Les légendaires #3 : Le Pliage de Longchamp

Ils sont incontournables au bras des amateurs de mode. En quelques centimètres carrés de savoir-faire, de luxe…et de cuir, ces sacs synthétisent bien souvent l’histoire et la philosophie esthétique d’une maison de mode. Deuxième chapitre de cette série : l’indémodable Pliage de Longchamp.

#3 Le Pliage de Longchamp, en mode pratique

Campagne de publicité « It is not a bag. It is Le Pliage », Longchamp, 2021.

Madeleine de Proust des cours de lycées des années 2000, ce modèle est devenu, au fil de son histoire et de ses multiples réinventions, un objet hype et mode. Et même si ce sont désormais les créateurs les plus pointus qui s’en sont emparés, il reste cet exemple impeccable du combo design et fonction.

Livre de poche

Modèle emblématique des collections Longchamp, il figure en tête des ventes de la maison et ce, sans discontinuer depuis sa création en 1993, grâce à sa sobriété et l’ingéniosité radicale de son design. C’est dans les ateliers de Segré, près d’Angers, que Philippe Cassegrain, fils du fondateur de la marque, Jean Cassegrain, fait réaliser par ses ouvrières spécialisées en petites maroquinerie, sous la direction de sa styliste Isabelle Guyon, un sac à main en toile et nylon, de forme trapèze, pratique et pliable, doté d’un rabat à pression, deux poignées de cuir terminées en pointe qui, une fois plié, ne prend pas plus de place qu’un livre de poche. C’est l’art et la technique de l’origami qui inspire ce patronage à plat. Ce modèle tire son origine d’un modèle antérieur, dans les années 70 : un premier prototype est imaginé, il ne se nomme pas encore ainsi, mais l’idée est là… Rachetant un stock de toile nylon kaki destinée à la fabrication des tapis de sol militaires, Philippe Cassegrain fait réaliser un modèle de bagage d’appoint, l’Xtra-bag, en cuir de Russie et nylon : c’est un sac au patronage particulier, à plier en quatre et à glisser dans un étui spécialement pensé pour le voyage aérien. La marque parie d’ailleurs très tôt sur le développement des voyages en avion : elle implante un magasin dans l’aéroport Charles de Gaulle à Roissy dès le début des années 60. Sorte de genèse du Pliage, c’est ce modèle qui sera revisité, simplifié, pour apparaître sous sa forme actuelle au début des années 90. En 1995, Sophie Delafontaine est nommée directrice artistique de la marque. Elle imagine une variété de matières et d’imprimés pour ce modèle. C’est en 2012 qu’est commercialisé le Pliage Cuir, proposé dans une qualité qui permet de le replier à l’identique de la version nylon, et sans qu’aucun pli disgracieux ne soit marqué lorsqu’il est de nouveau déplié. Une version brodée de plumes est proposée en 2013, une autre en PVC transparent, nylon brodé, trompe-l’œil façon croco, ou encore un extravagant mix de rubans et d’imprimés animaliers pour une série d’éditions limitées en 2012.

