés et parfois même leur structure de prix. Ainsi, la designer Coline Guérin étiquette son mobilier de manière à retracer l’origine de tous les matériaux inclus dans la fabrication de son mobilier. Et la marque de meubles suédoise Takt traduit l’impact carbone de chacun de ses produits, jusqu’à son emballage et son transport… De quoi apporter des informations intuitives tout au long du processus d’achat.

Michel Gallus footwear hide project
Le designer Michel Gallus a opté pour le développement de chaussures 100% cuir, que ce soit pour la semelle extérieure et pour l’intérieur du chaussant, composées de pièces détachables afin de faciliter le recyclage en fin de vie.

Prolonger le cycle de vie

Entretenir, réparer, recycler, surcycler… Un nouveau tempo rythme le cycle de vie de nos produits. Les ambitions éco-conscientes nous amènent à re-créer des objets à partir de déchets, vecteurs d’une certaine « simplexité » tels les accessoires de Siwa, faits de naoron, un mix de pâte de bois et de bouteilles de plastique recyclées (PET) qui sous des atours de papier kraft se marient avec tous les styles ! Mais recycler n’est pas toujours chose aisée, alors on détourne l’usage de produits résolument faits pour durer. Au Mexique, les containers maritimes se muent en habitats prêt-à-emménager ! L’innovation dans le domaine de la circularité ré-enchante aussi les politiques commerciales, à l’image de 57St.design, une enseigne de mobilier contemporain basée à Chicago, qui rachète ses meubles à valoir contre un bon d’achat en magasin, les recycle ou les remet en état pour les réinjecter dans son circuit de seconde main.

Siwa tote bag en naoron
Pour concevoir objets et accessoires, la marque japonaise Siwa fait usage du naoron. Inspiré du procédé de fabrication du papier washi-suki, ce matériau existe en deux versions. L’une, douce et flexible, est composée de pâte de bois et de polyoléfine, très résistante. L’autre, plus épais, est créé à partir de fibres de polyester recyclées provenant de bouteilles en plastique et de produits textiles. Les deux matériaux n'émettent pas de vapeur nocive lorsqu'ils sont brûlés.

Emballer zéro déchet

Calculer l’empreinte carbone d’un produit revient à prendre en compte tout son cycle de vie, des matériaux qui le composent jusqu’à la fin de vie en passant par la distribution et l’usage. Si la plupart des émissions incombent aux matières premières, l’innovation est cruciale, afin de trouver des alternatives pour confectionner le produit et l’emballer. Pour contrer le recours au plastique, le mycélium, de plus en plus prisé dans l’industrie cosmétique et agroalimentaire, explore de nouvelles esthétiques de packagings, assumant une certaine irrégularité. Dans le même esprit, la marque écoresponsable Everlane, a imaginé des formes réalisées à partir de déchets post récolte du maïs pour caler leurs nouvelles baskets dans les boîtes cadeaux adressées aux VIP. À l’occasion de la biennale des métiers d’art et du design de Pantin, le studio de design Z-zéro présentait son procédé d’impression 3D générant un matériau résistant, facilement reproductible, personnalisable et économique en matière. Livrées à plat, leurs structures en grillage ajourée permettent de contenir l’impact produit et transport !

Mycoflex Ecovative Design mycelium
Le mycélium représente une véritable alternative au polystyrène en tant que calage à l’intérieur des cartons. Ici le MycoFlex, commercialisé par la start-up américaine Ecovative, est naturel et biodégradable. Les articles et packagings à base de mycélium s’agglomèrent dans des moules avant de prendre la forme de mousses et composites de haute performance (résistance à l’eau et au feu, légèreté, flexibilité). Sans couture, ils ne génèrent pas de chutes à l’étape de fabrication.

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Rédaction Juliette Sebille

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