Tendances cuir femme prêt-à-porter automne-hiver 2026-2027
Quand se noue et se dénoue sur la scène internationale l’avenir du monde, la mode avec son lot de frivolités et (d’apparente) insouciance se mue alors ...
Des sacs, comme de véritables signatures, constitutifs de l’identité des marques, des modèles qui traversent le temps et sont devenus objets de convoitise. Synonymes de luxe et de raffinement, ils concentrent en eux tout l’esprit et la créativité d’une maison de mode. Incontournable dans cette série : le 2.55, pensé par Gabrielle Chanel, twisté par Karl Lagerfeld dans les années 80, réactualisé par Virginie Viard, et « poétisé » aujourd’hui par Matthieu Blazy.
Mardi 27 janvier 2026, sous la nef du Grand Palais et sous le ciel gris de Paris, ce sont des champignons aux teintes roses acidulées qui ont été installés par la maison de la rue Cambon, décor tout en féérie, pour la première collection Haute couture de Matthieu Blazy pour la marque. Les incontournables sont là, variation sensible sur le tweed et le tailleur, le beige et le noir, le travail de plumasserie, des formes empruntées, comme des citations de créations de Gabrielle Chanel des années 20… Puis l’apparition d’un accessoire, un sac, et pas n’importe lequel puisqu’il s’agit d’une version du Timeless (inspiré du 2.55), imaginé dans un tissu tout en transparence, présence aussi fantomatique qu’hypnotique, symptomatique aussi de cette incursion des accessoires dans les collections Haute couture cette saison (c’était aussi le cas chez Dior). Matthieu Blazy démontrant ainsi sa maîtrise et son attachement aux codes de la maison. Pour son premier défilé, prêt-à-porter printemps-été 2026, il s’était déjà intéressé au potentiel indéniable de ce modèle, avec cette version du 2.55 comme cabossé par les aléas du temps ou cet hybride entre le 2.55 et le Classic aperçu lors du défilé automne-hiver 2026-27. Autant de variantes et de relectures qui confirment la pérennité de cet incontournable de la panoplie Chanel.
Rectangulaire, matelassé en forme de losange inspiré de ce point droit des couturières, une chaîne gourmette qui se glisse au travers d’œillets dorés sur son rabat, un fermoir tourniquet, voilà pour l’essentiel. Pensé par une femme, pour les femmes, un an après la création du tailleur, et alors que la planète entière respire les notes du N°5, c’est à une autre révolution de style que Gabrielle Chanel s’attelle : elle a 72 ans, elle est de retour dans les salons de la rue Cambon, après 15 ans d’absence, et se veut toujours être celle qui sait anticiper les changements de mode de vie des femmes, celle qui leur simplifiera leurs gestes… et leurs vies. Ce nouveau coup d’éclat, c’est le 2.55, archétype du sac moderne qui rend aux femmes leurs libertés, dans ce monde alors en pleine mutation. Ce nom, le 2.55, manifeste aussi le goût de la créatrice pour les chiffres, nombreux à parsemer de leur aura l’histoire de la maison en donnant leurs noms à de nombreux jus : le N°5, N°18, N°19, N°22, 1932, le 31 rue Cambon… Chanel, comme à son habitude, ne s’embarrasse pas de superflu : il est baptisé ainsi puisque lancé en février 1955. Conçu dans les ateliers d’Albert Monnot, qui dirige le Département sacs et ceintures depuis 1927, Chanel y avait réfléchi