Cuir de thon Pantuna® :
une nouvelle matière singulière issue des coproduits de la mer

Pantuna® est la marque déposée du premier cuir de thon
Pantuna® est la marque déposée du premier cuir de thon en exclusivité mondiale.

Pantuna® est la marque déposée du premier cuir de thon en exclusivité mondiale. Lancé en septembre 2018, après deux années de recherches et développement, il offre une matière unique aux acteurs de la mode et de la décoration intérieure. Né d’un rapprochement entre le Groupe Barba, transformateur de produits de la mer et la Mégisserie de la Molière, habités par la volonté de valoriser les coproduits de la mer suivant une méthode de tannage traditionnelle et de grande qualité, le cuir de thon garantit une traçabilité totale et promet une grande variété d’usages. À l’occasion du salon Première Vision Leather, nous avons rencontré le trio fondateur, Hervé Barba et Carole Klein, Directeur Général et Responsable Marketing & Communication du Groupe Barba aux côtés de François Roques, Dirigeant de la Mégisserie de la Molière.

En tant qu’entreprise transformatrice de thon, pouvez-vous nous en dire plus sur les pratiques qui encadrent la pêcherie thonière ?

Carole Klein : Depuis 2016, le cahier des charges de notre groupe exige de nos fournisseurs la non utilisation des DCP (Dispositif de Concentration de Poissons). Décriée à juste titre, cette pratique favorise la pêche de poissons juvéniles, avant même qu’ils aient pu se reproduire, avec les conséquences dramatiques que l’on connaît en matière de ressources. Quand on pêche à la ligne ou à la palanque, on minimise les risques d’attraper les poissons juvéniles qui se retrouvent dans les mailles du filet des géants de l’industrie donc il faut bien faire le distinguo. Nous travaillons uniquement avec ce type de fournisseurs, sur le poisson entier, sauvage, ayant déjà une certaine taille, essentiellement pour le marché de la restauration japonaise, qui n’a rien à voir avec la conserverie. Nous sommes vraiment sur des produits de qualité et d’aucune manière les poissons ne sont pêchés que pour leurs peaux. Si nous nous attachons à la valorisation de nos coproduits c’est bien parce que nous sommes attentifs à nos ressources, issues d’un mode de pêche respectueux certifié MSC (Marine Stewardship Council), référentiel pour les consommateurs soucieux de l’impact environnemental de leur alimentation. Si, dans l’esprit du consommateur le thon peut être perçu comme une espèce menacée dans sa globalité, ce n’est pas toujours le cas. Grâce à la mise en place de quotas, comme par exemple pour le thon rouge de Méditerranée, les ressources se sont régénérées jusqu’à atteindre des niveaux supérieurs à ceux des années 70.

François Roques : Quand on sait qu’à l’heure actuelle 70% des poissons pêchés ne sont pas consommés parce qu’ils sont, soit trop petits, soit abîmés, traçabilité et protections s’imposent. C’est pourquoi la pêche des thons albacore a été suspendue aux Maldives. L’industrie alimentaire est en mesure de tracer l’origine de chaque poisson : bateau, lieu et instant de pêche. En fin de chaîne, nous récupérons les peaux, déchets de cette industrie.

Comment en êtes-vous venus à vous associer pour donner naissance au Pantuna® ?

Hervé Barba : Notre entreprise a cette volonté d’aller au bout de sa démarche en valorisant les peaux de poissons. Nous avons alors étudié les possibilités de tannage et de destination produits. Une connaissance commune nous a mis en relation avec François Roques à qui l’on a confié le projet et il s’est pris au jeu. François est un expert métier passionné qui a su nous transmettre son savoir. La proximité de nos entreprises, basées toutes deux en Occitanie, à 150 km à peine l’une de l’autre, a joué en faveur du projet et les premiers tests ont démarré fin 2016. Nous avons découvert un autre univers et beaucoup échangé sur nos sources d’approvisionnement, notre manière de découper et sur tout un ensemble de détails qui nous a permis d’améliorer la méthode de séparation des peaux de la chair. Du coup, après deux années passées à faire des tests, on arrive à avoir un produit concluant.

François Roques : L’origine du projet s’attache à la valorisation d’un produit noble, sauvage et organique. Car ce que la nature a fait, l’homme n’a jamais pu le faire aussi bien. Nous sommes les seuls au monde à proposer du cuir de thon. C’est un produit très particulier, qui nécessite une méthode de tannage spécifique, avec les contraintes d’approvisionnement et de logistique.

cuir de thon Pantuna
Coproduits de la mer, les peaux de thon sont valorisées, suivant une méthode de tannage traditionnelle et de grande qualité.

Quelles sont ces spécificités ?

Carole Klein : Le thon est un animal sauvage qui navigue dans les océans et a une peau bien costaud, à priori bien adaptée pour le cuir. Ce dernier est particulièrement intéressant à développer dans le sens où l’on valorise une ressource existante, faite en France, quitte à passer du temps en mise au point. Avec François, nous avons une démarche conjointe et complémentaire. Au départ, il était surpris d’avoir plus de mal à tanner la partie inférieure du poisson, alors que cela me semblait tout à fait normal sachant que c’est la zone où il y a le plus de graisse et donc la plus difficile à faire sécher. C’est un vrai travail d’équipe qui nécessite d’apporter des améliorations constantes.

Hervé Barba : En septembre dernier, nous avons présenté pour la première fois le produit à l’occasion du salon Première Vision Leather avec François, sur le stand de la Mégisserie de la Molière. Nous avions quelques échantillons, certes pas aussi aboutis qu’aujourd’hui, mais cela nous a permis de tester l’intérêt pour le cuir de thon, et de mettre à profit les retours et remarques constructives pour faire des ajustements. En quelques mois, nous avons réussi à pallier les petits problèmes que l’on rencontrait au départ.

