Damien Béal, l’artisan créateur qui fait cuir de tout bois

Damien Béal artisan cuir bois
L’artisan menuisier Damien Béal, formé chez les Compagnons du Devoir, s’est fait connaître avec une ligne de maroquinerie hors norme, alliant cuir et bois – Photo © DBB.

C’est depuis son atelier de Versailles, héritière d’un riche patrimoine, que Damien Béal revisite avec audace les objets du quotidien en y intégrant le bois, sa matière de prédilection. Touche-à-tout, l’artisan menuisier, formé chez les Compagnons du Devoir, s’est fait connaître avec une ligne de maroquinerie hors norme, alliant cuir et bois. Rencontre.

Pouvez-vous vous présenter ?

J’ai commencé à 14 ans ma formation en menuiserie-agencement à Paris. À 17 ans j’ai rejoint les Compagnons du Devoir et fait le tour de France durant quatre années. Après un début de carrière en tant qu’artisan menuisier traditionnel, j’ai commencé à proposer mes propres créations de mobilier, luminaires et objets de décoration que je commercialisais dans ma boutique à Versailles. C’est d’ailleurs là que sont nés certains objets que je propose encore aujourd’hui même s’ils ont évolué au cours de la décennie, comme la mangeoire pour oiseaux ou le vélo en bois. 

Où sommes-nous ici ?

Je suis installé au sein des Carrés Saint-Louis à Versailles, depuis septembre dernier. Les maisonnettes pittoresques construites sous Louis XV ont été converties en ateliers au rez-de-chaussée et en habitations à l’étage. Ce lieu protégé au titre des monuments historiques est doté d’un charme d’antan qui se prête bien à mon activité. Entre atelier et boutique, le cadre de travail est agréable et lumineux. 

Comment en êtes-vous venu à la création d’accessoires ?

Un jour mon amie Erica Stefani, qui est mosaïste, me commande un sac en bois pour un défilé de mode à Genève. Je réalise alors un sac en chêne dans lequel elle a incrusté ses mosaïques. Cela pique ma curiosité et je commence à travailler sur un prototype de sac en bois et feutrine. Je découvre un nouveau terrain de jeu avec une liberté totale, laissant libre cours à ma créativité. Je développe des sacs de différentes formes que je vends dans une boutique éphémère fin 2014. L’idée plaît et les ventes se multiplient. Dès lors je me consacre à cette activité sous ma marque éponyme, adhérente aux Ateliers d’Art de France

Comment vous définiriez-vous ?

Beaucoup de personnes me connaissent à travers mes sacs et pensent logiquement que je suis maroquinier alors que jusqu’à présent j’ai passé plus de temps à travailler le bois. Néanmoins, mon activité principale a basculé sur la fabrication de sacs en bois et cuir (90 % des ventes), au design singulier et intemporel, identifiables par trois points de couture bleu-blanc-rouge. Je reste menuisier avec une approche très personnelle dans l’exercice du métier de maroquinier. Je me considère plutôt comme un artisan qualifié. J’ai commencé un métier artisanal à 14 ans, cela fait près de 20 ans que ma matière de prédilection est le bois, même si je la travaille un peu moins aujourd’hui et cela me manque. Mais je ne me cantonne pas à ce matériau. Je suis un artisan du bois mais aussi du cuir et peut-être demain d’une autre matière tel que le laiton. Je ne me fixe aucune limite si ce n’est des contraintes de prix afin de rester accessible. 

Qu’est-ce qui vous inspire ?

Actuellement je collabore avec l’artiste plasticienne Melle Terite et le street artiste Monsta. Nous revisitons mon sac à dos en cuir et bois Le Porteur en blanc afin de faire ressortir au mieux les illustrations. L’an dernier, avec Citroën, nous avons imaginé une bagagerie spécialement conçue pour le concept car électrique Ami One Concept. Le sac à dos, dimensionné pour le rangement situé devant le passager, le cabas et le sac de voyage cylindrique ont été présentés lors du Salon de l’Automobile de Genève. J’ai également exploré l’art du tatouage avec L’Artisan Tatoueur et les multiples possibilités de la laine avec Made in Town à travers son projet Tricolor, valorisant l’ensemble des acteurs des filières lainières françaises en habillant mon cabas Le Myro de laine des Pyrénées, cuir et bois. Riches d’échanges humains et de partage de valeurs, ces capsules génèrent de la visibilité à la marque. Mais au-delà, c’est un moyen de s’autoriser à élargir le champ de la création et des possibles, découvrir de nouveaux environnements, d’autres contraintes. 

