Objets voyageurs
Le Mobilier national a choisi le décor baroque de l’église San Bernardino alle Monache pour présenter son exposition « Paris-Milan : il mobile mobile ». Un titre significatif pour l’ancien garde meuble royal, dont l’une des missions était de transporter un mobilier à la nature itinérante. En 2024, designers et artisans français, soutenus pour leur inventivité, ont accompagné leurs pièces nomades très contemporaines. Tel Éric Benqué, dont la série Traits d’union a rejoint les collections nationales en début d’année. « Elle rappelle le voyage, les accessoires d’écriture », précise le designer, diplômé de l’ENSCI- Les Ateliers. Le bureau/secrétaire et son tabouret/pliant sont le fruit d’une idée originale et d’une mise en œuvre précise : associer le bois et le cuir en s’appuyant sur les qualités intrinsèques à chacun. Les deux meubles, qui passent du plat au volume, se composent exclusivement de panneaux d’érable sycomore et de cuir de vache à tannage végétal. « La construction même est liée à la matière, ajoute Éric Benqué. La souplesse du cuir permet d’articuler les panneaux rigides en bois. Un système d’encoches maintient le cuir en remplaçant les coutures. » Le designer n’est pas à son premier meuble en cuir. Il avait déjà créé, en 2011 pour Hermès, la chaise sellier, déhoussable, « comme une feuille de cuir soutenue par un ruban ». Son nouvel ensemble de « meubles puzzle » est, cette fois, fabriqué par un ébéniste basé en Bourgogne et Selaneuf, sellier tapissier à Ivry-sur-Seine. « L’aventure humaine est essentielle, poursuit Éric Benqué, respectueux du savoir-faire inhérent au bois et au cuir, nobles et durables. Mon mobilier pourrait être composté en fin de vie grâce à ses deux matériaux biodégradables. » À ses côtés dans l’exposition, Lisa Riou est une toute jeune diplômée de l’École Bleue à Paris. Sa lanterne nomade, baptisée Oz, prolonge son travail de fin d’étude. « C’est une source de lumière portative, qui appartient à l’art du voyage, comme peuvent l’être un chandelier ou une torche », explique-t-elle. Une forme atypique, cependant, la caractérise : celle d’une sphère armillaire, instrument de navigation utilisé en astronomie dans les années 1500. Le globe central est en verre soufflé. Il abrite le système lumineux et la batterie. Autour de lui, « gravitent » des ellipses en cuir tanné végétal, « foncé avec un huilage de pied de boeuf », précise la designer. Ces anses sont tendues sur une structure métallique interne qui leur assure tenue et maintien. L’Atelier Lulé les a confectionnées, cousues à la main avec un fil de lin, pour un rendu très naturel ». Lisa Riou a, au préalable, utilisé la 3D, réalisé une maquette. « Les anses de cuir devaient être de taille différente, poursuit-elle. Elles servent de support, permettent de déplacer la source lumineuse. On peut ainsi la poser, la suspendre. » Sa polyvalence très actuelle a d’ailleurs valu à Oz de participer, avant Milan, à l’exposition « Nouvelles tribus, nouveaux usages – Espaces de vie pour Millenials » à la galerieFrench Design by Via à Paris. Ultime détail innovant, un bouton « On/Off » et port usb sont placés dans l’une des anses en cuir pour allumer et recharger Oz !