dès 1929, pour son usage personnel, détournant la traditionnelle besace des militaires. Elle s’en explique à son amie, l’auteure Claude Delay : « Fatiguée de tenir mes sacs à la main et de les perdre, j’y passai une lanière et les portaient en bandoulière. » Initialement proposé en trois tailles (la plus grande fut rapidement abandonnée), en agneau pour le médium, et le petit en jersey pour le soir, son aspect matelassé aurait été inspiré par les vestes des lads des champs de courses que Coco et plusieurs de ses amis fréquentaient, comme Étienne Balsan ou encore Arthur « Boy » Capel, le grand amour de Chanel. À moins que ce matelassage ne lui ait été suggéré par les coussins du canapé de son appartement du 31 rue Cambon ? Pour la doublure en basane grenat, c’est la couleur de l’uniforme qu’elle dût porter dans son enfance, à l’orphelinat de l’abbaye d’Aubazine ; pour la bandoulière, elle s’en justifie ainsi : « Je connais les femmes. Donnez-leur des chaînes, elles adorent les chaînes », déclarera-t-elle un jour mais, là aussi, peut-être s’inspire-t-elle de sa propre histoire, les gardiens de l’orphelinat ayant pour habitude de porter leurs clés attachées à une chaîne autour de la taille. C’est aussi ce qui deviendra l’un des éléments fort du vocabulaire Chanel, puisque les vestes de ses tailleurs sont aussi lestées d’une chaînette pour en assurer un tomber parfait. Le fermoir frontal, à tourniquet, est baptisé « Mademoiselle », allusion au fait que Coco Chanel jamais ne se maria. La poche plaquée à l’arrière, « le sourire de Mona Lisa », doit son ce surnom à sa forme arrondie. Elle permettait, dans l’esprit de la créatrice, d’avoir toujours à portée de main quelques billets à dépenser sans rien avoir à demander. Une indépendance que Chanel revendiqua sa vie durant, et qu’elle entend offrir à toutes les femmes. Dans le double rabat surpiqué du double C, une poche à glissière, « la secrète », pour ranger billets doux et une poche, « la tube », pour le bâton de rouge à lèvres. Vu au bras de Jackie Kennedy, Romy Schneider, Liz Taylor, Brigitte Bardot, Jane Fonda, Catherine Deneuve, ou encore sur les épaules de Bernadette Chirac, Diane Kruger, Renée Zellweger, Keira Knightley, Penélope Cruz, Anna Mouglalis, Kate Moss… sans compter les influenceuses qui les collectionnent comme la japonaise Emi Kameoka, le 2.55 traverse les époques, il est désormais un vrai investissement, particulièrement recherché sur le marché du vintage et dans les salles des ventes.
En février 2005, pour célébrer ses 50 ans, la maison a l’idée de rééditer le modèle dans une version philologiquement identique au prototype imaginé par Mademoiselle : il est baptisé le 2.55 reissue. C’est, aujourd’hui encore, comme l’indique son marquage au fer à dorer dans la doublure intérieure, un objet « made in France », dans l’usine de Verneuil-en-Halatte dans l’Oise, qu’une équipe mobilisant six personnes s’affairent entre 10 et 15 heures sur les 180 opérations nécessaires à la fabrication d’un modèle d’un 2.55. En 2004, l’exposition « Le cas du sac » du Musée des Arts décoratifs à Paris, présente dans sa vitrine « archétype » un 2.55 ayant appartenu à Gabrielle Chanel, en jersey noir doublé de gros grain bordeaux à maillons dorés dits « grain de riz ».
