Ils sont incontournables au bras des amateurs de mode. Ces sacs, en quelques centimètres carrés de savoir-faire, de luxe… et de cuir, synthétisent bien souvent l’histoire et la philosophie esthétique d’une maison de mode. Premier chapitre de cette nouvelle série : l’immuable Lady Dior.
Juin 2025, J.W. Anderson, présente ses premières créations masculines pour Dior, sur le podium. Un accessoire, très rapidement, retient l’attention : c’est un Lady Dior et, pour la première fois, proposé dans une collection masculine. Il est l’objet d’une collaboration entre la maison de couture et la plasticienne Sheila Hicks, façon d’inscrire, de perpétuer et de renouveler – encore – le mythe du Lady Dior… Tout commence, et tout s’emballe, lorsque en 1995, la première dame Bernadette Chirac cherche à offrir à la princesse de Galles, Lady Diana en visite officielle à Paris, un cadeau. Elle doit inaugurer l’exposition « Cézanne » au Grand Palais ; la maison Dior étant l’un des mécènes de l’événement, Bernadette Chirac se rapproche donc de la marque afin de choisir un présent. La maison Dior lui propose ce sac, créé un an plus tôt, sous l’impulsion de Gianfranco Ferré, Directeur Artistique de la marque, un modèle d’inspiration couture, reprenant le cannage des chaises Napoléon III que Christian Dior affectionnait tant. Il n’a alors pas encore été baptisé, il est officieusement surnommé « Chouchou », car particulièrement plébiscité des rédactrices de mode, il prendra ensuite pendant un court temps le nom de « Princesse ». Et fera par la suite de nombreuses apparitions, lors d’événements officiels au bras de la princesse de Galles : elle le porte à Birmingham, à Buenos Aires. Elle le commandera ensuite dans de nombreuses couleurs. La maison Dior rationnalise sa production et le fabrique en plus grande série, et il prend définitivement le nom de Lady Dior, s’amusant de l’homophonie entre Lady Dior et Lady Di. Sur la page Wikipédia consacré à l’objet, on peut lire qu’il s’en vend, suite aux multiples apparitions de Lady Di, plus de 200 000 exemplaires en deux ans, multipliant ainsi le chiffre d’affaires de l’activité maroquinerie de Dior par dix. Face au succès des premières années, Dior finira par mettre en place, vers 2002, un marquage sous la forme d’un numéro de série (inexistant sur les premiers modèles). Fabriqué en Italie, ce sont plus de 130 pièces qui composent ce sac, rectangulaire, rigide. Il est aussi immédiatement reconnaissable par ces breloques DIOR recouvertes d’une couche d’or fin et fixées à la poignée.
Gianfranco Ferré, John Galliano, Raf Simons, Maria Grazia Chiuri, et aujourd’hui J.W. Anderson pas un des directeurs artistiques de la marque qui ne se soit intéressé au potentiel et à la légende Lady Dior. Initialement proposé dans sa version la plus classique, en agneau matelassé, il est l’objet, au gré des collections et des inspirations, de multiples variations de matières, textiles : crêpe de satin frangé, raphia, tweed, drap de laine, denim, tartan, toile de Jouy (là encore un motif récurrent du vocabulaire Dior) … mais aussi diverses peausseries : veau vernis, veau lisse, crocodile, python, vachette cloutée… Et c’est aussi pour la maison de couture un vrai support d’expressions, et d’impressions, en filiation directes avec les motifs des collections, tantôt les croquis d’Andy Warhol (prêt-à-porter automne-hiver 2013-2014 par Raf Simons), tantôt la reproduction des œuvres de Niki de Saint Phalle (prêt-à-porter, printemps-été 2018, par Maria Grazia Chiuri), ou en veau imprimé du motif « Gazette » (rebaptisé depuis « Newspaper ») comme une citation directe du Dior période Galliano et commercialisé actuellement.
