L'Atelier Cuir parie sur Graulhet

marie christine verdier jouclas Atelier Cuir
Marie-Christine Verdier-Jouclas, Directrice Générale de L’Atelier Cuir Paris à Graulhet.

La relocalisation d’une unité de confection de vêtements en cuir par l’Atelier Cuir signe le retour de la filière complète dans ce berceau du cuir. Premier volet de notre immersion au cœur de la filière cuir à Graulhet.
La jadis florissante industrie gaulhetoise du cuir est décidée à renaître de ses cendres à l’aune du désormais très attractif fabriqué en France. À l’œuvre : le retour de la première unité de confection de vêtements en cuir de haute qualité à Graulhet, travaillant pour nos fleurons de la mode (Louis Vuitton, Hermès, Lanvin, Mugler, agnès b.) grâce à la relocalisation de l’Atelier Cuir, créé en 2014 à Paris. « Aujourd’hui, l’impact de cette relocalisation, c’est le message d’un retour aux sources avec des grands du luxe, relève Jean-Michel Grau, Conseiller Délégué à la stratégie d’attractivité et au patrimoine de la Ville de Graulhet et Chargé de Mission à la Direction Générale des Entreprises. Pour le dynamisme d’un territoire, la valeur du symbole est très importante avec un atelier qui travaille pour de grands donneurs d’ordre, qui embauche initialement quinze personnes, et peut-être bien davantage à l’avenir. L’impact psychologique sur la ville, sur son dynamisme, et son regain d’activité est là. On crée du positif. » Car auprès des aînés graulhetois, témoins des méfaits provoqués par la délocalisation des entreprises du cuir, perdure le souvenir vif de la mono-industrie d’antan malmenée. Un déficit d’image qui colle à la peau de la ville tarnaise de 13 000 habitants où sévit par ailleurs un taux de chômage au sommet (18%) et des traces industrielles titanesques (le dernier inventaire réalisé par le CAUE – Conseil d’Architecture, d’Urbanisme et de l’Environnement – en 2004 comptabilisait 167 friches). « Quand depuis quinze ans la machine ne fonctionne pas, c’est difficile d’y croire pour les Graulhetois », compatit Delphine Monnet-Meiler, à la tête de l’Atelier Cuir, marquée par l’effervescence du monde du cuir dans la ville tarnaise avant la guerre du Golfe. « C’était une époque fantastique où tout se vendait. À Paris, je travaillais en peausserie et je me souviens des clients devant la porte, dès 8h30 du matin. Ils guettaient l’arrivée du camion rempli de peaux en provenance de Graulhet. Ils se battaient pour avoir la peau sans regarder la qualité, ni même le prix ! Aujourd’hui presque toutes les maisons présentent une collection avec du cuir ou du mouton. Sauf qu’entre-temps, beaucoup de fabricants ont fermé leur entreprise. »
C’est dans ce contexte que l’inauguration de l’unité de production, le 12 janvier dernier, fut vécue par la fondatrice de l’Atelier Cuir comme « un moment extraordinaire. J’ai réalisé une grande partie de mon rêve : réunir les acteurs de la filière, créer des formations pour que la machine se relance ». Cerise sur le gâteau : l’écho sur les réseaux sociaux. Sans oublier un aréopage d’élus et d’institutionnels réunis pour saluer le retour de la filière complète du cuir haut de gamme. « Delphine Monnet-Meiler a marqué un point, se réjouit avec fierté Blaise Aznar, le Maire de Graulhet. Elle prouve que les produits qu’elle sous-traitait à l’étranger peuvent être entièrement fabriqués en France. En termes d’image, de traçabilité du produit, nous sommes en capacité d’assurer un « fabriqué en France », et dans le monde du luxe aujourd’hui, cela représente une plus-value. » Et au premier édile, également Vice-Président Délégué à l’Industrie de la Communauté d’Agglomération Gaillac-Graulhet, de conclure sur la perspective d’un nouveau chapitre pour la filière historique locale : « on nous voyait comme un territoire en déshérence et en déclin, je peux vous dire qu’à présent la donne a changé. Graulhet maintenant est une ville dynamique, et nous sommes un territoire d’avenir. »

Atelier Cuir inauguration graulhet
L’Atelier Cuir Graulhet a été inauguré en présence des acteurs de la filière cuir et des élus. À gauche Delphine Monnet-Meiler, Fondatrice et Directrice, et François-Xavier Lauch Préfet du Tarn. Étaient également présents Blaise Aznar Maire de Graulhet, Claire Fita Vice-Présidente de la Région Occitanie, Paul Salvador Président de l’Agglomération Gaillac-Graulhet, Alain Glade Conseiller Départemental, et François Proisy Sous-Préfet de Castres.

