La « dissonance » des couleurs pour un effet rétro-futuriste
« La couleur constitue l’élément le plus important à expérimenter cette saison », selon Orietta Pelizzari. À double titre : elle détermine d’abord la qualité d’un cuir responsable. Les entreprises privilégient désormais les pigments certifiés. Ensuite, les technologies modernes des tanneries ouvrent un champ créatif quasi infini en matière de tonalités. La tendance privilégie une gamme chromatique contrastée, reflet de l’éclectisme des marchés et des goûts contemporains. « Le mot clé, c’est la dissonance », souligne l’experte. L’insertion de couleurs fortes et dissonantes vient dynamiser des looks délavés à l’allure délicatement rétro-futuriste.
Cette stratégie chromatique joue sur plusieurs registres : les tonalités délavées et vieillies prisant les neutres, contrastent avec des couleurs puissantes comme le violet rétro-futuriste, complétées par des teintes intermédiaires – roses poudrés – et des couleurs urbaines dans les gris. L’inspiration seventies revisite ces gris urbains, tandis qu’émerge une palette « rétro-intellectuelle » d’inspiration musicale (années 70-90) qui célèbre le vif : bleus violets, bleus froids, bordeaux profonds, rouges flamboyants, sans oublier un vert inattendu – brillant, acide, éclatant.
Techniquement, les procédés de passing et semi-passing permettent l’absorption optimale de la couleur par la peau, sur une ou deux surfaces, tout en garantissant la tenue dans le temps. Chaque entreprise peut ainsi explorer la couleur quel que soit son marché. Cette approche de la couleur comme levier d’innovation – et non simple tendance – est particulièrement saluée par Olivier Guillemin, présent à la conférence. Fort de son expérience en tant que Président du Comité de la Couleur et Directeur des Tendances et de la Création du salon APLF, à Hong Kong, il observe notamment : « Le travail de la couleur a toujours su propulser les entreprises du cuir. Avec cette matière, l’approche sensorielle de la couleur possède une force d’attraction unique, bien supérieure à celle de la plupart des tissus. »
Le cuir célébré à Milan
À l’occasion de Lineapelle, c’est toute la ville qui se mobilisera autour du salon et du cuir, « un concept très milanais », souligne Luigi Ferrelli, Directeur du bureau parisien de l’ITA (Italian Trade Agency). La matière millénaire sera célébrée à travers ses nombreuses applications, bien au-delà de la mode : l’ameublement, l’automobile. Cette année marque une première : le défilé de créateurs qui utilisent le cuir dans leurs collections, avec le soutien de Lineapelle, se tiendra dans le centre historique de Milan. Une dimension symbolique forte qui visibilisera davantage la matière millénaire. Le directeur rappelle également « la place importante du cuir dans les relations franco-italiennes », chiffres à l’appui : « la France occupe aujourd’hui le quatrième rang mondial des exportateurs et le troisième rang des importateurs de la filière cuir. Les exportations de matières premières (cuirs bruts et finis) ont dépassé les 400 millions d’euros en 2024. L’Italie constitue la principale destination de ces exportations françaises. En parallèle, les importations françaises de matières premières ont atteint plus de 600 millions d’euros, l’Italie représentant le principal pays fournisseur avec 38% de parts de marché. »
Entre tradition et disruption, le cuir prouve sa capacité à se réinventer à l’aune d’une filière d’excellence.
Inscrivez-vous à la Newsleather pour recevoir, toutes les deux semaines, un condensé de l’actualité de la filière cuir.