Entre tensions politiques et économiques, urgences écologiques et mutations des modèles de distribution, l’heure est au bilan. Nous avons décrypté avec l’aide d’experts 10 points clés qui sont au cœur de la société et de la consommation et représentent les enjeux de demain.
1/Nouveaux modèles identitaires
« No gender, gender fluid ou gender neutral », ces nouveaux termes désignent une jeunesse décomplexée ? libre avec son corps et son identité, principalement les Millennials, qui brouillent les pistes et questionnent les genres.
Dans les faits, les marques créent de plus en plus de ponts entre les collections homme et femme et certaines les font défiler ensemble (Gucci, Balenciaga …). La jeune création mise de plus en plus sur des lignes unisexes (Ludovic de Saint Sernin, Matthew Adams Dolan, Doublet…). On assiste à l’arrivée de nouvelles marques de cosmétiques non genrées dites « gender neutral beauty » (Jecca, Panacea, Asarai). En parallèle, les égéries transgenres s’affirment et deviennent les nouveaux canons de beauté (Inès Rau, égérie de Balmain ou encore Krow et Jessica Espinoza qui célèbrent le gender fluid dans la collection Louis Vuitton printemps-été 2019). En rayon, certains magasins s’inscrivent dans cette tendance. Ainsi à Paris, Le Bon Marché propose « Le vestiaire volé aux hommes ». Au premier étage de la mode femme : des labels masculins (AMI, Raf Simons, Officine Générale, OAMC) y présentent leurs pièces phares dans des tailles adaptées aux femmes. Balibaris a également sorti une capsule baptisée Neutral Collection. Dernière actualité : H&M et Eytys s’associent pour une collection unisexe de chaussures, vêtements et accessoires qui sera en vente dès le 24 janvier. « Aujourd’hui se définir par son appartenance à un genre, une génération, une culture ou une catégorie socio-professionnelle apparaît comme trop clivant, décrypte Emma Fric, Directrice Recherches et Prospective au sein de l’agence Peclers Paris. Tel un héros romantique, l’individu se tourne désormais vers une notion d’identité dynamique et mutante qui transcende l’appartenance traditionnelle au masculin ou au féminin pour mieux élaborer librement son propre genre entre ressenti intérieur (le corps, la psyché) et expériences extérieures (la culture, le rapport à autrui). Plus largement, cette évolution de l’identité vers une vision plurielle et dynamique du soi entraîne une profonde mutation des rituels de séduction et des formes sociales que l’on donne aux relations sexuelles ou amoureuses.»
2/La force du collectif
Coworking, coliving, plateformes de financement participatives et collectifs de créateurs ou d’artistes. Depuis quelques saisons, les jeunes générations s’organisent pour mutualiser forces et savoir-faire. Représentatif d’une nouvelle façon de vivre, de penser et de concevoir les choses, le phénomène a pris de l’ampleur et donne naissance à de nouveaux business models. « L’économie collaborative, qui est celle du partage, est rentrée dans les mœurs et a eu de vrais effets, rappelle Alexandra Jubé, fondatrice du bureau de stratégie de marque éponyme. Les marques ont bien compris que l’addition de talents peut apporter le succès ; comme le montrent les nombreuses collaborations qui se font. Mais aujourd’hui, elle prouve aussi qu’elle peut être la voix de la contestation avec des mouvements comme #metoo. »
Dans la mode, les créateurs bénéficient aussi de ces effets et se sentent moins seuls. Grâce à l’Atelier Meraki, mis en place par Shérif Sy en 2015, des success stories sont nées comme celles de Rezin ou Pied de Biche. Dans cet incubateur parisien, on accompagne les jeunes talents à toutes les étapes de leur projet. Même envie pour Face to Face imaginé par Marianna Szeib-Simon. À la fois, organisateur d’évènements, boutique en ligne et conseiller, la structure vise à « (ré)humaniser l’expérience shopping pour revenir à de véritables échanges et surtout faire naître des collaborations, pour grandir et s’enrichir mutuellement », dixit la fondatrice.
Idem pour les plateformes de financement participatif comme Ulule. Cette dernière contribue au lancement de nombreux labels comme dernièrement la marque de maroquinerie Louvreuse. De vrais tremplins donc, repérés depuis peu par les salons professionnels comme Who’s Next qui leur octroient des espaces pour mettre en lumière ces collectifs plein d’imagination. « Cette nouvelle approche permet aux consommateurs de s’impliquer, de se sentir proches d’une marque et de rendre la mode plus humaine », poursuit Alexandra Jubé. Le collaboratif au service de toutes les causes ? Même le Made in France profite de ces bénéfices. L’an passé, le projet La Rue du Made in France a transformé la rue de Vertbois (3ème) à Paris en annexe de la création hexagonale avec la location de 22 espaces commerciaux. Une véritable réussite qui devrait être reconduite en 2019.