Le Pays basque français, terre fertile du cuir

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Sandrine Bordenave dans l’atelier de sa marque de maroquinerie Manufactoum.

Tanneurs, maroquiniers, selliers… Le travail du cuir fait encore vivre de nombreuses entreprises dans le Pays basque français. Leur dénominateur commun ? Avoir su préserver leur savoir-faire tout en s’adaptant au marché actuel. Rencontres dans le sud-ouest.

Le Pays basque, bassin du cuir

Terre de fermiers et d’agriculteurs, le Pays basque français a toujours entretenu la tradition du cuir liée à ses tanneries. « Au 19e siècle, on dénombrait près de 230 tanneurs et mégissiers grâce à la forte présence d’une des essences nécessaires à l’obtention du tannin : le chêne », explique Sandrine Bordenave, créatrice de la marque de maroquinerie Manufactoum à Saint-Jean-de-Luz. Le territoire est réputé pour la qualité de ses produits, aussi bien en maroquinerie qu’en chaussure, notamment à Hasparren. En 1900, environ 2 500 habitants travaillent dans cette industrie qui compte une quinzaine d’usines et 1 300 personnes employés jusque dans les années 1950. Une histoire riche qui prend fin avec une maladie des chênes et la multiplication des importations. Hélas, elles ont raison des usines de chaussures qui ferment tour à tour jusqu’à la fin des années 1980.

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La tannerie Rémy Carriat sélectionne les plus beaux cuirs pour ses clients.

Le cuir en héritage

Pour autant, aujourd’hui, la tradition du cuir persiste. Deux tanneries subsistent et imposent leur savoir-faire. Garat & Fils perpétue depuis six générations le tannage végétal et Marie Hiriart-Carriat, petite-fille du fondateur Rémy Carriat, peut se targuer d’être la seule femme à la tête d’une entreprise de transformation du cuir – la France en compte une quarantaine. « Nous sommes une entreprise avec des savoir-faire importants, nous proposons les plus beaux cuirs qui peuvent être utilisés pour tout et dont nous maîtrisons le traçabilité », confie-t-elle. Au commencement, en 1927, la société œuvre pour la chaussure puis évolue dans l’ameublement dans les années 1980, avant de faire face à un dépôt de bilan. Depuis 1990, l’accessoire – sac à main et ceinture – est un nouveau marché pour Carriat aux côtés de la chaussure, de l’ameublement et de la sellerie, avec un fort développement à l’étranger. « Nous sélectionnons rigoureusement deux types de peaux : taurillons et veaux de buffle du Pakistan, poursuit la dirigeante. Nous avons le souci permanent d’aller de l’avant en proposant de nouveaux coloris, de nouvelles applications (normes Feu, aviation, outdoor). » De quoi pérenniser l’activité.

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Selle de la marque Forestier (Groupe Voltaire) réalisée à la main au Pays basque.

Des selliers à la renommée mondiale

Ces peaux qui portent les marques naturelles de la vie animale – rides, ombrages, plis de graisse – et s’anoblissent au fil du temps sont devenues très prisées des marques de luxe, des maroquiniers, mais aussi des griffes du Pays basque attachées à ce savoir-faire local. En premier lieu les selliers, à l’image du leader international LIM group à qui appartient Devoucoux ou encore son jeune concurrent, le Groupe Voltaire – sept marques dont Forestier, Voltaire Design et Equisense -, fondé en 2010, tous deux installés à Bidart. « Le Pays basque est notre terre de cœur mais aussi le berceau d’un savoir-faire sellier. C’était donc le lieu idéal pour nous développer, explique Brice Goguet, co-fondateur aux côtés d’Olivier Poychicot, le maître-sellier, et Géraldine Gilmas, la designer. Nous travaillons principalement des cuirs de veau et de taurillon. Nos partenaires sont tous en France avec notamment les Tanneries Rémy Carriat, mais aussi Gal (87) et les Tanneries Haas (67). C’est pour bénéficier de tout un écosystème technologique que nous avons fait le choix de nous implanter au cœur de la technopole Izarbel spécialisée dans le domaine du numérique de pointe à Bidart. » Inaugurés en janvier 2017, le siège et l’atelier de fabrication du Groupe Voltaire sont regroupés dans un bâtiment de 2 000 m². Avec 85% de son chiffre d’affaires réalisé à l’export, notamment aux États-Unis, en Angleterre et en Allemagne, la société connaît une croissance continue.

