Du mobilier à l'art : quand les Ateliers Fey s'aventurent aux frontières du cuir

Luminaire en cuir façon pétale de fleur imaginé par l’architecte américain Ingrao.

Depuis un siècle perdure le savoir-faire familial des Ateliers Fey. C’est Christophe Fey qui a décidé de repousser les frontières du cuir, faisant de la gainerie un laboratoire de création contemporaine devenu leur marque de fabrique. Une vision exigeante et singulière, portée aujourd’hui par la nouvelle génération, qui franchit une nouvelle étape avec l’ouverture prochaine d’un atelier-showroom à Chevry-Cossigny, en Seine-et-Marne. Un espace de travail et d’inspiration pensé pour imaginer des pièces gainées en cuir sur-mesure, pour une clientèle venue du monde entier.

Photo d’archive de Louis Fey en 1947, travaillant le cuir dans son atelier.

Flashback

L’histoire de la famille Fey autour du savoir-faire de la dorure sur cuir remonte à 1910. Un métier transmis de génération en génération pour des applications traditionnelles, jusqu’à ce que l’actuel dirigeant Christophe Fey ouvre un nouveau chapitre. « C’est à partir de là que nous avons pu vraiment rentrer dans ce marché de la décoration d’intérieur avec des produits toujours plus innovants », se réjouit son fils Maxime Fey, 24 ans, qui a rejoint l’aventure familiale il y a trois ans, en charge aujourd’hui du développement commercial de l’atelier. La singularité des Ateliers Fey ? Une capacité d’innovation et d’expérimentation de la matière. « Aujourd’hui, nous développons constamment de nouveaux échantillons, de nouvelles techniques grâce à de nombreux outils, parfois développés en interne, pour explorer la matière. Cela nous prend beaucoup de temps, mais c’est ce qui fait notre force aujourd’hui. »

Napoléon, le cuir qui trompe l’œil

En témoigne l’un de leurs produits phares qui plaît le plus aux architectes d’intérieur : le cuir recyclé, réponse à la demande croissante de matériaux écoresponsables et durables. Un travail « très technique » qui produit un cuir « résistant et parfaitement adapté aux surfaces. La magie de ce cuir, c’est qu’on transforme cette chute en un produit luxueux qui attire l’œil parce qu’il crée l’illusion de plusieurs matériaux. Avec une finition vernie par exemple, des visiteurs de salons professionnels ont parfois cru à de la céramique ou du bois. C’est un produit assez exceptionnel dont nous sommes très fiers. » Son nom ? Napoléon.

Des cuirs aux effets brevetés

À cela s’ajoutent d’autres créations innovantes, toutes brevetées, ayant nécessité des années de recherche : le cuir ciselé, puis le cuir gravé. « Contrairement aux entreprises traditionnelles qui travaillent le cuir, nous transformons notre cuir avant de le poser sur un support. Nous faisons voyager notre cuir dans un autre univers. Au-delà de notre bibliothèque de formes et de graphismes, nous pouvons réaliser des applications à la demande. La majorité des personnes se demande comment notre produit est réalisé et s’il est réellement en cuir, si ce n’est pas un textile ou un cuir à poil qui a été rasé », témoigne Maxime Fey.
Jean-Baptiste Galmiche, graphiste, précise : « Nous souhaitons jouer avec le cuir de façon tridimensionnelle : le visuel, l’odeur et le toucher. Comme le cuir ciselé, où l’on rajoute une autre dimension par le toucher et le jeu de lumière. Il y a toute une recherche derrière nos découpes afin de décupler les effets. » Les dernières commandes des Ateliers Fey illustrent cette tendance, avec la réalisation de décors artistiques façonnés par les deux innovations emblématiques et spécifiques aux Ateliers Fey : le cuir gravé et le cuir ciselé, sans oublier le cuir moulé ou tressé. Bien au-delà du savoir-faire traditionnel.
Les Ateliers Fey savent aussi répondre à d’étonnantes exigences techniques d’un autre type. Comme cette commande d’un cuir de sol réalisé pour le restaurant Cheval Blanc à Courchevel, où le personnel a testé sa résistance en déposant de la neige pendant plusieurs heures. « Le cuir a gonflé, mais nous sommes restés sereins contrairement au personnel car, forts de notre expérience, nous maîtrisons la matière et l’avons travaillée, dans ce cas précis, afin qu’elle puisse retrouver sans difficulté son état d’origine même lorsqu’elle est soumise à ce type de contraintes. Christophe a répondu au responsable : ‘Pas de souci, retirez votre neige, attendez que le sol sèche, et le cuir reprendra son aspect d’origine.’ Et le cuir a en effet repris sa forme, le client était ravi. »

Restaurant de l’hôtel Cheval Blanc à Courchevel, entièrement revêtu d’un sol en cuir.

Jouer collectif à l’international

Les Ateliers Fey travaillent dans le monde entier : États-Unis, Angleterre, Moyen-Orient, Dubaï, Afrique. Leur appartenance au collectif Par Excellence leur permet de partager un showroom à New York, où chaque atelier sélectionné représente un savoir-faire français distinct et de référence. « C’est assez exceptionnel, relève Maxime Fey. Nous pouvons y recevoir nos clients qui peuvent se projeter au travers d’une scénographie mettant en avant nos savoir-faire. Le collectif Par Excellence nous permet aussi d’être présents parfois sur d’autres territoires. » À l’international, environ 80% de l’activité se concentre sur les États-Unis, tandis qu’un showroom commun à Paris accueille des clients venus du monde entier.

Un nouvel espace pour une nouvelle ambition

Portés par ce rayonnement international, les Ateliers Fey franchissent une nouvelle étape. Ils quittent leur site de 750 m² à Brie-Comte-Robert pour rejoindre Chevry-Cossigny, à quatre minutes de là, dans un espace de 1 400 m². Un déménagement qui ne se résume pas qu’à une question de surface. « L’objectif est d’offrir à nos clients un espace pour les aider. Nous souhaitons mettre en avant des produits finis, gainés, en leur présentant notre propre collection. Chaque pièce sera développée dans une logique où notre travail et nos techniques spécifiques du cuir guideront le design, et non l’inverse. » Dans cet atelier-showroom, toutes les pièces principales d’un salon sont attendues fin 2026, début 2027.

Le geste qui se transmet

Recherché par des clients du monde entier, le métier de gainier d’art ne dispose d’aucune formation académique. La transmission se déroule en interne, de geste en geste. Christophe Fey a formé des artisans depuis des dizaines d’années, qui forment à leur tour. Ils sont une vingtaine aujourd’hui à faire perdurer le savoir-faire de cette Entreprise du Patrimoine Vivant (EPV). Trois nouvelles personnes sont en cours de formation. « Ce qui nous importe, c’est surtout que la personne soit passionnée par le cuir et dotée d’un savoir-être. On pourra la former. Nous sommes comme une famille : à l’atelier, nous sommes tous soudés. »
Pour Maxime Fey, l’évidence était là. « Pour moi, cela n’avait pas de sens de mettre mon énergie dans une autre entreprise, je préférais développer les Ateliers Fey afin de maintenir un savoir-faire qui fait partie du patrimoine français, un savoir-faire familial lié à mon nom de famille. C’est très important ».

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Rédaction Stéphanie Bui

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