French Icon #5

Sac Chanel 22 en cuir de veau brillant. Sac Capucines BB en cuir de taurillon, Louis Vuitton.

Nous terminons en beauté cette série d’articles consacrés aux récents succès des accessoires cuir des maisons de luxe « made in France » avec deux it-bags de deux maisons habituées à faire d’un lancement un succès planétaire ! Louis Vuitton et Chanel, sur une grammaire et des codes immuables, ces deux griffes n’aiment rien tant qu’écrire les pages de l’histoire de la mode d’hier, d’aujourd’hui et assurément de demain !

Mini Capucines en cuir de taurillon et python ; Artycapucines par Ugo Rondinone et Daniel Buren, Capucines en taurillon, Louis Vuitton.

Capucines, Louis Vuitton : du Pont Neuf à l’Élysée

Rien de mieux qu’une première dame pour véhiculer et incarner à travers le monde cet esprit français de la mode. Qui a oublié, caricaturé il est vrai parfois à outrance, le sac 2.55 de Chanel de Bernadette Chirac ou le Carlalala, ce sac créé en 2009 par Roger Vivier pour la première dame d’alors, Carla Bruni-Sarkozy. Un rôle mode qu’incarne aujourd’hui Brigitte Macron et sa fidélité aux créations de Nicolas Ghesquière chez Louis Vuitton. Et évidemment dans la panoplie de la première dame, un sac, un incontournable, l’emblématique Capucines, qu’elle arbore dès la passation de pouvoir entre François Hollande et son époux. Un sac dont la valeur interpelle et suscite déjà une première polémique : qu’importe, l’épouse du chef de l’État arborera régulièrement des variantes de ce modèle. Ce sera encore le cas lors de la visite du président américain et de son épouse Melania Trump le 14 juillet 2017. Le retentissement médiatique est tel que la presse s’emballe, des rumeurs circulent : Louis Vuitton songerait à débaptiser son Capucines pour lui donner le nom de la première dame ! La maison démentira, même s’il est fréquent dans les magasins Vuitton d’entendre des clients demander à voir le sac de Brigitte Macron.
Et on comprend que la marque soit attachée à ce nom, puisqu’il est un rappel direct à son histoire. C’est en effet au numéro 4 de la rue Neuve-des-Capucines (rebaptisée en 1881 rue des Capucines) à Paris, que le malletier ouvre, en 1854, son premier magasin sous la dénomination de layetier-emballeur. Ce modèle, lancé en 2013, se veut la réponse à la stratégie commerciale de la marque souhaitant renforcer son offre de sacs en cuir, Vuitton réalisant jusqu’alors l’essentiel de son chiffre d’affaires avec ses articles en toile enduite, particulièrement la toile Monogram. La marque affirme ainsi son désir de proposer une offre de sac de luxe équivalente en termes de prix à celle de ses concurrents tel que Hermès. Dès son lancement, et bien avant sa popularisation par Brigitte Macron, ce succès commercial donne lieu à de nombreuses ruptures de stocks dans les boutiques du malletier. Initialement proposé dans des peaux de taurillons au grain affirmé mais rigoureusement sélectionnées, il est doublé de veau lisse ; sa poignée est semi-rigide et fixée sur deux anneaux façon bijou aux reliefs cloutés, comme un rappel des clous que l’on trouve sur les malles. Il est également possible d’y fixer une bandoulière. Un design soigné et élégant, aux multiples détails. Il peut être porté de deux façons : avec son rabat à l’extérieur révélant une fleur de Monogram, ou à l’intérieur, laissant apparaître les initiales LV gainées de cuir. Véritable hommage au savoir-faire des maroquiniers de la maison, ce n’est pas moins de 250 opérations qui sont nécessaires à la fabrication d’un exemplaire, de la découpe du cuir jusqu’aux quatre couches de teinture sur les tranches pour un lissé parfait. C’est ainsi qu’en très peu de temps finalement, le Capucines s’est fait un nom au sein de la maison ; il est désormais l’une des valeurs sûres de la marque, au côté des modèles historiques tel que le Speedy, Keepall, l’Alma ou autre Neverfull…
Prétexte aux expérimentations les plus excentriques, on pense à cette couleur en dégradée sur taurillon, à ces marqueteries graphiques de fourrures de couleurs, des peaux exotiques métallisées rutilantes… Il est l’objet d’un programme de création dédié : les collections Artycapucines, le malletier perpétuant ainsi son lien avec le monde de l’art contemporain. Depuis 2018, chaque année, Vuitton confie à de grandes signatures son modèle phare, afin que ces plasticiens, architectes, designers…réinventent ce modèle emblématique dans des éditions limitées et numérotées. Ainsi éditions après éditions, ce sont Daniel Buren, Kennedy Yanko, Peter Marino, Ugo Rondinone, Amélie Bertrand, Park Seo-bo, Gregor Hildebrandt, Donna Huanca, Huang Yuxing, Vik Muniz, Paola Pivi et Zeng Fanzhi…qui ont, parmi beaucoup d’autres, été invités par la maison à imaginer leur version du Capucines. Des éditions limitées qui font le délice des collectionneurs et qu’il n’est pas rare de voir s’envoler dans les salles de ventes aux enchères lors de ventes thématiques.