Galerie d’art

Des artistes et créatifs sont également invités à revisiter au travers de collections événements. L’artiste britannique Tracey Emin, en 2004 célèbre les 10 ans du Pliage : elle y appose ses tissus à motifs et ses messages néo-romantiques. En 2012, la styliste Mary Katrantzou imagine un motif exclusif pour le Pliage. Pour cet imprimé, elle développe le thème « Quand l’Est rencontre l’Ouest » et twiste un all-over d’orchidées et de lampions, une série vendue à l’époque en avant-première et en exclusivité dans le concept-store parisien Colette, avant d’être diffusée dans tout le réseau des magasins Longchamp. Sarah Morris, artiste américano-britannique, célèbre, elle, les 20 ans de ce sac en 2014. Elle imagine un motif inspiré de l’art cinétique aux faux airs d’œuvres de Bridget Riley ou Vasarely, c’est en fait un Pliage en cuir de veau lisse inspiré d’un tableau de l’artiste et édité à 125 exemplaires. 2018, la maison invite l’illustratrice Clo’e Floirat à s’emparer du Pliage. Jeremy Scott, propose quant à lui, et ce pendant plusieurs années, dés 2006, un nouvel habillage à grands renforts de motifs, clins d’œil, emprunts à la pop’ culture, à l’univers du cartoon et qui sont souvent en lien direct avec les thèmes de ses collections prêt-à-porter, comme en 2016, avec l’imprimé « Long distance call », des téléphones rétro rose bonbon sur fond cosmique, présent dans sa collection automne-hiver 2016-2017, encore une fois vendue en exclusivité chez Colette avant une diffusion dans les différents points de vente. 2018, Jeremy Scott parsème le Pliage d’appliques de fourrures multico. Pour le printemps-été 2011, la marque s’associe à une autre griffe Eres, Longchamp imagine alors un sac Pliage de plage pour la marque de lingerie, tandis que la marque Eres créé un bikini pour Longchamp. Katie Grand, rédactrice en chef du magazine « Love », est aussi invitée à imaginer une nouvelle version du Pliage aux couleurs de son titre de presse. Elle propose un modèle en toile orné du logo du magazine dans des teintes de rose. Une soirée à New York célèbre le lancement de ce nouveau modèle, en présence du mannequin Audrey Marnay, alors égérie de Longchamp. 2016, la marque est partenaire de l’exposition Felice Varini au Centre d’art de la Cité Radieuse, le MaMo à Marseille, imaginée par Ora Ito et installée sur les toits de la Cité radieuse de Le Corbusier. L’artiste est invité à décliner l’un des motifs de ses installations sur le Pliage, une édition limitée à 150 exemplaires vendus uniquement dans la boutique Longchamp de Marseille et dans la boutique éphémère installée au sein du MaMo durant l’exposition. Autres collectors, ces modèles vendus exclusivement dans le magasin de la griffe à Deauville, en toile bleu marine imprimé des incontournables parasols de la cité balnéaire, ou encore d’un cheval galopant. Toujours à l’occasion des 20 ans du sac, Le Pliage Héritage, une version tout cuir, cette fois-ci version rigide. Il est mis en avant dans la campagne publicitaire de l’automne-hiver 2015-16 par Alexa Chung shootée par Max Vadukul dans les rues de Miami. C’est alors la quatrième saison qu’elle prête son image à la marque Longchamp. 2019, Longchamp fait appel au studio de design japonais Nendo : si le Pliage conserve tous les codes qui en ont fait son succès (nylon, cuir de Russie…), il se mue ici en un volume cubique destiné au rangement. La collection imaginée par Nendo, se décline en trois variantes : le premier est un cube qui, à l’aide d’un contrefort amovible, devient cube de rangement ou cabas XXL ; le second, sac conique destiné à être suspendu dans son intérieur, et le dernier est directement inspiré des pliages furoshiki du Japon, sac circulaire. Été 2019, la marque cède à la « logomania » ambiante et imagine toute une collection de prêt-à-porter et de sacs avec une toile logo, graphique. Il s’agit des lettres de Longchamp, imbriquées façon puzzle, en rouge et noir ou noir et blanc, le Pliage est lui aussi rhabillé de ce motif, c’est le Pliage LGP. 2023, Maurizio Cattelan artiste et éditeur du magazine « Toiletpaper », est invité par la marque à rhabiller ce modèle de ses visuels oscillant entre irrévérence grinçante et surréalisme provoc’.

Engagé et sur mesure

En 2025, Longchamp repense son service de fabrication sur mesure, avec « My Pliage ». Cette plateforme, exclusivement en ligne est un véritable terrain de jeu créatif, conçue pour offrir à chacun la liberté de créer un sac en parfaite adéquation avec son style et sa personnalité. L’offre se décline dans une multitude de formats : du sac de voyage au cabas shopping, en passant par le format mini ou la pochette pour ordinateur. Une large palette de coloris, entre teintes intemporelles et nuances saisonnières, sert de toile de fond à l’imagination. Chaque détail est personnalisable : les initiales au style modulable, les garnitures en cuir et les finitions métalliques. Été 2021, c’est la rencontre de deux icônes, le Pliage de Longchamp et l’indémodable Filet à provision de la marque Filt1860, marque fondée en 1860 en Normandie. Les deux maisons se marient pour créer un modèle aux racines authentiques, made in France, mix de deux designs, lancé en six coloris dont les évocateurs, bleu, blanc, rouge. C’est la même année que Longchamp communique sur un nouveau matériau, une toile de polyester 100% recyclée, respectueuse de l’environnement. Cette nouvelle ligne a été créée en revalorisant des dérivés du plastique, et notamment des bouteilles recyclées, pour le Pliage Green.

Success story

Il se vend un exemplaire du Pliage toutes les quinze secondes dans le monde, inondant ainsi de ses couleurs les aéroports et autres lieux de voyages du monde entier. En 2014, les éditions Assouline consacrent un de leurs ouvrages de la série « Mémoires de la mode » au phénomène qu’est le Pliage de Longchamp. Jean Cassegrain, PDG de la marque, expliquait à cette occasion : « Le Pliage réunit tout ce que notre maison a de meilleur – savoir-faire français, qualité, modernité, style et élégance. »

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Rédaction Florent Paudeleux

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