La sneaker, nouveau terrain de jeux du MADD à Bordeaux

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Dès le début du XXe siècle, les fabricants sont au service des plus grands sportifs pour leur délivrer des baskets aux attributs toujours plus techniques. Par la suite, l’aura des athlètes, combinée aux performances qu’ils réalisent, font de la sneaker un signe de charisme et de succès (ici Air Jordan).

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : le marché mondial de la sneaker dépasse les 80 milliards d’euros et en France, 52% des chaussures vendues sont des baskets selon la Fédération Française de la Chaussure. Jusqu’au 10 janvier 2021, la nouvelle exposition « Playground – Le design des sneakers » au Musée des Arts Décoratifs et du Design (MADD) de Bordeaux illustre la tendance à travers plus de 600 paires et documents. Pour remonter à la genèse de cet événement d’envergure, nous avons échangé avec Constance Rubini, Commissaire de l’exposition et Directrice du MADD depuis 2013.

Pourquoi avoir choisi de faire entrer la sneaker au musée ?

L’idée d’exposer la sneaker m’est venue au contact de mes élèves (NDLR – Constance Rubini est professeure de design à l’École Cantonale d’Art de Lausanne), des jeunes designers qui semblaient très attirés par cet accessoire aux multiples facettes. Deux raisons concomitantes ont renforcé mon choix, la première étant d’ordre sociologique. Aujourd’hui tout le monde porte des baskets, quel que soit son âge, son sexe, son origine, son milieu social… la sneaker est un véritable phénomène de société et peut donc faire écho à bon nombre de visiteurs. La seconde raison est qu’il s’agit d’un objet de design malléable, une source d’expérimentation et de recherches qui génère des investissements colossaux. Pour toutes ces raisons, il nous paraissait légitime de faire entrer un tel objet au musée. J’ai travaillé en collaboration avec Étienne Tornier, responsable des collections XIX-XXIe siècles du musée et un comité artistique de haute voltige qui a apporté son expertise au projet. Parmi ses membres : Jacques Chassaing, Designer chez Adidas depuis 1981, Pierre Demoux, auteur de « L’Odyssée de la basket » et journaliste aux Échos, ainsi que Thibaut de Longeville, réalisateur des documents « Sneakers, le culte des baskets » et « Air Force 1 : Le documentaire ».

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Jusqu’au 10 janvier 2021, Playground - Le design des sneakers explore l’univers de la basket à travers plus de 600 paires de chaussures et des films, documents d’archives, photos et témoignages.

Quelles sont les caractéristiques que vous avez explorées ?

Playground se divise en deux parties. Un premier chapitre historique et culturel est consacré à l’évolution de la sneaker, de la chaussure de sport à l’accessoire de mode. Dès le début du XXe siècle, les équipementiers sont au service des plus grands sportifs pour concevoir des baskets aux attributs toujours plus techniques. Par la suite, l’aura des athlètes, combinée aux performances qu’ils réalisent, ont fait de la sneaker un symbole de charisme et de succès. Car des podiums des Jeux Olympiques à ceux des plus grandes marques de mode, il n’y a qu’un pas ! La basket devient synonyme d’avant-garde. En précurseur, Issey Miyake fait défiler des Converse dès 1973 ; Karl Lagerfeld lui emboîte le pas en 1976 avec Chloé. À cette époque la sneaker est perçue comme un pièce « rock’n’roll » défiant les codes de la bourgeoisie imposés par la génération passée. On le voit d’ailleurs dans le documentaire d’archives INA tourné lors du mariage de Mick Jagger : le commentateur semble davantage captivé par les baskets du chanteur que par l’événement en lui-même. L’exposition dévoile également la dimension sociologique de la sneaker progressivement adoptée par les quartiers noirs américains de New York (Harlem, Bronx). Des danseurs de bebop étatsuniens en 1949 aux jeunes insurgés de mai 68, elle s’érige en étendard d’une génération anticonformiste et devient le symbole identitaire des contre-cultures du monde entier.

Comment l’industrie fait face aux enjeux actuels ?

Le second volet de Playground se concentre sur la production de la basket, d’un point de vue technologique et écologique. En tant que bien de masse, il nous paraissait essentiel de questionner son impact sur l’environnement. L’exposition met ainsi en lumière les entreprises dont le dénominateur commun est l’approche écoresponsable : Ecoalf avec ses chaussures en matériaux recyclés, la collaboration entre Adidas et Parley qui valorise les déchets plastiques, Veja qui s’est tourné vers le Corn Worked as Leather, une toile de coton protégée d’un enduit à base de maïs… Les investissements sont considérables pour augmenter les performances en permanence. Modèles connectés (Adidas, Nike), membrane Nike Air (mise au point par l’ingénieur en aéronautique Marion Franklin Rudy), développement d’une version auto-laçante des emblématiques Nike Air Mag (inspirées du film « Retour vers le Futur ») … Playground ouvre les portes d’un laboratoire ludique où ingénierie de pointe et avancées numériques se jouent des contraintes.

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Mathieu Lehanneur, le scénographe, a installé un terrain de basketball dans la cour d’honneur du MADD. Une façon de concrétiser l’idée de partage des cultures que l’on retrouve dans le sport, mais aussi au musée.

En quoi la scénographie incarne-t-elle l’univers de la basket ?

Pour l’anecdote, notre musée se situe dans une ancienne prison et lors de la préparation de l’événement, nous avons découvert que le mot « sneaker » serait né derrière les barreaux. Parait-il que les gardiens portaient des semelles en caoutchouc pour ne pas être entendus des détenus… Une veine pour Mathieu Lehanneur, le scénographe, qui a utilisé l’architecture très symétrique de l’établissement pour en faire une mise en scène hors du commun. Ayant déjà travaillé ensemble, je savais qu’il aurait la liberté d’esprit, juste ce qu’il faut d’audace pour sortir du cadre du musée. Nous avions anticipé que l’exposition séduirait un public plus jeune que d’ordinaire – cet été, la moyenne des visiteurs était âgée de 15 à 20 ans, ce qui reste rare dans un musée – ; il fallait donc que le sujet soit traité de manière vivante tout en gardant une portée culturelle. Mathieu Lehanneur a même installé un terrain de basketball dans la cour d’honneur du MADD ! Une façon de concrétiser l’idée de partage des cultures que l’on retrouve dans le sport, mais aussi au musée. Et pour faire vivre l’exposition en-dehors des murs, nous organisons des rencontres annexes : matchs de baskets en collaboration avec la fédération officielle, ateliers de customisation, conférences sur la production éthique animée par Veja…

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Rédaction Emma Roesslinger
Photos © Alastair Philip Wiper

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