En 2008, Marion Cotillard, sur une proposition de John Galliano, devient l’égérie de la maison Dior. Elle incarne les différentes facettes du Lady Dior, dans de nombreuses campagnes publicitaires sous l’objectif de Peter Lindbergh, Craig McDean, Tim Walker ou encore Jean-Baptiste Mondino, mais aussi dans une série de court-métrages réalisés par de grands réalisateurs. Le premier « The Lady Noire Affair » par Olivier Dahan, puis « Lady Rouge » par Jonas Åkerlund, « Lady Blue Shanghai » film réalisé par David Lynch ; les suivants « Lady Grey London » avec Ian McKellen, et « L.A.dy Dior » sont tous deux réalisés par John Cameron Mitchell. C’est pour cette véritable saga, un tour du monde cinématographique que propose Dior afin de rendre hommage à son plus illustre sac. Et c’est loin d’être le seul flirt du Lady Dior avec le grand écran, puisqu’avec son allure assurément luxueuse et discrète, il était parfait pour Charlotte York (incarnée par l’actrice Kristin Davis, dans le film « Sex and the City 2 », en 2010), elle le porte dans un total look « Dior pink » lors d’une virée shopping entre copines dans les allées du grand magasin new-yorkais, Bergdorf Goodman. Dans la série « Gossip Girl », le personnage incarné par Leighton Meester, Blair Waldorf, arbore à plusieurs reprises et dans de multiples versions, ce Lady Dior semblant même être la pierre angulaire du look de cette fille de l’Upper East Side. Incontournable, il est bien sûr présent, dans plusieurs collections de musées consacrés à l’histoire de la mode et du textile. Un objet à part, tant dans l’histoire de la maison Dior que dans la grande histoire du style, et une communication désormais abordée clairement par le biais de l’art et de la culture.
C’est en 2016, coïncidant avec l’ouverture du flagship « House of Dior » de Londres, que la maison lance son programme « Dior Lady Art ». Chaque année, plusieurs artistes contemporains sont invités à revisiter l’esthétique de ce modèle. Les pièces sont produites en éditions limitées, qui sont aussi la démonstration du savoir-faire et de la créativité de la maison de l’avenue Montaigne. Parmi ces artistes, Marc Quinn, le photographe américain Matthew Porter, le photographe anglais Mat Collishaw qui s’inspire de ses travaux et fait reproduire sur le cuir glacé du Lady Dior une photo macro de détails d’ailes de papillons. Le céramiste David Wiseman imagine, lui, deux versions du Lady Dior : l’une en cuir perforé, l’autre en cuir matelassé reprenant la technique traditionnelle. Il associe aux incontournables breloques DIOR, un bijou muguet en céramique (la fleur préférée de monsieur Dior)… Suivront John Giorno ou encore Daniel Gordon… Fin 2018, la maison dévoile le troisième chapitre de ce projet « Dior Lady Art» et, cette fois-ci, suivant la volonté de Maria Grazia Chiuri ne seront conviées que des artistes femmes du monde entier (Olga de Amaral pour la Colombie, Burçak Bingöl Turquie, Lee Bul Corée, Isabelle Cornaro et Morgane Tschiember pour la France, Haruka Kojin Japon, Li Shurui Chine, Mickalene Thomas, Janaina Tschäpe, Polly Apfelbaum et Pae White pour les États-Unis). En 2025 s’est ouvert le neuvième chapitre de cette série de sacs collector : Vaughn Spann, Hayal Pozanti avec ses broderies et motifs psychédéliques, Duy Anh Nhan Duc et ses inclusions de foins, Liang Yuanwei ou encore Anna Weyant comptent parmi les derniers plasticiens invités.
Cinéma, art contemporain… et aussi littérature et beaux livres, puisque cette fin d’année 2025, la maison Dior publie un bel ouvrage « Dior Lady Art » revenant sur les différentes éditions et la pléiade d’artistes qui ont collaboré à ce projet « Dior Lady Art : le Lady Dior réinventé par 99 artistes » aux éditions Rizzoli Flammarion. En 2017, ce sont les éditions Gallimard qui avait déjà publié « Lady », un recueil de nouvelles par huit auteurs (Camille Laurens, Adam Gopnik, Cécile Guilbert, Nelly Kaprièlan, Alexander Maksik, Anthony Marra, Éric Reinhardt et Colombe Schneck) qui s’étaient emparé du mythe, faisant du Lady Dior un personnage, un objet littéraire, source de convoitises, d’intrigues et autres ressorts narratifs… Autant d’événements, gestes créatifs, « variations de mode » ou opérations de communication qui témoignent de la vivacité et de l’intemporalité de ce qui est, sans aucun doute, devenu bien plus qu’un accessoire de mode !
Inscrivez-vous à la Newsleather pour recevoir, toutes les deux semaines, un condensé de l’actualité de la filière cuir.
Rédaction Florent Paudeleux