Sofia Shazak fait renaître le Shallang
La sellière d’art Sofia Shazak transforme le cuir grâce aux techniques d’harnachement qu’elle explore depuis une dizaine d’années. ...
Quand se noue et se dénoue sur la scène internationale l’avenir du monde, la mode avec son lot de frivolités et (d’apparente) insouciance se mue alors en une salvatrice échappatoire. Sur les catwalks, les femmes y sont libres et triomphantes, glamour et conquérantes, héroïnes de ces histoires de longueurs, de couleurs et de matières, qui prennent forme dans l’imaginaire d’une nouvelle génération de créatifs. Cet hiver encore, la matière cuir joue les premiers rôles, de Paris à New York, de Londres à Milan, la mode n’aime rien tant qu’exporter, faire se décaler, se télescoper archétypes et stéréotypes, silhouettes signatures immédiatement identifiables ou propositions plus alternatives, le cuir accompagne les gestes et indubitablement définit bien des allures…
Urbaine et sophistiquée, parée pour toutes les occasions, sur les podiums outre-Atlantique, le cuir est la matière qui marque les esprits, femme fatale comme une seconde peau chez Laquan Smith, même esprit avec ces manteaux en cuir vernis ou aspect vernis chez Tory Burch et Michael Kors. Chez Calvin Klein, c’est une vision et un usage plus dépouillé de la matière, sensuel mais subtil, séducteur mais tout en chuchotement, comme cette combinaison grenat d’où émerge un très sage col de chemise immaculé, camaïeux de blanc aussi avec les accessoires aux lignes design qui renouent avec le minimalisme originel de la marque. Silhouettes graphiques et épurées encore chez Proenza Schouler, avec des trenchs aux effets patinés, ou des mélanges cuir et textile (un effet de style particulièrement présent cette saison). L’ « American Dream » s’invite sur les podiums de ces marques, véritables institutions, qui affirment leur identité et patrimoine. Chez Coach c’est toute l’imagerie universitaire, empruntée aux sports américains, avec des shorts en cuir et sacs façon gant de base-ball, mélanges cuir et denim, blousons en peau retournée façon « Top Gun », ou encore des prints « bannière étoilée »… Démonstration d’une élégance sans ostentation, esprit héritage et évocation d’un ranch glamour, dans une palette d’ocres et de bruns, Ralph Lauren décline, les velours, les tissus tapisseries, les laines chinées qui répondent aux patines des cuirs, des détails équestres, des ceintures et bottes en cuir coupé à cru ponctuent les silhouettes. Même allure intrépide, dans une version peut-être plus casual chez Veronica Beard, avec ces blousons aspects suédés, des grains buffle et peaux lainées travaillées tout en fluidité.
Néo-romantisme, pour ces princesses emmenées sur de fiers destriers, et qui semblent avoir envahi les catwalks de cette fashion week londonienne. Chez Burberry, Daniel Lee envisage le cuir comme une sensuelle armure. Plusieurs passages de total look cuir : il est matelassé, smocké façon plastron, des combinaisons ou trenchs tout en souplesse, des mélanges, des hybridations de cuir et du tartan signature maison, pour une collection à l’élégance dark. Une même influence néo-gothique que l’on retrouve dans plusieurs propositions ; chez Erdem des cuirs aspects luisants brodés de fleurs pour des robes ou de longs manteaux qui côtoient plumes, tulles et jacquards tapisserie, chez Simone Rocha, des fourrures bouclées, des sacs aspects vintage, des jeux de boucleries. Réminiscence victorienne encore, pour les corsets et détails d’harnachements dans la collection Toga. Le python, ou cuirs façon python (on le verra dans plusieurs collections) est un des aspects récurrents dans les propositions d’accessoires de la saison, démonstration notamment chez Joseph.
