Rencontre avec Lucas de Staël

LUCAS DE STAEL designer lunette Glacier
Lucas de Staël porte une monture Glacier.

Iguane, alligator, chèvre, pécari, cuir végétal, galuchat, piqué sellier, coupé à cru… Autant de peausseries et de détails synonymes d’artisanat, de luxe durable et qui sont devenues la marque de fabrique du designer Lucas de Staël pour ses lunettes réalisées dans ses ateliers parisiens. Produits classiques ou concepts intrigants, dans un mix de gestes ancestraux et d’audaces, c’est avec une approche résolument sensible et moderne, tourné vers ce goût du beau, que Lucas de Staël et ses collaborateurs imaginent leurs collections. Diplômé de l’ENSCI/Les Ateliers en 2003, le designer crée la marque qui porte aujourd’hui son nom en 2012.

LUCAS DE STAEL lunettes Zeppelin Zephyr crocodile
Modèles Zeppelin et Zephyr en crocodile, Lucas de Staël.

Vous êtes designer, lunetier, artisan aussi, comment décririez-vous votre process créatif et votre métier ?

Nous cherchons à créer de beaux objets avec une certaine forme d’innovation dans le processus de fabrication. Notre motivation est d’être capable d’étonner nos clients. Notre mot d’ordre est de fabriquer des montures avec nos propres moyens, le minimum de sous-traitance, afin de gérer au mieux notre qualité, nos délais et nos innovations.

Comment et quand a germé l’idée de cette proposition de collections de montures dans des matériaux tels que le cuir ?

Après six ans de création de montures sous la marque Undostrial (défaire le procédé industriel), nous voulions axer nos recherches sur une matière noble et à haut potentiel créatif. N’étant pas spécialiste du cuir mais adorant les défis, nous avons pensé que le cuir comportait un réel challenge à travailler et appréhender pour des novices.

Quel est d’ailleurs votre rapport intime, créatif, à ce matériau ? Vos premiers contacts, vos premières impressions avec le cuir ?

Le cuir est une matière formidable, en lunetterie cela impliquait d’être peau contre peau, il y a mille manières de façonner le cuir, et plus nous avancions dans nos idées, plus les champs des possibles s’ouvraient à nous. Nous sommes loin d’en avoir atteint les limites.

C’est une spécificité que l’usage d’un matériau tel que le cuir, mais aussi le bois, la pierre, la gomme… pour la réalisation de montures d’optiques. Au-delà de l’évident geste créatif, quels ont été les éléments déclencheurs vous ayant poussé à vous intéresser à ces matières pour vos lunettes ?

Il existe autour de 1 800 marques de lunettes dans le monde, nous voulions proposer un produit unique, sans jouer avec les mêmes matériaux et procédés que nos confrères. Ainsi nous pouvons sereinement poser nos bases en termes de rendus, finitions et qualité perçue. Nous n’avons aucun équipement industriel de lunetier classique, et devons fabriquer nos propres outils selon nos collections et concepts. Nous nous efforçons de devenir la référence en « lunettes cuir », en cherchant constamment de nouvelles manières d’appréhender cette matière.

L’adaptation du cuir à un produit aussi complexe que les lunettes a du poser un certain nombre de problématiques techniques, de mises au point, autant de défis pour vous et vos équipes. Comment cela a-t-il été résolu ?

Nous avons la chance de partir d’une feuille blanche, avec ce but de tout redécouvrir. Le fait de ne pas être expert nous oblige à inventer notre propre voie ; plus l’idée paraît complexe, plus elle nous motive. Nous passons du temps à prototyper, et essayer des astuces d’assemblages, de découpes, de finitions. C’est en faisant beaucoup d’erreurs et lorsque l’on se retrouve dans des impasses que l’on finit par trouver le truc qui marche et qui fait la différence.

Quelle est en moyenne le temps de mise au point puis de fabrication d’une nouvelle forme ?

Sur des collections existantes que nous faisons évoluer en termes de forme, nous sommes assez rapides, notre intelligence de procédé nous permet d’être très réactifs. Par contre quand une nouvelle envie fait surface, nous pouvons passer plus de deux ans à travailler dessus, mais aussi laisser reposer le projet, le temps aidant à prendre les bonnes décisions et avoir le recul nécessaire pour entrevoir in fine la solution. 

lunettes LUCAS DE STAEL Minotaure Glacier Zeppelin
Modèles Minotaure, Glacier et Zeppelin, Lucas de Staël.

Quel est le mode de diffusion actuel de vos collections et votre positionnement sur un marché ultra-concurrentiel ?

Nous sommes basés dans le XIXe arrondissement à Paris. Nous sommes labellisés Entreprise du Patrimoine Vivant (EPV) depuis quelques années, et cela nous a réellement conforté dans l’intention de prendre le temps de réaliser un produit de qualité. Nos quatre artisans fabriquent ensemble à peu près six lunettes par jour, nous sommes une goutte d’eau dans l’océan de la lunetterie mais heureux de faire un travail soigné et innovant. Nous vendons 80% de notre production à l’export. Nos clients sont des opticiens indépendants ayant le goût du beau produit, mais aussi ayant la clientèle adéquate. Nous sommes présents sur six salons à l’international, et six agents présentent nos montures dans différents pays.

Quelles sont les perspectives de développement et de création de votre entreprise, de nouvelles formes, lignes, couleurs ?

Notre objectif est surtout de fidéliser nos clients qui nous font confiance, et de grandir, doucement mais sûrement. Nous avons du potentiel mais je reste prudent et chaque année reste un défi. Nous présentons chaque année une quinzaine de nouveaux modèles, et un nouveau concept par an. Nos coloris sont suivis pendant des années, nous cherchons surtout à travailler de nouvelles matières.

Parmi vos collections Minotaure, Petrus, Hypnos, Zephyr, Zeppelin, Pégase ou encore l’inattendu Trinocle (objet hybride comprenant loupe, monocle et miroir gainés de cuir) : quelle est la forme la plus plébiscitée par les consommateurs ?

Comme beaucoup de nos confrères, les formes de montures classiques types pantos sont nos meilleures ventes. Mais les volumes sont dépassés dès que nous proposons un concept unique et détonnant, type les Glaciers que nous venons de présenter sur les salons.

Rue de Turenne, vous proposez dans votre espace l’ensemble de vos collections. Quel message souhaitiez-vous faire passer dans ce lieu parisien ?

Nous voulions avoir le fin mot de l’histoire de nos porteurs de montures, comprendre ce qui fonctionne, avoir un retour direct sur nos créations. L’expérience est enrichissante afin de peaufiner nos produits, nous ne sommes ouverts que sur rendez-vous.

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Rédaction Florent Paudeleux

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