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Boutique Maison Laffargue à Saint-Jean-de-Luz.

Maroquinerie de tradition

Côté maroquinerie, les griffes locales n’ont pour la plupart rien à envier aux grands noms du luxe, à l’image de Maison Laffargue créée en 1890 à Saint-Jean-de-Luz. Plus que centenaire, la marque est aujourd’hui dirigée par Sophie Milas-Laffargue, quatrième génération, qui poursuit le savoir-faire familial. L’idée a été de transposer les colliers de bœuf et leurs clous maillechort, devenus marques de fabrique de la maison, sur des ceintures et des accessoires en cuir. D’abord pour les hommes puis ensuite pour les femmes, les articles séduisent les clientes locales, puis attisent très vite la curiosité de la bourgeoisie qui vient alors à Biarritz en villégiature. Depuis, les gestes sont restés les mêmes. L’atelier historique, mitoyen à la boutique de la rue Gambetta à Saint-Jean-de-Luz, est toujours en service : c’est là que sont notamment fabriqués les articles de petite maroquinerie. Depuis 2017, un second atelier a ouvert à Ascain, à quelques kilomètres de là, où sont confectionnés les sacs et les ceintures. « Tous les articles sont fabriqués à la main au Pays basque de façon artisanale. Les peausseries utilisées, provenant de tanneries françaises, sont sélectionnées attentivement, découpées puis assemblées sur place, explique la dirigeante. Les clous maillechort sont toujours rivés un à un à la main par des artisans minutieux. » La force de Laffargue ? Proposer ses créations historiques mais aussi de nouveaux modèles déclinés dans une large variété de coloris, tandis que plusieurs sont personnalisables à la demande.

Des marques en devenir

D’autres marques plus récentes tirent également leur épingle du jeu comme la maroquinerie Arano fondée par Stéphanie Lieb en 2008. Après trois ans au sein de la Tannerie Rémy Carriat où elle a appris à patiner le cuir, la créatrice s’est formée à la maroquinerie chez un bottier-maroquinier à Bayonne pendant près d’un an avant de se lancer. Tous les cuirs utilisés pour réaliser des cabas, sacs à main et de la petite maroquinerie proviennent des tanneries du Pays basque – Rémy Carriat à Espelette et Garat & Fils à Armendaritz -. Il en va de même pour Manufactoum, marque de maroquinerie haut de gamme lancée en 2009 qui utilise à 90% les cuirs grainés de chez Carriat pour la fabrication de ses sacs et le cuir tanné végétal de chez Garat pour les ceintures. « Il existe une culture de la maroquinerie, des artisans et des tanneurs locaux renommés », raconte sa fondatrice Sandrine Bordenave qui a fait ses classes chez Hermès avant de s’installer au Pays basque. Elle passe par la suite quelques années au sein de la Maison Marguirault à Saint-Jean-de-Luz et se prend de passion pour ce métier artisanal. Mais c’est dans l’entreprise Devoucoux à Biarritz qu’elle se forme à la sellerie. Aujourd’hui, dans sa boutique atelier à Saint-Jean-de-Luz, les clients peuvent observer les gestes nécessaires à la fabrication des sacs et se faire conseiller sur l’entretien du cuir. La relève est là avec des jeunes marques qui poursuivent la tradition du cuir, à l’image de L’Atelier de Clarisse depuis 2011, Manegane fondée 2016 ou encore la Maroquinerie Banka qui innove avec des articles en cuir de truites de Banka, pêchées au cœur de la montagne basque.

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Rédaction Céline Vautard

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