La capitale lombarde affirme son style, entre chic dévergondé et audaces stylistiques, comme chez Prada avec ces effets de dévorés vintage, des superpositions, des hybridations (encore) de cuir et textile. Les belles peausseries se revendiquent et s’affirment comme des items de luxe, autruche ou grain autruche chez Boss, pour des silhouettes à l’esprit tailoring, le retour des gants longs comme une mise en scène de soi (chez Max Mara aussi dans des cuirs suédés). Rigueur graphique chez Maison Margiela avec des constructions de vestes de tailleurs et manteaux chez Jil Sander. C’était aussi la première de Maria Grazia Chiuri, de retour chez Fendi, avec une proposition de mode assez radicale, construite autour du noir. Les fondamentaux de la marque y sont revisités, fourrures aux traitements expérimentaux, sac Baguette, de la fantaisie dans les traitements cuirs avec des cuirs perforés, cloutés, vintage-patinés, brodés… Pour Gucci, Demna Gvasalia continue son travail de « reset » tout en puisant dans les archives et les grandes heures de la marque. Là, il rejoue la partition et l’imagerie sexy (sexuel ?) de la période Tom Ford, silhouettes évocatrices, cuir seconde peau, blousons néo seventies, croco brillant, influence BDSM… Une vision de la mode, plus démonstrative, plus opulente, moins dépouillée aussi, avec les propositions de Missoni, jupe « active-wear » en cuir noir pour une silhouette qui allie sophistiqué et pratique, comme ces longs manteaux de cuir façon trench. Des jupes en intreciatto, des volumes extravagants chez Bottega Veneta, Louise Trotter impose la matière cuir, comme la signature maison, manifeste du savoir-faire historique de la marque.
Dénouement et scène finale à Paris, toujours copié, jamais égalé. La capitale exporte depuis des décennies cette image de la Parisienne, cette allure couture « effortless », sophistiquée mais jamais trop apprêtée. Pour elle la mode est une évidence et, cette saison, cette allure de néo-bourgeoise nonchalante est l’attitude à retenir. Travaillé tout en souplesse, dans un esprit flou et moulage, le cuir est traité comme du textile, en volants, plissé, drapé, smocké… comme une blouse de Gazar chez Givenchy, ou une chemise denim chez Mugler. La peau lainée aussi est omniprésente dans les collections, travaillée tout en plis, comme une robe de bal chez Dior, ou plus structurée avec ce passage d’un long manteau chez Chanel. Cuir façon détails couture, des rubans, des nœuds, des micro-pochettes, du python – encore – c’est par touches classieuses et sophistiquées que le cuir s’impose dans la collection Saint Laurent. Chez Balmain, une silhouette au cuir triomphant, souvent en total look. C’est indéniablement la matière phare de cette première collection « post-Rousteing » créée par Antonin Tron. Femme fatale, « glamour toujours » avec les propositions de robes de cuir sculpturales, long fourreau ou « mini-sexy » chez Mugler, Jitrois, ou des silhouettes caparaçonnées de croco ou python vernis chez Tom Ford. « Intello-expérimental-design », avec ces élucubrations cuirs chez Loewe, cuir foamé pour des silhouettes très dessinées, carrossées, jeux de franges de cuirs pour ces manteaux aux volumes impressionnants, des franges, des lanières, des tressages de cuirs que l’on retrouve aussi dans les propositions de Duran Lantink chez Jean-Paul Gaultier ou Louis Vuitton. Look épuré et sans fioriture, allure longiligne avec des blousons de cuir et leggings siglés Courrèges. Même allure graphique chez Hermès, qui réaffirme le cuir comme matière incontournable de son prêt-à-porter, des bottes qui sont quasiment de tous les passages, des jeux de zips en diagonales sur les blousons et les jupes, des jeux de matelassages, cuir d’autruche aux applications repensées… Autant d’effets qui construisent, et déconstruisent la silhouette, et font de cette proposition de mode du sellier un parfait exemple d’équilibre entre l’intemporel et le moderne.
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Rédaction Florent Paudeleux
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