Chanel 22 en veau brillant et Chanel 22 en jacquard de cachemire, Chanel.

Le 22, Chanel : le grand numéro !

Gros quotient de coolitude pour ce modèle Chanel, urbain, tout souple, tout mou. Rien de guindé dans cette création, il est le compagnon des filles les plus en vues du moment, telles que l’actrice Whitney Peak, les actrices et mannequins Margaret Qualley et Lily-Rose Depp, la chanteuse de K-pop Kennie, ces dernières étant choisies par la maison de la rue Cambon pour être l’incarnation cosmopolite de ce modèle.
Baptisé du numéro de l’année de son lancement, 2022, c’est aussi l’une des toutes premières créations maroquinerie orchestrées par Virginie Viard, qui succède à Karl Lagerfeld disparu en 2019. Les éléments d’identifications Chanel sont bien là : la bandoulière en chaîne métal et cuir, les lettres Chanel en métal doré, la breloque médaille avec le double C entrelacé, et une réinterprétation de la proportion du matelassage Chanel, autant d’éléments qui inscrivent ce nouveau modèle dans la longue histoire des sacs emblématiques de Chanel. C’est aussi, une création fidèle à l’esprit de Mademoiselle qui, selon l’adage, libéra la femme. L’accessoire de mode, le sac plus particulièrement, étant une des composantes de cette « libération », pratique, comme le 2.55 pensé par Coco pour son confort personnel. Le 22, lui aussi, libère les mains des femmes avec son porté bandoulière, en veau brillant matelassé, lui aussi emprunte aux hommes le matelassage de leurs gilets de polos, dans sa version cuir et tweed. Il est comme une citation de l’incontournable tailleur de la maison, vêtement révolutionnaire s’il en est lors de son lancement en 1956. Au gré des thématiques des collections de prêt-à-porter, saisons après saisons, il se colore, se réinvente, veau argenté ou veau imprimé camélia, tweed ou cachemire, version mini ou maxi…
Une histoire de numéro gagnant, comme souvent chez Chanel, ce sont les chiffres et les nombres qui sont autant de codes et d’entrées pour comprendre l’histoire de la marque qui donne son nom à une création. Ainsi ce sac 22 (N°22 c’est aussi le nom d’un des jus de la marque variation du N°5 lancé en 1922) prendra place dans les placards des modeuses, au côté d’un sac 2.55 ou d’un sac 19, d’un flacon de N°5, N°18, de N°19, de 1932, ou encore d’un tube de rouge à lèvres N°31…

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Rédaction Florent Paudeleux

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