Le travail collaboratif entre les entreprises du cuir : un levier de réussite

De son côté, Delphine Monnet-Meiler mise sur la possibilité du travail collaboratif entre tous les acteurs de la filière du cuir, condition indispensable, selon la chef d’entreprise, pour répondre au mieux et au plus vite aux exigences des maisons de couture. Notamment aux missions de dernières minutes ou à la veille d’un défilé. « Lorsqu’on se connaît tous, les uns peuvent trouver des techniques que d’autres n’ont pas. Si, demain, nous arrivons devant le client en parvenant à trouver des solutions, c’est gagnant-gagnant. Relancer cette dynamique du travail ensemble nous donnera une force », encourage la chef d’entreprise, déterminée à tordre le cou à une vive critique envers le manque de collaboration entre les professionnels du cuir en France. Résonne encore le constat sans appel que lui confia « une grande directrice de studio », rencontrée un soir à Milan lors d’une édition du salon international du cuir Lineapelle : « contrairement aux fabricants du cuir en France, quand nous sollicitons des fabricants en Italie, nous avons un produit tout en un, avec le fabricant d’accessoires, le fabricant de vêtement, le peaussier, et l’ennoblisseur travaillant ensemble, en réseau, et c’est plus facilement gérable pour nous. » Une culture transversale au sein des entreprise du cuir dans l’Hexagone que la gérante de l’Atelier Cuir souhaite par-dessus tout voir évoluer pour le bénéfice de chacun.
La médiatisation de cette relocalisation sème les prémices de la mise en acte de cet idéal collaboratif par l’Atelier Cuir, dans la foulée des appels reçus de nombreuses petites marques françaises à court de fabricants de cuir en France. « Nous souhaitons être un complément, pas un concurrent. Si, par exemple, on nous sollicite pour fabriquer des sacs, on recommandera une maroquinerie sur place. Nous voulons rester sur notre cœur de métier. Si nous faisons travailler tout le monde, des emplois seront créés, et la région relancée. Aujourd’hui, en tant que fabricant, je vais apporter aux clients tout ce qui est couture, faisabilité et possibilité. En plus, on leur fournira les peaux et l’accessoire fabriqué à proximité, parce qu’on travaillera ensemble les uns à côté des autres. On est donc au top niveau RSE ! Le but n’est pas simplement de relocaliser l’Atelier Cuir, c’est d’arriver à relancer la machine et envoyer ce message aux maisons de couture : restez en France ! »

Modeliste Atelier Cuir graulhet
Travail avec Paul, le modéliste de l’atelier.

Un des premiers dossiers de relocalisation

Tout s’est éclairci en 2020 aux premiers temps de la Covid-19. Pour l’entrepreneure, la crise planétaire fut un déclic. À bras le corps cette fois-ci, elle saisit de nouveau son projet de relocalisation à Graulhet où faire revenir son unité de production partie en Italie, en Espagne et en Pologne où les savoir-faire demeurent. Une évidence pour celle qui a travaillé, à ses débuts, dans ce berceau historique de la noble matière. La ville où œuvre aussi Rial, la mégisserie de peaux lainées dirigée par son frère, Grégory Meiler. Son rêve de revivre une aventure du cuir à Graulhet fut soutenu par les parties prenantes institutionnelles. Car, analyse l’élu Jean-Michel Grau qui a suivi le dossier dès le début à la demande du Maire, « on ne peut pas considérer que la relocalisation d’un atelier avec de tels savoir-faire puisse être uniquement gérée de façon locale ou de proximité. Cela engage aussi un devenir national d’une filière. Enfin, l’exigence d’un certain niveau de qualité de service souhaitée par l’ensemble des grandes marques clientes de cet atelier implique de mobiliser tous les acteurs sur le projet ».
Ainsi le cheminement vers la relocalisation de cette unité de production nécessitant recrutements et formations fut l’aboutissement d’un accompagnement par moult partenaires institutionnels dans le cadre du Plan France Relance, puis de France 2030 aujourd’hui. L’Atelier Cuir est actuellement engagé dans un double projet de formation : un premier avec le lycée de Graulhet pour la création d’un plateau technique de formation à son atelier, un second concerne la création, dans les deux ans, d’un FabLab avec des machines innovantes destinées à l’ennoblissement. Le local de 800 m2 est voué à doubler, et les formations à se poursuivre. « Si cela marche bien, nous embaucherons. Avec la médiatisation, en dix jours, nous avons reçu quatre demandes de stage et la candidature spontanée d’une personne expérimentée dans la maroquinerie et la couture. Cela ne nous était jamais arrivé ! »
Parmi les précieux soutiens de la première heure, Marie-Christine Verdier-Jouclas : « En tant que députée du Tarn, j’ai vécu l’aventure, je l’ai soutenue, j’ai porté le dossier », se remémore-t-elle avec la satisfaction du devoir accompli à l’orée de son autre mission de rapporteure spéciale de la Mission Travail et Emploi-Formation professionnelle et Apprentissage pour chaque projet annuel de loi de Finances. Laquelle lui fit d’autant plus apprécier la manière d’entreprendre de la dirigeante et les enjeux de création d’emplois et de formations liés à cette relocalisation. « Nous avons rapidement été très proches », confie la chef d’entreprise. Alors, quand la députée sortante de la majorité présidentielle quitte l’Assemblée nationale en 2022, cela s’avérera in fine une aubaine pour les deux femmes de tête. Venue de la société civile, Marie-Christine Verdier-Jouclas acceptera finalement d’endosser la nouvelle responsabilité de directrice générale de L’Atelier Cuir Paris – Graulhet. À présent, son expertise du monde bancaire aussi est mise au service de l’entreprise. Un « petit noyau qui m’a suivie dès le départ », conclut pensivement Delphine Monnet- Meiler, reconnaissante de l’accompagnement de tous.

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Rédaction Stéphanie Bui

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