François Roques : Nous allons de surprises en surprises dans ce métier, c’est de la chimie et de la cuisine ! Je pensais que le thon était un poisson à la peau lisse et me suis aperçu que derrière cette peau lisse, il y a une seconde peau avec des écailles très serrées et très grosses. D’un côté elle est très fine, de l’autre très épaisse, la fibre est très métissée et résistante. Le thon est une espèce millénaire, qui a connu des évolutions. C’est aussi l’un des nageurs les plus rapides au monde à la morphologie aérodynamique parfaite ! Sa nageoire caudale se rabat de manière incrustée dans la peau. Lors du processus de tannage, on arrive à percevoir l’endroit où elle se rabat, c’est fou !
Bien que notre métier demeure très manuel, d’un point de vue outils de production, nous avons dû trouver le parfait réglage des vitesses de rotation des foulons. Nous en sommes aux balbutiements si nous pensons à une industrialisation en plus grande série, mais pouvons tout à fait commencer déjà à livrer des petites quantités. D’ailleurs, nous allons participer au salon de la reliure à Graulhet en collaboration avec un relieur qui souhaite réaliser des incrustations.

cuir de thon Pantuna
Le cuir de thon offre de multiples débouchés : maroquinerie, prêt-à-porter, et peut faire l’objet aussi bien du tannage végétal que minéral.

À quels segments de marché se destine le Pantuna® ?

François Roques : Nous travaillons le Pantuna® en tannage végétal comme minéral, en finition lavable et même en parchemin. Toutes les techniques que l’on applique sur les autres types de cuirs sont adaptables aux peaux de thon.

Hervé Barba : Le cuir de thon offre de multiples débouchés : maroquinerie, prêt-à-porter, et peut faire l’objet aussi bien du tannage végétal que minéral, l’objectif étant de favoriser le tannage végétal. En matière de prêtant, on peut obtenir du très rigide comme du très souple avec un tannage végétal.

François Roques : Pour être plus précis, ce cuir se prête particulièrement bien au bracelet de montre et à la petite maroquinerie jusqu’aux étuis de téléphones. On peut également le tresser, ou en faire des chaussures. Nous avons réalisé une paire d’escarpins, la peau ne s’est pas déchirée, alors que la personne qui l’a faite n’avait pas fait de réglage particulier au préalable sur ses machines, n’ayant jamais travaillé ce type de peau. Pour autant cela s’est bien passé. Nous allons prochainement patiner cette paire, pour inviter nos clients potentiels à se projeter sur un autre type de finition. Des acteurs de l’horlogerie de luxe de plongée s’y intéressent de près, sachant que nous pouvons faire du cuir résistant à l’eau. Nous avons de la demande également pour le vêtement, donc des cuirs plus souples, notamment de la part de sociétés de mode positionnées sur le milieu de la mer. L’idée serait, sur un vêtement marin type Saint James, d’apposer un empiècement, un liseré ou une étiquette de Pantuna® en incrustation. D’autant plus que notre produit est lavable à l’eau, en programme laine. Nous pouvons lui apporter différentes propriétés physiques selon l’usage qui en sera fait. Nous souhaitons laisser libre court aux designers et nous adapterons la méthode de tannage, la technicité, la force, la souplesse, le prêtant, le toucher, c’est notre métier. Si la nouveauté et la rareté suscitent l’engouement, il est évident qu’on ne va pas tous avoir demain une paire de chaussures en Pantuna® et que ce produit se destine à un consommateur averti. Certaines personnes nous ont demandé si l’on pêchait le thon pour sa peau. Nous avons aussi un travail de pédagogie à faire.

Et comment vous positionnez-vous côté prix ?

Hervé Barba : Nous ne pouvons pas comparer le Pantuna® avec un cuir issu d’un autre animal. C’est un cuir unique dans la mesure où l’on ne peut pas reproduire deux fois la même peau et que l’on souhaite conserver les effets de la robe du poisson qui varient d’un spécimen à l’autre. On pourrait supposer que ce cuir n’est pas coûteux car issu d’une coproduction, mais il exige beaucoup de travail de préparation pour que le tanneur puisse faire son métier dans de bonnes conditions afin d’en faire un produit fini de qualité.

François Roques : Pour les peaux les plus grandes, qui mesurent 2 pieds carrés et demi, nous sommes sur une base en-dessous de 35€ la peau. D’un point de vue qualité-prix, c’est juste.

LE GROUPE BARBA EN QUELQUES MOTS

Le Groupe Barba est un groupe industriel international qui transforme le thon pour l’industrie agro-alimentaire. Leur usine et siège social de Villeneuve-les-Béziers, dédient 6000 m² à la transformation des thons et espadons tandis que les 3000m² de leur unité de production à Barcelone concentrent la transformation de céphalopodes en vue de les distribuer sur le marché européen. Toute la logistique se fait au départ de Villeneuve-les-Béziers, comptant la majorité des effectifs – soit 80 personnes – y compris les produits émis par l’unité de Barcelone – employant 25 personnes -.
Le groupe génère 43 millions d’euros de chiffre d’affaires sur trois familles de produits : thons, espadons, céphalopodes. 80% des ventes sont réalisées en France. Les 20% restant en Europe : Danemark, République Tchèque, Italie, Espagne, Suisse, Allemagne, Angleterre…

Rédaction Juliette Sebille
Photos © Corinne Jamet

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Les Portes du Cuir : 27-29 Sept.19

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