K.Jacques : l’art de la sandale tropézienne, entre patrimoine familial et nouveaux défis
À l’entrée de Saint-Tropez, loin de l’agitation du port, le nouveau siège et l’atelier de K.Jacques s’est installé dans des locaux plus ...
Faire du beau, le faire bien, et le faire avec tout le monde. En Normandie, Les Ateliers UNISSONS incarnent cette triple exigence depuis huit ans. Bureau d’études spécialisé en maroquinerie, la structure fondée par Baptiste Pagès et Flore Loidon propose aux marques du luxe comme aux créateurs émergents une offre de co-création et de développement industriel associant savoir-faire technique, standards de haute qualité et intégration de salariés en situation de handicap dans la production. Un modèle qui a fait ses preuves et que les deux cofondateurs ont construit, à proximité de Paris, forts d’une expérience commune au cœur de la filière.
Alors que les savoir-faire français en maroquinerie attirent les petites et grandes marques de mode, saisir cette demande suppose une capacité d’adaptation au prisme de l’exigence du luxe : développer au plus près d’une vision créative, ajuster le modèle économique au projet, trouver les bons partenaires. C’est exactement ce que Baptiste Pagès et Flore Loidon ont construit, en Normandie, avec les Ateliers UNISSONS.
Baptiste Pagès et Flore Loidon ont tous deux travaillé au sein d’une entreprise française de 200 salariés, aujourd’hui fermée, qui produisait pour sa propre marque. De nombreuses marques étrangères sollicitaient l’entreprise pour développer en France, motivées par la valeur perçue des savoir-faire français. « Trop souvent, nous répondions ‘non’ parce qu’on préférait s’occuper de notre marque. On s’est rendu compte que tous ces clients-là partaient en Italie. » Par ailleurs, « trop souvent, un nouveau jeune créateur peine à trouver des sous-traitants car, en général, les entreprises françaises travaillent beaucoup avec les besoins du luxe » ;
De ce constat est né le bureau d’études, il y a huit ans. L’objectif : créer « des synergies et un maillage », trouver les ressources humaines et les fournisseurs pour développer des produits et « créer la première brique en France » pour ensuite produire en s’appuyant sur un réseau de sous-traitants. Une posture pas si courante en France, et que résume par une savoureuse anecdote Baptiste Pagès. « Nous cherchions un sous-traitant français en céramique horlogère capable d’une composition très spécifique avec une capacité d’industrialisation pour un bijou alliant métal et céramique. En France, on m’a dit : ‘Non, on ne sait pas faire, cependant on peut faire la partie métallique. En Italie, je suis allé voir une entreprise similaire qui développe le bijou, et pas forcément la céramique, qui m’a répondu : ‘On va trouver’, et elle a trouvé une entreprise à Limoges ! Je me suis dit : ‘C’est quand même le comble !’ »
Ce qui distingue les Ateliers UNISSONS ne tient pas seulement à la question du maillage entre les savoir-faire. C’est aussi une façon d’entrer dans le projet du client. Ce « laboratoire créatif » reflète également le cheminement du cofondateur. Diplômé de l’Institut Français de la Mode et de Polimoda, le designer de formation a peaufiné ses connaissances en fabrication de chaussures et de sacs auprès d’anciens artisans de grandes marques du luxe. La maîtrise d’un langage commun permet au bureau d’études d’optimiser sa capacité à « capter le besoin du client créativement et techniquement parlant. Je pense que la chance, c’est de pouvoir s’adapter au business model et aux besoins de nos clients avec une certaine agilité. En tant que bureau d’études, dès le croquis, nous savons, par exemple, si le projet peut être viable ou non avec une fabrication française ».
Le bureau a ainsi séduit l’un des trois leaders du luxe spécialisés en maroquinerie et d’autres marques comme Paco Rabanne ou Courrèges, mais aussi, pour la gainerie, les grands noms de la beauté, parmi lesquels L’Oréal ou Parfums Christian Dior. « Nous n’avons aucune limite », précise Baptiste Pagès. « Notre savoir-faire du cuir nous permet de créer des produits rigides, semi-rigides ou souples. » À cela s’ajoutent des créations alliant le cuir et d’autres matières comme le bois, le nylon, la microfibre, le Salpa.
La posture commerciale découle directement de cette approche du développement. « L’une des premières questions de 90% des clients est : ‘Avez-vous une idée du positionnement prix de votre produit ?’ Nous avons cette force d’inverser l’approche. On leur explique : si vous travaillez avec nous, d’abord on réfléchit, et on développe en conséquence de votre objectif de positionnement prix. Le produit ne sera pas développé de la même manière, et on ne va peut-être pas non plus l’envisager en termes d’industrialisation de la même manière. On a mis en place un parc de sous-traitants en France, Espagne, Portugal et Tunisie. »
Avec un objectif de 20 personnes et 10 000 pièces produites à l’année d’ici 2029, les Ateliers UNISSONS ont engagé un rapprochement avec APF Entreprises Normandie, le réseau entreprise d’APF France handicap. Œuvrant initialement sous le nom de Féoni, les ateliers ont changé de nom en 2026 afin de soutenir leur développement fidèle à leurs valeurs d’inclusion. « Nous avons toujours été sensibles à la question de l’intégration, à la notion sociale. »
Ce rapprochement a ses racines. Le bureau d’études avait commencé à créer « des ponts » entre un client produisant en Tunisie et un ESAT (établissements et services d’accompagnement par le travail), accompagnant le rapatriement de la production en France par un travail d’identification des processus de formation et de gestion. « C’est l’union d’une TPE ayant un savoir-faire des méthodes et des clients et d’APF France handicap, dotée d’une force industrielle et d’une véritable connaissance du recrutement et de l’insertion de profils ayant un handicap. Cela faisait sens. Aujourd’hui, nous avons toutes les boucles : prototypage, développement, conditionnement et expédition. Nous pouvons même co-construire des lignes dédiées avec nos clients, en formant et insérant. »
L’accompagnement de personnes en situation de handicap nécessite un investissement d’autant plus personnalisé. Auprès de sa tante concernée, en situation de handicap, Flore Loidon a pu observer au plus près les difficultés à l’œuvre. Baptiste Pagès souligne, par ailleurs, la spécificité de leur démarche qui répond aussi à l’obligation de tout employeur de 20 salariés et plus d’employer des travailleurs handicapés dans une proportion de 6% de l’effectif total, sous peine de sanction. « Le fait d’être lié à APF France handicap nous aide à soutenir l’investissement lié à la formation et à l’accompagnement dans le secteur du luxe où très peu de maisons auraient eu la capacité d’investir dans ce recrutement et cette formation. » Sans détour, Baptiste Pagès conclut : « C’est sûr, je veux atteindre un niveau d’excellence et un niveau de chiffre d’affaires cohérent, mais j’ai envie d’intégrer quelque chose qui m’intéresse et me fasse vibrer, et le social me fait vibrer. »
Inscrivez-vous à la Newsleather pour recevoir, toutes les deux semaines, un condensé de l’actualité de la filière cuir.
Rédaction Stéphanie Bui
À l’entrée de Saint-Tropez, loin de l’agitation du port, le nouveau siège et l’atelier de K.Jacques s’est installé dans des locaux plus ...
Pour affirmer son ancrage en bord de mer, le jeune label breton marie cuir bovin et cuir de poisson. En toute transparence, ses deux fondateurs produisent et ...
Après dix-sept années d’existence, la maroquinerie Laurent Nay a changé de mains début 2025. Son expertise en bagagerie automobile continue de combler ...