Comment abordez-vous ces différents univers ?

« Touche-à-tout manuel, j’ai toujours confectionné divers objets, d’abord enfant avec les moyens du bord, puis durant plusieurs années j’ai réalisé des décors pour la troupe de théâtre de mon frère, des accessoires, des costumes… Quand on possède un savoir-faire, on peut le décliner sur différents supports. C’est ce que j’expérimentais déjà chez les Compagnons du Devoir en me rendant dans les ateliers des tapissiers, plâtriers… Je ne suis pas issu du milieu de la maroquinerie donc pour être remarqué, je devais me distinguer tout en respectant les codes d’un sac, notamment la couture. Mais quelle solution technique trouver pour coudre le bois ? Comment assembler le cuir sur ce type de matériau ? »

Qu’avez-vous appris au contact du cuir ?

« J’ai développé ma propre technique de couture et mes pièces de bois, notamment sur les bons conseils de la maison Chadefaux à Paris, mon fournisseur de cuirs. L’assemblage du bois et du cuir est réalisé à la main avec une couture point sellier. Travailler le cuir et le bois présente des similitudes : une certaine tenue, une rigidité, un volume… J’ai découvert à travers le cuir une matière très agréable à travailler avec laquelle il est possible de créer rapidement avec peu d’outils. Le bois, c’est plus physique, cela nécessite plus de matériel. Mais ces deux matériaux ont un lien. Par exemple en maroquinerie on utilise un couteau à parer, en menuiserie un ciseau à bois et ils peuvent servir à la même chose. »

Que pouvez-vous nous dire de vos fournisseurs ?

« Je travaille 16 coloris de cuirs épais afin que le sac conserve sa forme. Les peaux (partie collet, plus précisément) proviennent de vaches normandes ou bretonnes et le traitement aux tannins végétaux est réalisé par des tanneries italiennes. Le bois de bouleau, d’origine Finlande, est usiné près de Nantes. Et pour la bouclerie, je me fournis à la fois à Paris (NDLR – les pontets ou accessoires de fermeture en forme d’arche, certaines boucles et les pieds de sacs viennent de chez Poursin) et en Italie. »

sac Bouliste Damien Béal
Sacoche Le Bouliste pour boules de pétanque en cuir pleine fleur tanné végétal coloris vert olive et chocolat et bois de bouleau verni, bouclerie robuste en laiton, 175€ - Photo © DBB.

Comment vous attachez-vous à valoriser l’artisanat ?

Le parti-pris d’ouvrir l’atelier en vitrine contribue à valoriser les gestes et au final le produit. Lorsqu’ils entrent dans l’atelier, mes clients sentent immédiatement l’odeur du cuir, peuvent voir les peaux, apprécier leur qualité… Certains découvrent ce qu’est le cuir, la patine… Ils sont curieux et prennent conscience du temps nécessaire pour confectionner ce type de produits et plus globalement pour devenir artisan d’art. C’est ce que j’essaie de transmettre aux stagiaires et aux personnes en reconversion que je forme. S’engager dans un métier qui a du sens est valorisant mais pas si simple.

Comment conciliez-vous artisanat et réalité commerciale ?

Avec Karen, ma compagne qui me seconde, nous avons participé en janvier à notre 5e édition de Maison&Objet, le salon qui a permis à la marque de passer un cap et de s’implanter à l’étranger. Nous exposons également lors d’événements en lien avec le design et les métiers d’art telle la biennale Émergences à Pantin ou encore Révélations au Grand Palais à Paris. Aujourd’hui 40 % de notre chiffre d’affaires est réalisé en boutiques, dont 30 % à l’international, principalement en Asie. Au Japon nous sommes représentés à Kobé et par Bazar & Garde-manger à Tokyo. En France la marque est commercialisée dans des concept-stores mode et/ou design tels Empreintes ou Louise à Paris, CQFD à Avignon …

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Rédaction Laëtitia Blin

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