Indéniablement présents et réinventés dans les collections de la maison, le 2.55 est de toutes les collections de Chanel, réinterprété au gré des inspirations de Karl Lagerfeld depuis 1983. C’est en 1988 que ce dernier entreprend de discrets changements, remplace par exemple le fermoir « Mademoiselle » par un fermoir aux double C entrelacés, doré à l’or fin, c’est aussi à lui que l’on doit la bande de cuir glissé dans les maillons de la chaîne. Il prend, au fil du temps, le nom de Classic Flap, Jumbo ou Timeless classic. C’est dans des matériaux aussi inattendus qu’innovants qu’il est proposé, chaque saison, de nouvelles versions ; en lurex pour le prêt-à-porter printemps-été 2005, éponge rose en 1992, orné de camélia, en jersey brodé par François Lesage, en orylag pour l’automne-hiver 2003-04, en tartan effiloché pour le prêt-à-porter automne-hiver 2007-2008, version sport en maille résille ou agneau perforé aux couleurs du drapeau tricolore en 2007. C’est aussi cette même année 2007 qu’un modèle en alligator à chaîne en or et fermoir pavé de diamants est produit en édition limitée. Pour la collection croisière 2014 présentée à Singapour, le 2.55 s’habille de jersey rayé emprunté aux marinières, bandoulière ornée de perles, comme un écho aux années Deauville de Coco et ces sautoirs de perles qu’elle accumulait. Version en tweed brodé de strass au printemps-été 2017, cuir suédé à franges pour la collection des Métiers d’art 2013-14, « Paris-Dallas ». De l’humour aussi, avec ce modèle en barquette sous-vide estampillée 100% agneau pour le très remarqué défilé « Chanel Shopping Center » au Grand Palais, prêt-à-porter automne-hiver 2014-15, ou porté double sur les hanches pour le printemps-été 2019. 4 décembre 2018, Chanel présente sa collection Métiers d’art 2019, dans un décor exceptionnel, celui du temple d’Isis de Dendour, au Metropolitan Museum of Art de New York, collection qui mêle influences urbaines et fastes de l’Égypte antique, aux bras des mannequins, minaudières scarabées, clutchs brodés de cabochons, mini-sacs aux formes pyramidales, cabas motifs hiéroglyphes, mais aussi des graphismes, des tags, des broderies néons empruntés à la ville qui ne dort jamais, et parmi ces accessoires, les grands classiques de la maison, le 2.55 et Classic Flap, réinterprétés ici en cuir façon crocodile noir rehaussés d’inscriptions dorées comme un trésor. Cuir façon croco, et non de crocodile ou alligator véritables puisque que c’est aussi la veille de ce défilé que la maison Chanel annonce par voie de presse, renoncer, à l’utilisation de peausseries exotiques et de fourrures. Ce sera aussi l’un des derniers défilés imaginé par Karl Lagerfeld, en 2019, Virginie Viard prend sa suite, à son tour, elle s’intéresse au 2.55, le décline dans ses collections, s’en inspire pour imaginer le 22 (un sac lancé au printemps-été 2022), et c’est en 2024 que Matthieu Blazy lui succède.
En 2007 Chanel confie à l’architecte Zaha Hadid (disparue en 2016) la création du « Mobile Art », une structure muséale démontable destinée à voyager tout autour du monde. Pour cette première exposition itinérante, prévue entre 2007 et 2011 (Chanel mettra fin à ce projet en 2009), la maison choisit de mettre à l’honneur, son iconique 2.55. La marque invite plusieurs artistes contemporains – Fabrice Hyber, Wim Delvoye, le photographe Stephen Shore – à s’accaparer cet objet, entre hommage et désacralisation, entre détournement et mise en abîme… L’artiste suisse Sylvie Fleury est de ceux-là. Elle pose sur l’industrie de la mode, son principal terreau d’inspiration, ce regard acerbe et parfois critique. Elle imagine un sac Chanel géant, doublé de fourrure rose, à l’intérieur duquel, sur le miroir d’un poudrier tout aussi disproportionné, est projetée une vidéo dans laquelle elle tire à bout portant sur des sacs Chanel. L’œuvre s’intitule « Crystal Custom Commando ». Les artistes Pierre et Gilles, eux, proposent un triptyque de photographies, « I don’t want to sleep alone », façon autel qui met en scène le 2.55. Preuve d’un indéniable succès et de cette empreinte qui va bien au-delà de la mode, le 2.55 a, bien sûr, sa propre fiche Wikipédia. Archétype d’une certaine image de la bourgeoisie, Pedro Almodóvar ne s’y trompe pas : en 1991, il choisit un évocateur total look Chanel, Classic Flap compris, agneau rouge, pour habiller le personnage de Victoria Abril dans l’une des toutes premières scènes de « Talons aiguilles ». Véritable objet de culte et devenu symptomatique de cette allure de bourgeoise nonchalante ou de Parisienne active, il est aujourd’hui autant un vrai marqueur de la pop culture, prétexte au détournement, à la copie ou à la caricature : la rançon de la gloire !
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Rédaction Florent Paudeleux
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