Cuir statut

Montana prêt à porter printemps été 1988
Prêt-à-porter printemps-été 1988, Montana.

Regard sur l’influence de Claude Montana (1947-2024) et des années 80, côté cuir…

Cuir, très cuir…

Je me souviens, Paris, la semaine des défilés, collections prêt-à-porter du printemps-été 2003 (il y a plus de vingt ans…). Et ce jour-là, ce dimanche 6 octobre 2002, carton d’invitation dans la poche, en réalité un morceau de cuir sérigraphié, au Carrousel du Louvre (encore à cette époque l’épicentre des fashion weeks parisiennes). L’événement, c’est la remise en orbite, la renaissance, la redécouverte d’une des marques les plus emblématique de l’histoire de la mode contemporaine, celle de Montana.
Un nouveau chapitre, et un nouveau créateur à la manœuvre, Stéphane Parmentier, pour une griffe qui est alors un peu sortie des radars mode. Un défilé qui oscillera entre devoir de mémoire et proposition d’une toute nouvelle vision de la femme Montana. Le dossier de presse annonce la couleur : le blanc immaculé, mais surtout le fameux bleu Montana, qualifié « de symbolique, néoclassique »… Matériau de prédilection de Claude Montana, le cuir est omniprésent. Toujours dans ce même dossier on peut lire : « cuir, très cuir, daim, galuchat, serpent de mer ». Et ainsi se succèderont sur ce podium, des citations, des réminiscences de ces conquérantes des « années Palace ». Des silhouettes signatures, lignes acérées, tailles de guêpes et épaules carrées, griffées Montana. Les essentiels, les fondamentaux de la grammaire du style du couturier récemment disparu (le 23 février 2024) se conjuguaient de nouveau au présent. Repensées dans ce défilé, les mêmes silhouettes architecturées empruntant aux uniformes militaires leurs carrures d’épaules, bombers d’aviateurs version couture, combinaisons, perfectos, un pas décidé et des gestes ne laissant transparaître la moindre faiblesse, la femme Montana est prête à affronter ce siècle alors encore naissant.

Power dressing

Et c’est peut-être, plus qu’aucun autre, que Montana aura su s’accaparer l’évocation de force, de glamour, de réussite mais aussi de luxe ambigu et mystérieux que véhicule sa « matière passion », le cuir. Claude Montana, d’ailleurs avant le lancement de sa propre marque travaillera pour la marque Mac Douglas, puis collaborera de longues années avec le fabricant Ideal Cuir… Ce créateur, promenant sa dégaine reconnaissable entre toutes, cheveux blonds, blouson de bombardier et ineffable pantalon de motard, aura été, tant pour sa griffe que pour Lanvin, dont il signera les collections Haute Couture entre 1990 et 1992, l’ambassadeur de ce « power dressing » des années fric et choc que sont ces années 80 !

Working girl !

Des « amures de séduction massive » pour ces femmes actives et urbaines, modèles de réussite dans cette décennie, « les années créateurs », et dont la matière cuir signe les looks les plus emblématiques, ceux de Montana bien sûr, mais aussi Jean Paul Gaultier, Azzedine Alaïa, Thierry Mugler… Chez ce dernier, le cuir se fait franchement sexy. Mugler transforme les femmes en héroïnes, il emprunte au vestiaire fétichiste cette obsession pour ce cuir seconde peau. Glamour poussé à l’extrême, ces femmes fatales et inaccessibles sont corsetées de cuir vernis. Ou bien, dans des visions oniriques et futuristes, elles sont vêtues de bombers, manteaux de cuir, combinaisons de spationautes… cuir fantasme ! Pour Alaïa, la silhouette, comme le cuir, est prétexte à sculpture, lignes architecturales, l’agneau plongé de ses tailleurs se mue en un vêtement aux lignes tracées au cordeau, carapaces pour frondeuses… cuir bolide ! Plus glamour, mais tout autant au service des femmes et de leur séduction, la mode proposée par Chantal Thomass. Si la créatrice reste la référence de la lingerie glamour, elle propose dans les années 80 tout un vestiaire pour habiller ses « dessous chics », et là aussi, sur son podium, le cuir est omniprésent, des tailleurs, des combinaisons, des bustiers pigeonnants, des total looks cuir, au service d’une féminité affichée et même revendiquée…cuir slogan !

prêt à porter automne hiver 2004 Hermès Jean Paul Gaultier
Prêt-à-porter, automne-hiver 2004-05, Hermès par Jean-Paul Gaultier.

Amazones

Jean Paul Gaultier, s’est toujours intéressé à cette matière cuir, à ses symboliques, il en jouera et déjouera les codes au gré de ses collections. Ainsi perfecto de punks cloutés, blouson de biker (des pièces présentes dès sa première collection au printemps-été 1977), et qu’il n’aura de cesse de réinventer, ces vêtements empruntés à la rue côtoieront tantôt l’artisanat, tantôt les vêtements traditionnels de la Mongolie, la corseterie, la couture et cette idée du luxe à la française, mais toujours travaillé avec ce second degré et cet esprit aussi irrévérencieux que malicieux. Chez Gaultier, le cuir est prétexte à détournement et télescopages. Une façon de faire qui se vérifiera une nouvelle fois des décennies plus tard, lorsque l’éternel « enfant terrible de la mode » prendra en 2004 et ce, durant sept ans, les rênes du prêt-à-porter féminin Hermès, fleuron du luxe français, dont le cuir constitue le cœur de métier. Là encore Gaultier désacralise et déboulonne les totems, comme lors de sa première collection pour la marque, l’automne-hiver 2004-2005, où il imagine, porté sur un jodhpur et bottes de cavalier, cette pièce (instagrammable avant l’heure…) mix de deux icones, hybride cuir ultra-luxe, « en mode glamazone », né de la rencontre d’un corset Gaultier et d’un sac Kelly, l’incontournable it-bag du sellier. Autre collection Hermès (prêt-à-porter automne-hiver 2010-2011), c’est toute la symbolique « rétro-pop-un-brin-fétichiste » de l’héroïne sexy moulée de cuir noir de « Chapeau melon et bottes de cuir », Emma Peel, que Gaultier invite dans la maison de la rue du Faubourg Saint-Honoré, qui n’en attendait certainement pas tant ! Et toujours se vérifie ce goût du décalage et de la transgression que permet le matériau cuir…
Alaïa, Gaultier, Mugler, Montana… autant de noms incontournables de ces années 80, et une approche du cuir qui n’aura de cesse d’influencer, d’infuser le travail de créateurs encore aujourd’hui. Des références qui assurent aussi la pérennité de cette imagerie multiple du cuir, tour à tour synonyme d’allure, de luxe intemporel, de classique, rassurant et gage d’élégance, mais aussi évocateur de force, un peu « bad-boy », quelque chose aussi qui emmêle virilité et sensualité, provocations et audaces, des histoires !

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Rédaction Florent Paudeleux

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